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DEUX POPULISMES : Un populisme de fascisation identitaire et un populisme de gauche néo-marxiste ?

jeudi 21 mai 2026, par Amitié entre les peuples

DEUX POPULISMES : Un populisme de fascisation identitaire et un populisme de gauche néo-marxiste ?
Face à l’extrême-centre bonapartiste distinguons jusqu’au bout !

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La catégorie de populisme est une véritable « soupe idéologique » insatisfaisante dans sa définition, sans précision suffisante, permettant des amalgames. D’ou le désir se vouloir se débarrasser de ce faux concept de populisme. Mais son usage perdure...
Alors si on précise un peu mieux de quoi on parle elle gagne en pertinence quand on se trouve au coeur d’une bataille idéologique ou on a pas choisi les bases (interview). La première distinction serait évidemment celle en populisme de droite et populisme de gauche mais surtout pas pour faire semblant ; c’est à dire pour finalement les confondre d’emblée sans plus d’effort sous prétexte d’un point commun. C’est le néant de la pensée ! Et c’est courant ! Car c’est le point commun des deux populismes - qui serait grosso modo le maintien d’une caste politique séparée et surtout l’existence d’un chef - qui faciliterait l’usage idéologique de certain.es journalistes. Le contenu proposé pour le peuple serait alors secondaire et silencié.
Pourtant le « chef populiste de gauche » construisant un large peuple-classe d’en-bas pour sa « libération » relative (certes contre le « s’émanciper soi-même ») est fort éloigné du « chef capitalo-patriarcal » et raciste de type de Pétain (par exemple) et de son « Travail, Famille, Patrie » repris récemment par Mme Vassal. Dans le premier cas on a à priori de la justice sociale et fiscale contre l’austérité et contre les inégalités économiques et sociales et dans le second profil on a au contraire du classisme (domination de la classe possédante riche), du conservatisme de moeurs, et du racisme et sexisme libérés. Mais dans les deux cas on pourra avoir de l’autoritarisme, variable d’ailleurs . Mais là attention au non-dit du contexte : ce n’est pas « l’extrême-centre » (Bernard Téper) avec un « conducator » bonapartiste - comme Macron 2023 puis 2024 par exemple - qui est en capacité et en droit de donner des leçons de démocratie.
De plus, de nos jours, l’extrême-centre néolibéral classiste construit réellement la fascisation, tout simplement en favorisant le durcissement répressif et anti-social (classiste) contre les classes laborieuses des 95% d’en-bas et la montée les inégalités ce qui amène un rapprochement avec le RN classiste et identitaire.
Quand à la démocratie qui était à parfaire - construction non achevée du processus historique de conquêtes démocratiques - elle est actuellement en cours de délitement avant même d’avoir atteint une maturité exemplaire.
Vouloir se débarrasser de ce faux concept de populisme disais-je. Problème : Toute une génération d’étudiant-es en droit public a vu ce concept enseigné durablement depuis P-A Taguieff pour le national-populisme et E. Laclau pour la Raison populiste (qui fut publié en 1985). On ne se débarrasse pas ainsi d’un « concept » un brin fourre-tout qui a été construit et enseigné pendant plus de 40 ans. Cela fait du monde. Mais il convient assurément de distinguer l’usage journalistique et idéologique stigmatisant de la caractérisation relativement correcte . Là il nous faut tenir compte du fait qu’Ugo Palhéta sociologue spécialisé du néofascisme et de la fascisation vient de produire plus de 12 pages sur En finir avec le concept de « populisme » (page 23 et suiv.) dans Comment le fascisme gagne la France de Macron à Le Pen (Ed La Découverte Coll Cahiers libres - mars 2026 , 390 pages)
Ce qui agaçait et continue d’agacer c’est bien l’usage idéologique du terme populiste pour stigmatiser les gauches de Podémos à la France insoumise. Mais ne peut-on pas tenir, en raison et sans injure, Podémos et LFI pour des organisations populistes de gauche, de type néo-marxiste, notamment fécondée par la Raison populiste de E. Laclau (1985) puis les « mises à jour » du concept par C. Mouffe ? On peut les qualifier de « néo-marxiste » dans la mesure ou l’on trouve parfois agissante dans la théorisation la référence à un rapport de classe (sociale) entre un peuple des 99% (peuple du travail exploité subissant l’austérité) et une (ou des) classe possédante du 1% riche (accumulant les dividendes de la financiarisation néolibérale de ces 40 dernières années) . En tout cas, j’ai personnellement appuyé, à ma mesure (renvoi), dans l’altermondialisme, et avant le « we are 99% » de 2011, cette compréhension marxiste avec le concept de peuple-classe (comme ensemble des classes sociales laborieuses d’en-bas large) différent de peuple social compris lui comme objet des politiques des élites.
La riposte au classisme (au sens de domination de classe) passerait, à suivre les thèses de Laclau et Mouffe, par un chef mobilisateur, chef un brin léniniste (un brin seulement pas totalement) mais aussi via une caste politique séparée du peuple car chargée par en-haut de l’émancipation populaire ce qui éloigne de Marx sur ce point. L’émancipation sociale par en-bas viendrait alors plus des syndicats de la « double besogne » . Un deuil serait fait ici avec ce populisme de gauche de l’émancipation autogestionnaire d’en-bas, par en-bas et pour en-bas venu d’un marxisme appuyé ensuite par Rosa Luxembourg . Ce populisme de gauche néo-marxiste s’accommoderait de la séparation de la démocratie représentative existante entre le peuple citoyen et les élus qui continuent pour beaucoup à faire longue carrière notamment grâce aux cumuls des mandats verticaux et horizontaux.

