Les trois grands courants de l’anthropologie moderne selon JC Filloux. C Delarue

lundi 2 janvier 2012
par  Amitié entre les peuples
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Les trois grands courants de l’anthropologie moderne selon JC Filloux.

Les brefs propos qui suivent sont issus de la préface de Jean-Claude Filloux au le livre « Le fondement culturel de la personnalité » de Ralph Linton (Dunod 1978). Cette note indicative ne dispense évidemment pas d’une lecture directe puisque la dite préface est longue de 45 pages.

L’anthropologie moderne s’est constituée en réaction contre les facilités et les arbitraires de l’anthropologie historiciste qui à l’image d’un Morgan dans Ancient Society (1877) distinguait trois périodes dans le développement socio-culturel de l’homme : la Sauvagerie, la Barbarie et la Civilisation.

Cette anthropologie moderne n’est cependant pas unifiée. Radcliffe-Brown se distingue de Malinowski sur deux points. Il s’intéresse davantage aux structures sociales, entendues comme systèmes d’institutions, qu’ aux cultures, entendues comme ensemble de coutumes, modes de vie, etc... Ensuite, il récuse le point de vue psychologique dont au contraire Malinowski fait grand usage. Pour ce dernier, on ne comprendrait rien aux institutions elles-mêmes, si on ne les référait aux besoins humains qu’elles contribuent à satisfaire plus ou moins directement. Les travaux de Radcliffe-Brown ont été à l’origine de l’école anglaise d’anthropologie sociale dont E.Evans-Pritchard fut un représentant.

Les travaux de Malinowski sont eux à l’origine de l’anthropologie culturelle américaine, qui prétend réintroduire directement l’humain dans le social, traiter psychologiquement les faits culturels plus encore que les faits structuraux, et enfin réintroduire le cas échéant des schémas historiques d’une manière moins ambitieuse que les historicistes du siècle passé.

Chez les « culturalistes » la définition de la culture évolue d’une conception objectiviste (la culture comme chose en soi) à une conception de plus en plus subjectiviste (la culture en tant que vécue par les individus). Mais c’est avec Margaret Mead et Ruth Bénédict qu’apparait pour la première fois vers 1930 un troisième courant auquel se rattache R Linton : l’anthropologie psychologique. Le lien est fait entre culture et personnalité. Nous sommes aux antipodes de l’anthropologie sociale anglaise qui proclame encore avec Pritchard que « les tentatives pour construire l’ethnologie sur des fondations de la psychologie reviennent à construire une maison sur des sables mouvants ».

En réponse nombre d’ethnologues firent alors appel à la psychanalyse et aux notions d’identification et d’introjection pour comprendre comment l’individu devient partiellement conforme à des modèles groupaux. Les théorisations culturalistes à l’aide de la psychanalyse se développèrent avec Kardiner, Erikson, Clara Thomson, Sullivan, Karen Horney et surtout Erich Fromm, membre renommé de l’Ecole de Franckfort. Une société industrielle, avec sa mécanisation et sa bureaucratisation demande, dit Fromm, des traits comme la discipline, l’ordre, la ponctualité, etc... qui deviennent à la fois produits et facteurs de culture.

Christian Delarue