La fécondation des catégories politiques abstraites : Peuple, République, Nation, Démocratie... C Delarue

mardi 26 juillet 2011
par  Amitié entre les peuples
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ENJEUX POLITIQUE :

La fécondation des catégories politiques abstraites : Peuple, République, Nation, Démocratie..

A propos d’un texte d’ André BELLON (1)

« Célébrer la souveraineté populaire et la bafouer compte parmi les figures imposées du jeu politique » dit André Bellon. Il en a quasiment toujours été ainsi - mais il faudrait opérer des distinctions - car sous le capitalisme dominant la souveraineté populaire a toujours été comprise comme celle d’un « contrat » ou d’un compromis entre le peuple-classe et la classe dominante et non comme un absolu. Aussi n’est-il pas étonnant que l’on voit les partis de droite ainsi que le PS proposer de « réconcilier » le « oui » et le « non » à la suite du projet de TCE repoussé le 29 mai 2005.

Ce souci du consensus à tout prix rapproche les démocraties libérales des dictatures qui elles sont plus offensives ne supportent pas - avec interdiction légale, syndicalisme corporatiste, etc... - les grèves ou les manifestations de rue. La Grèce des Colonels, l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar , l’Italie de Mussolini et la France de Pétain n’ont pas procédé autrement pour asseoir le pouvoir de leur bourgeoisies respectives.

Le mouvement communiste vise la disparition des conflits de classe qui sont mortifères pour les peuples-classe mais pas la disparition de tous les conflits. On peut penser que l’extinction progressive de la domination d’une classe aura des effets bénéfiques sur la « lutte des places » féroce sous le capitalisme dominant. Il en est de même du sexisme et du racisme qui sous le socialisme postcapitaliste peuvent être très réduit. Mais une fois encore cela ne signifie pas fin des conflits inter-humains. La multitude continuera de s’empailler !

Quand André Bellon affirme « La démocratie n’est pas une méthode pour exprimer un consensus, mais pour trancher les dissensus. » nous posons la question du cadre démocratique. De quelle démocratie s’agit-il ? Au profit de qui le « dissensus » est-il toujours tranché ? La démocratie n’est-elle pas le « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » or une large fraction de peuple est absent et pas seulement celui qui s’abstient, y compris une partie de celui qui vote. C’est que le système de démocratie représentative tel qu’il est connu s’emploie à construire le « gouvernement du peuple » à l’aide d’une caste politique fermée à l’égard du peuple. Le « par le peuple et pour le peuple » devient une rhétorique populiste qui cache la déconstruction du volet démocratique et du volet social.

Cette critique ne vise pas à repousser la démocratie et l’Etat social mais au contraire à faire en sorte que ces identités politiques abstraites que sont la démocratie, la République et le peuple souverain soit fécondées par le social, c’est à dire par la référence au peuple-classe. André Bellon écrit : « N’est-ce pas déjà un extraordinaire recul philosophique lorsque les mots « peuple », « souveraineté », « citoyenneté », « République », qui définissaient la démocratie, ont été soumis à un pilonnage intensif qui soit leur a fait perdre leur sens, soit les a habillés de définitions péjoratives ? » Ces catégories politiques sont prises entre deux feux entre d’une part la droite qui défend la classe dominante sous les majuscules de ces jolis mots et la gauche qui défend en principe le social. De cet enjeu nait une crise de légitimité. La gauche est elle même une catégorie sous tension . Du coup le terme même est contesté. Dés lors il ne faut pas s’étonner de trouver des terminologies du type « gauche de gauche » ou « gauche vraiment à gauche ».

Pourtant dans mon propos, ici, il ne s’agira pas d’opposer Marx et Jaurès mais de faire en sorte que la gauche soit et reste bien à gauche (car on sait qu’elle trahie plusieurs fois son peuple naturel, le peuple-classe). Il s’agira de faire en sorte que derrière le peuple ce soit le peuple-classe qui soit gagnant et non pas la bourgeoisie et la finance. En ce sens il faut lire ou relire l’ouvrage de Christian Picquet sur la République (2). C’est une adresse à l’extrême-gauche - la LCR à l’époque - de procéder à un enrichissement de la gauche en pratique en même temps qu’une fécondation sociale des catégories politiques abstraites. A la suite de Rosa Luxembourg il explique que la « démocratie » peut et doit rimer avec « lutte des classes ».

La démocratie socialiste n’est pas seulement, comme l’exprimait Jaurès, « le milieu où se meuvent les classes », se révélant ainsi « dans le grand conflit social une force modératrice » mais le milieu ou la classe dominante a cesser de l’être bien qu’elle bataille encore pour conserver ou reprendre son pouvoir social.

Christian DELARUE

1) Pas de démocratie sans conflit d’André Bellon.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/06/BELLON/17239

2) La République dans la tourmente. Essai pour une gauche à gauche, Christian Picquet, Syllepse, 224 p., 16,50 euros.


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