Accueil > Altermondialisme > Contre l’Emprise de la finance et la crise systémique globale. > Guerre économique > Guerre sociale : trois auteurs à citer : JM Harribey, R Godin, B Thibault. (…)
Guerre sociale : trois auteurs à citer : JM Harribey, R Godin, B Thibault. Christian Delarue
mercredi 5 février 2025, par
CLASSISME : De la domination de classe et lutte de classe dominante à la guerre de classe.
Guerre sociale : trois auteurs à citer : Jean-Marie Harribey, Romaric Godin, Bernard Thibault.
La guerre sociale est-elle toujours une guerre de classe, un classisme ? Warren Buffet donne une réponse classiste connue : « La lutte des classes existe, et c’est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner, ». Ici les riches sont les ultra-riches de l’oligarchie mondiale et l’affirmation a le mérite de »dire ce qu’elle fait et de faire ce qu’elle dit" . Pas d’hypocrisie ici ! Mais on ne saurait réduire l’origine de la lutte de classe à la cette seule petite et puissante caste mondiale.
Et surtout d’autres questions se posent qui méritent d’introduire mieux nos trois auteurs .
Guerre sociale, voyons D’ABORD ce que cela n’est pas . Il importe de rappeler qu’une guerre sociale ne renvoie pas à une « guerre des places » ou l’on ne trouve que des individu-es en concurrence exacerbée pour la « lutte pour la vie ». Le néolibéralisme a remis en selle un discours plus spencérien que darwinien . Pour Margaret Thatcher, non seulement, il n’y a pas d’alternative systémique (« Thère is no alternative ») à cette barbarie mais il n’y a pas plus de société (la société n’existe pas) que de peuple, il ne reste donc que les individu-es et les entreprises dans un monde qui doit être soumis au(x) marché(s). Au-delà des individu-es on a parfois (pas partout) et surtout qu’épisodiquement (pas trop souvent si possible) des citoyen-nes qui votent et se taisent ensuite.
Positivement MAINTENANT rappelons qu’une guerre sociale peut relever de trois grands ordres : classe, sexe, race . La guerre sociale peut être classiste, ou sexiste-patriarcale ou raciste. Il peut y avoir aussi imbrication des types d’agressions sociales. Les femmes du peuple-classe peuvent être plus impactées par une politique anti-sociale que les hommes comme on le voit pour « la retraite Macron 2023 ».
Le plus souvent cependant l’expression « guerre sociale » renvoie aux politiques successives menées par une combinaison d’acteurs : un ou des gouvernement(s) (acteur politique national ou extra-national), un patronat (acteur économique organisé à divers niveaux territoriaux), une ou des classes sociales possédantes et dominantes. La guerre sociale vient d’en-haut des classes sociales possédantes et dominantes, le 1% souvent, d’ou le classisme. Dans ce contexte on évoque les résistances du peuple-classe 99% (ou parfois des 90% d’en-bas), lequel parfois se révolte contre l’injustice sociale . Evoquer le peuple-classe c’est immédiatement renvoyer aux intérêts sociaux, environnementaux et démocratiques des couches populaires (ouvriers et employés) et des couches moyennes intermédiaires.
Citons maintenant, comme annoncé en titre, trois auteurs ayant écrit sur la guerre sociale.
1) D’abord un texte de Jean-Marie Harribey : Qu’est-ce que la guerre sociale ?
https://www.cadtm.org/Qu-est-ce-que-la-guerre-sociale
L’auteur y discute de la distinction temps de paix - temps de guerre pour montrer que la paix ne l’est pas et même que la vraie guerre n’est pas menée vers l’extérieur du pays mais à l’intérieur de la nation. Citons cet extrait de son dernier texte sur la guerre sociale :
« La vraie guerre en effet qui se mène à l’intérieur des États, insidieuse et masquée, est celle qu’une minorité, à l’intérieur de la paix, poursuit contre son propre peuple. La paix armée des vraies tyrannies et des fausses démocraties, c’est celle qu’une minorité impose, à coups de police et d’impôts, de travail et de lois sur la propriété, à une majorité. L’horrible secret des organisations étatiques, comme l’avaient révélé aussi bien Ibn Khaldûn dans son Livre des exemples que Rousseau à la fin de son Discours sur l’origine de l’inégalité, c’est qu’une minorité guerrière – c’est-à-dire disposant des armes de la finance et de la justice, de l’industrie et de l’autorité publique – mène un combat sourd, et toujours relancé, contre sa propre population ».
