Contre le loup (néo)libéral au plan (anti)social et contre le loup intégriste religieux au plan sociétal. C Delarue

dimanche 17 avril 2016
par  Amitié entre les peuples
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Contre le loup (néo)libéral au plan (anti)social et contre le loup intégriste religieux au plan sociétal.

Annie Coll vient de publier « Pour en finir avec le loup libéral » (L’Harmattan 2016) mais c’est en philosophe pour contrer le mal (sous les formes de la pulsion, de l’éthique relativiste et de l’individualisme sans souci d’autrui surtout) et ainsi favoriser en riposte l’expansion du bien en société car l’orientation vers le bien existe naturellement chez les humains (cf Erich Fromm) et elle souligne que cette orientation positive est source de plaisirs alors que le scrupulum est au contraire ce (petit) caillou qui gêne la marche quand on fait le mal.

Le mal, appréhendé géopolitiquement, hors problématique philosophique, au niveau global et mondial, se dédouble sous la figure de « deux loups » à combattre si l’on suit la thèse de Sophie Bessis, auteure de « La double impasse » qui évoque deux fondamentalismes, celui religieux et celui marchand (Ed La Découverte 2014). Avec le fondamentalisme consumériste, il faut adjoindre (sous la domination du capital) l’impérialisme et le concurrentialisme néolibéral.

Dans cette double perspective, comme altermondialiste, mais surtout comme antiraciste et anti-intégrismes religieux je m’appuis sur Pierre Fougeyrollas (1), notamment celui de « Les métamorphoses de la crise - Racisme et révolutions au XX ème siècle » (Ed Hachette 1985) .

Il y a trente ans il écrivait d’emblée "Je me suis d’abord demandé si l’affirmation passionnelle des identités culturelles, telle qu’elle s’est développée depuis un quart de siècle, n’avait pas finalement contribué, d’une certaine manière, à la recrudescence présente du racisme. Car, s’il est vrai, comme nous le pensons, que les individus des sociétés actuelles participent tous à plusieurs identités collectives, leur réduction à une seule d’entre elles relève plus de l’idéologie que d’un vécu singulier (première page d’avant-propos du livre cité). Et j’ai partagé cette perspective critique.

Depuis cette époque - 1985 - il y a une toute une évolution qui n’est pas relatée par l’auteur. On pourrait parler d’un contre-mouvement réactionnaire (contre les femmes libres et égales, contre la laîcité et la sécularisation) mondialisé, transnational (plus présent au sud). En effet, le souci premier des intégristes religieux sexoséparatistes (juif haredim ou musulmans ou autres) semble être de type monomaniaque, très excessivement centré, par pulsion mortifère (Thanatos), sur l’invisibilisation du corps des femmes et notamment contre tout ce qui pourrait apparaître séduisant, attirant, sexy, toute chose qui participe pourtant à l’Eros, soit à une dynamique de vie et de libres rencontres en société libre (hors chose intellectuelle), toute chose positive pour peu qu’il y ait consentement, respect, liberté et égalité entre hommes et femmes. C’est pourquoi ils imposent, avec un droit de « correction » de leurs femmes, une sous-culture hyper-patriarcale axée sur l’hypertextile obligé pour les croyantes et les autres femmes et ce en plus (pour certains) de la réclusion à la maison et de la sortie accompagnée du frère ou du mari (sexoséparatisme « hard », le « soft » se limitant à bâcher les femmes sous hypertextile).

Une sous-culture est une « culture en proie à l’idéologie » (Fougeyrollas) qui appauvrie la richesse de la culture dominante par un rabaissement des humains dans leur dignité, les femmes souvent, qu’il s’agisse du consumérisme néolibéral versus plan (anti)social ou de l’intégrisme religieux à dominante sexoséparatiste, versus plan sociétal.

