Vêtement : « c’est quand je veux, comme je veux »

mercredi 10 août 2016
par  Amitié entre les peuples
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Question textile .

Vêtement : « c’est quand je veux, comme je veux » (1)

Christine Delphy cite, il y a plus de dix ans maintenant, Samira Belli dans un passage remarqué de « Race, caste et genre en France » publié en page 171 de « Guerre impériale, guerre sociale » - Actuel Marx Confrontation (Ed PUF sept 2005) .

Voici le passage : "Comme le remarquait Samira Bellil quelques mois avant de mourir, l’obsession des uns de nous voiler n’a d’équivalent que l’obsession des autres de nous déshabiller. Or ces deux obsessions sont deux formes en miroir de négation des femmes : l’une veut que les femmes attisent ce désir tout le temps, tandis que l’autre leur enjoint de ne pas le provoquer. Mais dans les deux cas le référent par rapport auquel les femmes doivent penser leur corps reste le désir masculin. Ce que le foulard dévoile, c’est que le corps des femmes n’est pas un corps à soi - un corps pour soi. »

Cette rubrique « Vie publique : Corps pour soi / pour autrui » (2) de ce site s’est souvenu de ce texte.

Il est vrai que beaucoup hommes peuvent souhaiter ardemment « que les femmes attisent ce désir » mais au final c’est une minorité qui tout à la fois le veut « tout le temps » (pas que de temps en temps selon le jeu du désir) et surtout l’impose à une ou des femmes. Ce dernier point fait toute la différence entre désir, voire obsession, et imposition autoritaire . A l’autre bout du spectre, du côté des intégristes religieux sexoséparatistes, on a l’obsession inverse, mais avec imposition autoritaire de l’hypertextile (voile et jupe longue). Là çà ne plaisante plus !

Les féministes répondent souvent « si je veux, quand je veux, comme je veux » (sauf exceptions ). Les femmes libres tiennent aussi compte de la situation : nulle femme n’ira librement faire une randonnée en montagne avec des talons très hauts, mais ce sera bien possible - selon leur envie - de travailler en bureau avec ; si c’est possible dans leur fonction (car des particularités professionnelles peuvent interdire partiellement ou totalement). On pourrait dire la même chose avec le voile de certaines musulmanes : elles pourraient le mettre dans certaines situations et l’enlever dans d’autres ou le conserver est une contrainte difficile à supporter. Exemple dans une voiture en plein midi sur un parking ensoleillé (cas d’un procès à Marseille). Mais bien souvent, dès qu’elles sortent - et même avant souvent - elles se voilent pour toute la journée et c’est tous les jours, chaque jour, et parfois depuis le plus jeune âge. A défaut, pour certaines, elles sont battues par des maris intégristes sexoséparatistes (3) . Les femmes peuvent être aussi intégristes contre de jeunes filles à couvrir tôt en âge.

Christian DELARUE
(qui n’évoque pas ici nécessairement le burkini en débat cet été 2016)

1) Comme on peut entendre à propos du désir d’enfant, ou non : « Si je veux, quand je veux, voire comme je veux » .

2) Vie publique : Corps pour soi / pour autrui - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/-Vie-publique-Corps-pour-soi-pour-

3) Le sexoséparatisme est un outil critique (notamment au croisement des rapports sociaux de sexe et de la religion en mode intégriste) . Cet outil peut être détourné de son usage scientifique en fonctionnant à l’idéologie notamment en prescrivant des normes ou un mode de vie précis.


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