I - La conception du populisme fonction de la définition du peuple.

Il y a plusieurs sens au mot peuple - peuple-nation, peuple souverain, peuple ethnos, peuple identitaire, peuple ethno-culturel, peuple demos, peuple démocratique, peuple social, peuple-classe, etc... - ce qui donne des sens différents à populisme. Ce point a fait l’objet de développements sur plusieurs livres depuis 2000 . C’est là un point important à comprendre par rapport au chapitre suivant issue de la science politique.

Le RN et les forces dites d’extrême-droite avancent une définition identitaire et communautariste du peuple-nation . Ces forces séparent assez peu (parfois certes : les élites syndicales du système - sic) le peuple de l’élite, telle que le dit souvent la définition du populisme par la science politique . C’est qu’ils vont surtout séparer le bon peuple nation (sain et vertueux) de l’étranger . Ils sont sur du populisme identitaire fonctionnant non à la lutte de classe mais à la xénophobie, au racisme, aux exclusions. Et après la stigmatisation raciste des noirs, des arabes et des juifs vient assez rapidement les répressions des syndicalistes marxistes et des journalistes de l’anti-France et autre rejets ! Le RN défend de façon sectaire le peuple-nation de France, bourgeoisie inclue, mais immigré-es exclu-es. Zemmour va lui plus loin et force l’identitarisme national en excluant les faux français, les « français de papier » !
A noter que la droite, quoique pro-Union Européenne, peut faire la même chose sous couvert de République nationale, entendue comme un fétiche tout à la fois couvrant et excluant, entendue comme une sorte d’artifice communautaire qui accomplie très exactement les mêmes fonctions d’intégration et d’exclusion à savoir défense d’un « extrême centre » soutien du grand patronat exploiteur (austérité salariale contre le peuple) et haine xénophobe des migrant-es venu-es des Suds.
Le RN est à rejeter comme ultra-identitaire obsessionnel sur le peuple-nation, ce qui explique d’une part les haines xénophobes et racistes contre les immigré-es des Suds (racisme anti-noirs, anti-arabes, anti-musulmans-es) et de l’Est (racisme anti-asiatique) et d’autre part, le refus de tout clivage interne à l’identité, à la communauté nationale, il sera fatalement anti-syndicalisme de classe, soutien et même véritable « collabo » de l’injustice fiscale face au 1% riche ultra-financiarisé par accumulation de dividendes .

II - Le populisme issu de la séparation peuple-élite, issue de la science politique

Je me permets de citer ici Arthur Borriello et un passage pris sur "la parenthèse du populisme de gauche » sur Médiapart 2019 (Pauline Graulle)
Il développe en deux temps sa position :

A- Les débats sont infinis sur le sujet. Je pense que la définition « laclauienne » est la meilleure qui existe à ce stade. Pour lui, le populisme est une logique politique de dichotomisation de l’espace social, entre le peuple et les élites considérées comme responsables de la frustration du plus grand nombre.
Je pense toutefois qu’il faut ajouter que le populisme a aussi malgré tout un contenu politique (ce n’est pas une pure logique formelle, comme le concevait Laclau) : en tant que mouvement populaire, il vise à une extension des droits politiques et sociaux des classes populaires.

B - En réalité, pour moi, et contrairement à ce qu’on entend souvent, le populisme est donc fondamentalement « de gauche », ou en tout cas, orienté vers l’émancipation populaire.
Les éléments de populisme qu’on prête souvent à l’extrême droite ne sont, à mon sens, que des accessoires rhétoriques et ne constituent pas du tout le socle de l’extrême droite, qui est axée autour de thèmes nationalistes et autoritaires et n’a pas pour priorité une extension du domaine des droits des « petites gens », bien au contraire.
Au risque d’être contre-tendance, j’irais même jusqu’à dire que le populisme de droite est une contradiction dans les termes, d’une certaine façon.

XX

Retour à Ugo Palhéta : Proximité avec un néo-fascisme

Le populisme de droite-extrême et d’extrême-droite a bien deux facettes qui se complètent : un national-racisme identitaire et un national-classisme très pro-bourgeoisie. Ce qui annonce bien, si les circonstances d’une fascisation s’y prêtent, un profil de néo-fascisme tout à la fois bien pourvu en autoritarisme de classe contre les classes sociales laborieuses d’en-bas largement entendues (cadres compris sauf une minorité) et leurs syndicats et bien pourvu en racisme et en sexisme outre un fort productivisme anti-écologie.
Rejoindre les forces de convergence anti-fasciste est nécessaire. Il y a de multiples débats portant sur le sujet, tant en France qu’ailleurs, qui favorisent cette unité sans tout partager.

Christian Delarue
Militant antifasciste à titre syndical et associatif ayant rejoint Ripostes

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