Lire ci-dessous à propos de Pierre Fougeyrolas (écrit en 2007 avant son décès en 2008) sur le « problème des cultures » LA PLURALITE ET L’INTERPENETRATION DES CULTURES - Christian DELARUE
http://www.bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=50628

Christian DELARUE

Pierre Fougeyrollas 1922 - 2008 — Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Fougeyrollas

DOCUMENT 2007

Université d’été d’ ATTAC 2007 TOULOUSE Manifeste d’ ATTAC : Contre le septième et dernier pilier du néolibéralisme : « La diversité culturelle contre le formatage des esprits »

Sur LA PLURALITE ET L’INTERPENETRATION DES CULTURES Voici un texte de Pierre FOUGEYROLLAS.

L’ouvrage « Les métamorphoses de la crise - Racismes et révolutions au XXe siècle » -Hachette 1985 - comprend trois parties dont la première a pour titre : LES PROBLEMES CULTURELS » Dans l’ouvrage de l’auteur cette partie comprend trois grands chapitres :
1 « CULTURE ET IDEOLOGIE » qui contient « Le vécu et la vie sociale » (ci-dessous) mais aussi « La représentation des rapports sociaux fondamentaux » et « La culture en proie à l’idéologie ».
2« LES NIVEAUX DE L’IDENTITE CULTURELLE »
3 « LE RACISME ».

Certains intertitres sont de moi. Par contre les notes marginales de l’auteur ne sont pas reproduites. Les signes .../... indiquent des passages non reproduits.

Quelques propos préalables sur les rapports entre idéologie et culture avant de centrer sur les problèmes strictement culturels.

Pour Pierre FOUGEYROLLAS, « la culture, comme vécu du social, subit inévitablement l’influence de l’idéologie, tant comme ensemble de systèmes affectivo-intellectuels exprimant les divers milieux de la société que comme représentation renversée, dans la conscience des individus, de leur vie collective. Cette influence, pour ne pas dire cette domination, l’idéologie l’exerce de l’intérieur, car elle est immanente à la culture. En réalité, il n’est pas facile de distinguer ce qui est culturel et ce qui est idéologique. Car le vécu qui est, par excellence, culturel enveloppe des représentations inhérentes à l’idéologie. Par ailleurs, l’idéologique, inséparablement affectif et conceptuel, fait partie du vécu, donc du culturel. » « Selon notre hypothèse, la culture consiste en pratiques, en sentiments et en idées qui sont structurés au niveau des divers milieux sociaux et, plus profondément, au niveau des rapports constitutifs de la société, par une puissance qui est celle de l’idéologie. Il n’y a donc pas lieu de chercher des zones ou des instances qui seraient celles de la culture et celles de l’idéologie. Tout ce qui est culturel est idéologique et tout ce qui est idéologique est culturel. Cependant, le culturel réside dans le vécu social par les individus ; son unité est celle de la société ou d’un milieu social tandis que sa pluralité est celle des individus qui, en l’éprouvant et en le jouant, le font être. L’idéologique est avant tout commun à ceux qui le subissent ; il vient, pour ainsi dire d’en haut, comme le prouve sa puissance structurante. Il ne faut pas réduire la culture à l’idéologie, ni méconnaître pour autant la présence et la puissance de la seconde à l’intérieur de la première. »

Précision : Sur l’idéologie Pierre FOUGEYROLLAS combine Mannheim et Marx pour lui donner la définition suivante : L’idéologie est un ensemble de représentations sociales englobant, à la fois, des idées et des sentiments et consistant, par là en phénomènes inséparablement intellectuels et affectifs. (p 29)

Christian DELARUE Secrétaire national du MRAP Membre du CA d’ATTAC

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« Les problèmes culturels » Un extrait de Pierre FOUGEYROLLAS

