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Aucun État ne peut se définir sur une base ethnique ou religieuse. UAVJ

vendredi 18 janvier 2013, par Amitié entre les peuples

Devrait-on céder à la pression des dirigeants israéliens de définir Israël comme État Juif ?
Aucun État ne peut se définir sur une base ethnique ou religieuse

Par Olivier Gebuhrer, Pascal Lederer, Richard Markovitch, Maya Vigier et Marianne Wolff, animateurs d’Une Autre Voix Juive (UAVJ).

Lettre ouverte à la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, au ministre français des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé, au ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle.

Une Autre voix juive suit avec beaucoup d’attention l’évolution des positions de l’Union européenne à l’égard d’une solution pacifique et négociée au conflit du Proche-Orient. Elle salue l’idée que l’ONU pourrait faire sienne dans un proche avenir la reconnaissance de l’État de Palestine aux côtés de l’État d’Israël, dont la légitimité pour nous est intangible.

Il va de soi que bien des questions complexes restent à résoudre, dont nous ne doutons pas qu’elles vous préoccupent aussi. Le but de cette lettre n’est pas de les approfondir, mais d’attirer votre attention sur l’une d’entre elles : la question de la qualification «  juive  » de l’État israélien. Nous apprenons en effet de plusieurs sources que le gouvernement israélien réclame – entre autres conditions à toute avancée de sa part vers la paix – la reconnaissance par la communauté internationale de cet État en tant qu’« État juif  ».

Cette exigence revêt à nos yeux un caractère suffisamment préoccupant pour que nous vous en fassions part. Depuis sa création, les promoteurs de l’État d’Israël et les dirigeants israéliens prétendent représenter tous ceux qui dans le monde se reconnaissent ou sont reconnus comme juifs. C’est au nom de tous les juifs du monde que les dirigeants d’Israël, selon eux, mènent une politique qui nie les droits nationaux du peuple palestinien. En France, un courant d’opinion significatif parmi les citoyens français juifs ou d’origine juive ne reconnaît pas à Israël le droit de parler en leur nom.

La déclaration d’indépendance d’Israël parle d’État juif (au sens de la résolution 181 de l’ONU) tout en affirmant l’égalité de tous les citoyens devant la loi, quelles que soient leurs origines culturelles, ethniques, religieuses ou autres, en conformité avec la résolution 181. Depuis 2009, l’exigence par les dirigeants israéliens de voir reconnaître Israël comme État juif s’accompagne de législations de plus en plus discriminatoires à l’égard des citoyens non juifs d’Israël.

Une autre voix juive s’est définie dès l’origine comme l’expression de citoyens français juifs ou d’origine juive attachés à l’universalité des droits de l’homme et des peuples. C’est pourquoi elle ne peut que condamner un État, quel qu’il soit, qui, en se définissant sur une base ethnique ou religieuse, instaure des discriminations institutionnelles entre ses citoyens fondées sur l’origine ou la religion. Une autre voix juive soutient tous ceux qui, en Israël, militent pour l’égalité des droits. La reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif par un État tendrait à conforter la prétention d’Israël à représenter les citoyens juifs d’autres États, et à valider pour longtemps différents types de discrimination pour les citoyens israéliens non reconnus comme «  juifs  ».

L’antisémitisme n’a pas besoin de faits réels pour prospérer. Mais un État qui accéderait à l’exigence du gouvernement israélien de faire reconnaître internationalement Israël comme État juif prendrait la responsabilité de créer des bases nouvelles pour l’antisémitisme et contribuerait à créer des inégalités de fait entre ses citoyens sur une base culturelle ou religieuse. Aucun État de l’Union européenne ne peut regarder cette perspective avec légèreté. Les États européens, dont plusieurs ont eu une responsabilité dans les crimes contre l’humanité dont furent victimes les juifs d’Europe sous le nazisme, prendraient une grave responsabilité à l’égard de leurs citoyens juifs ou d’origine juive en cédant aux pressions des dirigeants d’Israël.

On peut craindre aussi que la reconnaissance d’Israël comme « État juif  » ne donne des bases internationales légales à un régime d’apartheid, au cas où Israël continuerait et étendrait sa politique de colonisation de toute la Cisjordanie, en niant les droits nationaux du peuple palestinien. La reconnaissance internationale d’Israël comme «  État juif  » pourrait peser de manière unilatérale, au détriment de la partie palestinienne, dans la négociation qui doit s’engager sur l’application de la résolution 194 de l’ONU, qui porte sur le problème des réfugiés. Loin de faciliter une solution pacifique juste et négociée du conflit du Proche-Orient, elle créerait au contraire les fondements de son renouvellement permanent.

Une autre voix juive souhaite, à rebours de toute complaisance pour les pressions des dirigeants actuels d’Israël, que l’Union européenne s’engage concrètement pour une paix juste et durable et applique pour cela des sanctions contre leur politique actuelle, comme l’ont demandé récemment les signataires du texte «  Pour une politique nouvelle de l’Union européenne au Proche-Orient  ». La France et l’Union européenne doivent reconnaître l’État palestinien et appuyer sa demande d’entrer à l’ONU.

http://www.humanite.fr/06_07_2011-aucun-%C3%A9tat-ne-peut-se-d%C3%A9finir-sur-une-base-ethnique-ou-religieuse-475874