2) Ensuite Romaric Godin a lui écrit un livre sur « La guerre sociale en France », Aux origines de la démocratie autoritaire (Paris, La Découverte, 2019).
Il évoque bien sûr les 40 dernières années de « casse de l’Etat social » (cf livre de Michel Husson) mais aussi et surtout la politique de Macron .
Jean-Marie Harribey en a fait une note à lire sur le site d’ATTAC France
https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-21-ete-2019/debats/article/la-guerre-sociale-en-france-est-declaree-analyse-romaric-godin
3) Enfin Bernard Thibault qui a lui écrit : La troisième guerre mondiale est sociale. (Ed de l’Atelier 2016). Ici la guerre sociale est appréhendée au niveau mondial.
La prédation classiste - très forte exploitation de la force de travail y compris des enfants et des vieux travailleurs-ses - est exercée au niveau mondial par le patronat des multinationales. Cette prédation bénéficie partout aux très riches. Elle est nuisible partout aux classes dominées et aux plus subalternes.
Bernard Thibaut, né le 2 janvier 1959, est à l’époque administrateur de l’Organisation internationale du travail (OIT) en qualité de représentant des travailleurs français. L’OIT est l’unique institution mondiale tripartite (gouvernements-employeurs-travailleurs) d’ou son intérêt pour les altermondialistes et les syndicalistes. Il convient de ne pas surévaluer son pouvoir d’imposer des normes favorables au travail ainsi d’ailleurs que le dit Bernard Thibault dans la vidéo ci-dessous.
– Rappel de son « parcours syndical » (plutôt que « carrière syndicale »)
Secrétaire général (SG) de la CGT de 1999 à 2013, soit environ 14 ans entre Louis Viannet et Thierry Lepaon
Auparavant il était SG de le fédération des cheminots
En 1997, il entre au bureau confédéral
– Une erreur : il est favorable au TCE de VGE pendant la campagne de 2004, mais mis en minorité dans la CGT (le TCE a été rejeté par les français le 29 mai 2005)
– Des qualités : acteur offensif de la mobilisation des grèves et manifestations de nov-dec 1995 (quand d’autres se montraient lâches et traitres)
– En 2014, il entre au BIT (Bureau international du travail) jusqu’en 2021.
De cette activité à l’OIT il sort 2 ans plus tard, en 2016, le livre La troisième guerre mondiale est sociale (il ne dit pas sera sociale comme dans la vidéo ci-dessous)
Le classisme est bien une (sale) guerre des firmes multinationales (FMN dites parfois STN - sociétés transnationales) et derrière elles des classes possédantes et dominantes partout sur la planète.
Les classes dominantes ne sont pas que l’oligarchie mondiale des ultra-riches car au-delà de ce tout petit groupe on trouve des classes sociales suffisamment riches pour profiter très largement de la prédation économique. Pour être clair, il s’agit non seulement du 0,01 ou du 0,1% mais aussi du 1% d’en-haut de la plupart des nations. Dans les pays riches les 10% d’en-haut ne bénéficient comparativement que modestement de cette prédation classiste.
Car l’argent du système capitaliste mondialisé ne va pas en-bas. En bas et à toutes les strates. Le système économique mondiale fait, au mieux (pas toujours) du caritatif, pas du social. Le caritatif se manifeste par du moins-disant social qui fait sans bruit plus de maladies et de morts dans le travail formel ou informel (plus le mal logement et l’absence de soins). Le moins-disant social manifeste nettement la déshumanisation de l’économie marchande tournée vers le profit à tout prix. Sa barbarie et non sa civilisation.
Evoquer du « social » c’est poser des droits sociaux et des garanties sociales effectives pour les peuples à 99%, et ce sans oublier l’environnemental.
Vidéo de 2019 (BT invité à Nantes)
https://www.youtube.com/watch?v=a7opxdILmOk&t=1s
Vidéo plus ancienne : 2017
https://www.youtube.com/watch?v=svQXDG2kUJ8

par Christian Delarue
auteur de « La thatchérisation du monde et l’extrême-droite économique : un trajet vers la ploutocratisation du monde ».
http://amitie-entre-les-peuples.org/La-thatcherisation-du-monde-et-l-extreme-droite-economique