Le terme de culture est aujourd’hui valorisant alors que celui d’idéologie est généralement dévalorisant. Ainsi, pour légitimer un trait de mœurs, on fait appel à la culture dont il est un aspect. En revanche, pour réduire ou détruire la portée d’une conception, on la rapporte à l’idéologie dont elle procède. Une tendance, devenue prédominante dans les sciences sociales au cours des trente dernières années, nous invite au respect de toutes les cultures, comme expressions de la vie sociale des peuples, et à la méfiance à l’égard de toutes les idéologies considérées comme manifestations de la conscience aliénée et mystifiée. Plus généralement, l’esprit du temps cherche à nous dicter, en cette manière comme en d’autres, ses jugements de valeur. Il reste qu’aucune société n’a jamais fonctionné sans cet ensemble de représentations que l’on qualifie aujourd’hui d’idéologie et dont, probablement, on ne saurait abolir les effets réputés asservissants par un simple exorcisme intellectuel. La question des fonctions de l’idéologie et, plus encore, celle de son étude critique restent donc ouvertes. Nous voudrions tenter ici une élucidation de la nature et des fonctions respectives de la culture et de l’idéologie, ainsi que leurs rapports mutuels, en nous inspirant, à notre manière, de la règle durkheimienne d’une stricte séparation des jugements de réalité et des jugements de valeur et en espérant qu’il sera ensuite possible d’examiner plus scientifiquement les problèmes cruciaux connotés par ces deux termes.

LE VECU DE LA VIE SOCIALE

Il nous parait inutile de rappeler l’historique du concept de culture tant il est vrai que la culture est désormais reconnue, par les spécialistes en sciences sociales, comme l’ensemble des manières de vivre, c’est-à-dire de sentir, d’agir et de penser, caractéristiques d’une population déterminée. Nous condenserons cette conception en définissant la culture comme le vécu par les individus de la société à laquelle ils appartiennent. Il s’agit en somme, d’un concept psycho-sociologique ; ce qui explique que le marxisme s’en soit assez peu occupé, alors que les sciences sociales académiques, sous l’influence de l’ethnologie, lui ont donné une place importante au détriment, parfois, de l’étude de la base matérielle de la vie collective des êtres humains. Le concept de culture englobe, à la fois, les façons de se loger, de se vêtir, de se nourrir, de travailler et de se distraire - sans oublier les modalités de la vie sexuelle - et les façons de participer aux cérémonies publiques et privées, à l’acquisition et au développement des connaissances, enfin à la vie religieuse, philosophique, politique, littéraire et artistique. Dés lors que la culture n’est pas arbitrairement réduite aux activités supérieures de l’esprit, comme on le faisait au XVIIIe siècle, le rapport existant entre les phénomènes culturels et les autres phénomènes sociaux pose un problème qui ne nous parait pas avoir encore été résolu de manière satisfaisante. L’erreur dans ce cas, serait de penser en terme d’espace et de croire que la culture constitue une sphère à l’intérieur d’une sphère plus vaste qui serait la société, ou que les phénomènes culturels sont suffisamment définissables par un palier de la vie sociale sur lequel ils se situeraient. En réalité, on peut dire qu’il n’est rien dans la société, qui ne soit, à certains égard, culturel mais il faut aussitôt ajouter qu’il n’est rien non plus, à d’autres égards, qui ne soit économique ou politique.

LA SPECIFICITE DES PHENOMENES CULTURELS

La spécificité des phénomènes culturels se définit non par la place qu’ils occuperaient dans la vie collective, considérée comme un espace, mais plutôt par le fait qu’ils sont les différentes formes du vécu de cette vie par les individus, à l’intérieur même des groupements auxquels ils appartiennent. Au fond, les phénomènes culturels ne sont rien d’autre que les phénomènes sociaux considérés du point de vue du rapport vécu des individus à la société, comme les phénomènes politiques sont ces mêmes phénomènes sociaux envisagés du point de vue du rapport entre la société et le pouvoir global s’exerçant sur elle. Pour leur part, les phénomènes économiques consistent dans les manifestations de la vie sociale résultant des processus de production et d’échange, eux-mêmes générateurs des rapports entre les groupements spécialement les classes. C’est pourquoi un progrès décisif pourrait être accompli dans les disciplines appelées sciences sociales si chacune d’elles recherchait l’établissement de sa spécificité, non dans un secteur topographique de la société, mais plutôt dans un type de rapports selon lequel il conviendrait qu’elle étudiât et analysât les phénomènes sociaux. Consistant dans le vécu du social, la culture se manifeste, du même coup, à travers toutes les expressions de la vie collective, qu’elles soient immédiates ou différées, spontanées ou élaborées, communautaires ou individualisées. Le moyen de ces expressions est évidemment le langage comprenant les postures, les gestes, les mimiques, les cris, le déploiement de toutes les formes humainement perceptibles, enfin la langue comme « système de signes socialisés » .../... La pluralité des cultures et la singularité de chacune d’entre elles ne doivent pas être portées à l’absolu, car l’histoire montre qu’aucune culture n’est restée immuable à travers les siècles non plus perméable aux influences étrangères. En effet, si les langues et les religions, en traversant les siècles, conservent les structures internes qui les caractérisent, elles se transforment et certaines d’entre elles disparaissent. Dans ces conditions, comment ne pas rapprocher la pluralité des cultures de la diversité des activités productives des peuples et du devenir de ces activités ? Durant la plus grande partie de la préhistoire, les sociétés humaines se sont essentiellement livrées à des activités de prédation : la cueillette, la chasse, la pêche. On peut penser, sans peine, imaginer qu’un peuple se livrant principalement à la chasse entretenait une relation à la nature et pratiquait des mœurs sensiblement différentes de celles qui étaient propres d’un peuple de pêcheur. Vers la fin de la préhistoire, apparaissent l’élevage et l’agriculture qui sont, non plus des activités de prédation, mais des activités de production proprement dites. On peut, de nos jours, vérifier par ce qui reste des plus anciennes traditions que les mœurs et les représentations ont été différentes chez les peuples d’éleveurs et chez les peuples de cultivateurs. La division du travail qui s’est développée, dès l’Antiquité, dans certaines sociétés, a bouleversé leurs cultures, notamment par l’apparition des classes sociales et la formation de l’Etat. Le mythe de l’âge d’or, c’est-à-dire la glorification nostalgique d’un passé révolu, a été observé par les historiens et les anthropologues dans un grand nombre de populations. Sa présence et sa prégnance révèlent qu’une mutation culturelle a eu lieu ; elles permettent aussi d’estimer que cette mutation a exprimé des changements radicaux intervenus dans la base matérielle de la société. La tendance prévalant en ethnologie a porté les chercheurs à majorer le rôle des « invariants » au détriment des effets engendrés par le devenir historique et à majorer l’influence des représentations et des mentalités par rapport à celle des activités productives et des structures économiques. Dans cette perspective, chaque peuple serait, pour ainsi dire, doté d’une essence culturelle, d’archétypes mentaux que l’on devrait retrouver, immuables, à travers les avatars de l’histoire. L’étude comparée des langues ne permet guère de résoudre les questions posées de la sorte, car si les invariants linguistiques sont décelables, leurs rapports aux mœurs des locuteurs restent tout à fais énigmatiques.

RELIGIONS ETHNIQUES ET RELIGIONS UNIVERSALISTES

Il est singulièrement admis qu’il existe deux espèces de religions : les religions ethniques dont les cultes et les croyances demeurent contenus, pour chacune, à l’intérieur d’un peuple déterminé, et les religions à vocation ou à prétention universelle qui comportent un appel au salut s’adressant à tous les individus, au-delà des frontières ethniques. A partir des deux espèces en question, on essaie de caractériser des cultures et des personnalités culturelles réputées irréductibles dans leur multiplicité, même si l’on prône, par ailleurs, un dialogue entre elles. Il a existé autant de religions ethniques qu’il a existé de peuples, marqués par ailleurs par la langue qui appartient en propre à chacun, jusqu’à ce que la succession des modes de production et l’expansion des religions à prétention universelle aient entraîné le déclin ou la mort de nombre de ces ethnies et de leur religion originelles. Du reste, un examen plus attentif montre que toutes les religions ethniques, celles qui ont disparu comme celles qui subsistent partiellement de nos jours, ont en commun le culte des ancêtre et le culte de l’unité cosmo-vitale. (l’auteur développe ensuite ces deux cultes) La vision de l’homme et du monde immanente aux religions ethniques est une, sous des formes d’expression variées. Elle nous dit que la mort n’est pas une fin, et qu’elle consiste dans une métamorphose à travers laquelle les défunts se sacralisent, puis se divinisent. Plus proches des ancêtres que ne le sont les jeunes, les vieux, les aînés sont ainsi légitimés à exercer leur pouvoir sur les cadets. Ces religions ethniques nous disent aussi qu’il n’existe pas de solutions de continuité entre les vivants, qu’ils soient végétaux, animaux ou humains. Elles assurent par là la régulation des activités de l’agriculture, de l’élevage et de la procréation humaine elle-même. Elles indiquent que la vie individuelle est un cycle inévitablement fini qui ne revêt sa signification fondamentale que par sa participation au cycle infini de l’existence cosmo-vitale. Considérée du point de vue des religions ethniques, la pluralité des cultures est plus réelle au niveau de leurs manifestations rituelles et de leurs expressions linguistiques qu’au niveau de leur contenu conceptuel et affectif. Leur diversité tient, sans doute, à la différence des environnements naturels et des activités productives assurant la subsistance des populations, leur unité résulte probablement du devenir commun aux sociétés agro-pastorales qui a déterminé, depuis très longtemps, la domination des hommes sur les femmes et celle des vieux sur les jeunes.

Quant aux religions à vocation ou à prétention universelle, il faut rappeler que chacune d’elles est née d’une réforme spirituelle affectant une religion ethnique antérieure. Au VI siècle avant l’ère chrétienne, le bouddhisme s’est élaboré à la faveur d’une simplification et d’une épuration des préceptes et des pratiques de la religion ethnique des Indiens ou, du moins, de certains d’entre eux, que nous appelons schématiquement l’indouisme. Ensuite, le christianisme s’est constitué dans un mouvement de réforme de la religion ethnique des Hébreux dont des théologiens comme Hillel et Gamaliel, avaient été les annonciateurs au sein du judaïsme et le christianisme. La nouveauté historique des trois religions précitées réside dans le fait qu’elles ont voulu rompre avec la clôture ethnique et qu’elles ont voulu rompre avec la clôture ethnique et qu’elles y ont réussi, même si le bouddhisme est resté marqué par son aire d’expansion asiatique, le christianisme par le destin de l’Europe et l’islam par son enracinement afro-asiatique. Leurs effets culturels ont été considérables sans pour autant avoir donné lieu à des invariants que l’on retrouverait aujourd’hui dans les populations réputées bouddhistes,chrétiennes ou islamiques. D’une part, ces populations ont conservé quelque chose de la culture ethnique qui était la leur, avant leur conversion à l’une des grandes religions ; d’autre part, elles ont connu, par la suite,des devenirs historiques différenciés. Les textes de la révélation sont immuables dans leur littéralité, qui a d’ailleurs été longue et difficile à établir, notamment dans le cas du christianisme ; mais les interprétations et les commentaires changent avec les époques de telle sorte qu’il est arbitraire de privilégier les rapports les premiers par rapport aux seconds, même si périodiquement des esprits religieux préconisent un retour aux sources pour émanciper le message sacré de ce qui lui est advenu à travers les vicissitudes de l’histoire. Le remplacement progressif des religions ethniques par des cultes d’ Etat, comme celui de la cité ou celui de l’empire, selon les exemples fournis par l’Egypte, la Perse, la Chine, les villes grecques et la Rome antique, ou leur extinction sous l’influence des religions à prétention universelle renvoie aux situations de brassage des ethnies et de la rupture des anciennes solitudes sociétales qui ont constitué les creusets de nouvelles spiritualités.

PAS DE SUPERIORITE DU MONOTHEISME.

Par ailleurs le monothéisme et l’élection divine ne sont pas aussi exceptionnels qu’on l’a longtemps cru dans les religions abrahamiques. Certes leurs théologiens opposent encore les « religions du Livre » qui détiendraient le monopole du monothéisme, aux autres religions qualifiées par eux de polythéistes, d’animistes ou même de fétichistes. En son temps Frobenius a montré que l’Africain « fétichiste » était une invention de l’Européen colonisateur et que les religions fétichistes n’avaient jamais existé que dans l’imagination des missionnaires portugais e de leur divers successeurs qui croyaient que les peuples d’ Afrique adoraient des objets matériels, alors qu’il s’agissait d’instruments d’un culte visant des réalités transcendantes. Plus généralement, le fétichisme n’a nulle part existé comme système spécifique de croyances et de rites . En revanche, ce terme peut servir à désigner toute dégénérescence d’une pensée religieuse quelconque conférant à des objets matériel (médailles ou amulettes, images ou supports de formules écrites) un pouvoir que les religions, à leur plus haut niveau, ne reconnaissent qu’aux formes immatérielles du sacré. Il se peut, en outre, caractériser une fantasmagorie idéologique érigeant la marchandise en une réalité soi-disant naturelle qui commanderait des rapports immuables entre les groupes sociaux (Marx) ou, à l’échelle de l’individu, une façon pour la libido de prendre la partie pour le tout, voire de substituer à la personne désirée des objets proches d’elle (Freud). Quant au terme d’animisme, il est impropre à qualifier les religions ethniques, comme si elles avaient été ou étaient les seules à invoquer des forces invisibles ou, en quelque manière, spirituelles à l’intérieur de l’homme ou dans son environnement cosmique. A cet égard, la Bible et le Coran seraient aussi « animistes » que la tradition orale religieuse des Dogons et des Bamilékés. En fait, les religions ethniques ont comporté ou comportent une hiérarchie du sacré, s’élevant des vivants dans leur pluralité jusqu’à un Etre suprême, qui n’est rien d’autre que la divinité unique. Par là, elles participent du monothéisme. La différence observable entre les religions dites polythéistes et les religions dites monothéistes, c’est que , dans ces dernières, l’Etre suprême est personnalisé tandis que dans les premières, il demeure sinon anonyme, du moins quasiment inaccessible à la communication directe des fidèles et des prêtres. L’interdiction hébraïque de produire une représentation figurative de Dieu ou même de proférer son nom témoigne d’une an accessibilité du divin qui fait du judaïsme ancien une religion ethnique parmi les autres, même si par ailleurs, à travers les dits des prophètes d’Israël, ce Dieu innommable parle. Le polythéisme et le monothéisme ne constituent pas des espèces radicalement distinctes de genre religieux ; ce sont plutôt des niveaux de conscience religieuse qui investit le sacré, tantôt dans la pluralité de ses manifestations hiérarchisées, tantôt dans son unicité divine originaire, sans qu’il soit légitimement possible de conférer une supériorité cognitive ou éthique à l’une de ses attitudes plutôt qu’à l’autre. Par ailleurs, l’élection divine n’a été historiquement le monopole d’aucun peuple parce qu’elle a été le fait de tous. Doté d’une langue et ne comprenant généralement pas celles des autres, pourvu de rites et de croyances n’appartenant qu’à lui, chaque peuple a estimé, du moins durant un temps de son histoire, qu’il entretenait avec le sacré et avec sa forme supérieure, le divin, des relations privilégiées, qu’il en détenait une mission à nulle autre pareille et que, en conséquence, il ne se trouvait incomparablement élu.

En somme, il faut mettre au compte de notre siècle la prise de conscience des la pluralité des cultures et plus encore du fait que cette pluralité ne comporte aucune hiérarchie. Les cultures sont différentes ; elles le sont, les unes par rapport aux autres, ni supérieures ni inférieures, contrairement aux assertions agressives et fausses du racisme. Aucune culture n’a jamais été une totalité complètement isolée, fermée et sans contacts avec les autres.

De plus, les phénomènes culturels, en tant qu’expression de la réalité sociale, ne sont pas suffisamment intelligibles en eux-mêmes. Pour être élucidés, ils demandent à être analysés en connexion avec les autres phénomènes sociaux. Dans cette voie de recherche, la pluralité ne saurait occulter les traits communs, et les apparences d’immuabilité ne sauraient dissimuler le devenir historique qui nous a faits, les uns et les autres, ce que nous sommes.


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