Risque de passage de l’islamistophobie à l’islamophobie ?
par
popularité : 3%
Risque de passage de l’islamistophobie à l’islamophobie ?
La tragédie de Toulouse et Montauban - avec l’assassinat d’adultes et d’enfants - qui a vu in fine la mort d’un islamiste meurtrier (1) français (et non pas immigré) débouche sur la proposition de N Sarkozy de prendre - s’il est élu - de nouvelles mesures pour traquer les adeptes des stages de formation de « guerrier » en tout genre, qu’ils soient musulmans ou juifs ou sans religion. Il ne faut pas oublier en effet qu’il existe des juifs à double nationalité français-israélien très motivés par l’engagement militaire à côté des colons contre les palestiniens.
Comme le remarque justement F Munier, il y a des doubles nationaux, Français et Israéliens, qui ne sont pas forcément juifs (au sens religieux du terme) et tous les binationaux ne sont pas des partisans des colons (Charles Enderlin, Rony Braumann), loin de là. C’est évident mais bon à rappeler. Par contre, le sioniste guerrier évoqué sur les radios n’a rien à envier aux islamistes radicaux en termes de barbarie. On trouve aussi les apprentis nazillons, toujours excité par ces stages virils.
Amalgame en ce cas ?
Dans cette affaire, au-delà de l’agitation en vue de faire dériver la campagne sur le sécuritaire, et donc à droite, il y a le risque de l’amalgame entre islamiste et musulman ordinaire. Cela parait difficile d’assimiler un tel meurtrier à tous les musulmans vivant sur le territoire national. Ce serait e la bêtise et du racisme. Mais l’un et l’autre se portent bien, grâce à Guéant et Sarkozy. Il faut dire que nous avons une droite qui a fait ses preuves en matière de divisions des couches populaires et de stigmatisation que ce soit les Roms ou les musulmans. Quelle « élite » !
Daniel Pipes distingue islamophobe et « islamistophobe » !
Ayant employé le mot « islamistophobe » il me faut signaler que le terme vient, semble-t-il, de Daniel Pipes . Il écrit : « s’il existe certainement des préjugés contre les Musulmans, l’« islamophobie » fait un amalgame trompeur entre deux phénomènes distincts : la peur de l’Islam et la peur de l’Islam radical ». (2) Certains font effectivement l’amalgame mais c’est une erreur qui mène au racisme. Il ne faut pas confondre les islamistes (radicaux) et les musulmans ordinaires.
Passons aux croyants concrets. Ne pas mettre dans la même communauté le tueur ou même à un niveau moindre celui qui enferme les femmes et le reste des croyants c’est la moindre des choses au plan intellectuel. Cela représente toute la bataille que je mène dans le MRAP depuis plusieurs années (depuis la demande d’un groupe de recherche sur les radicaux et les intégristes) et qui a aboutie en 2011 avec deux communiques contre les intégristes.
D Pipes, est-il le premier à parler d’« islamistophobie » ? Sans doute pas car l’idée de séparer les radicaux et des croyants ordinaires est ancienne. C’est la façon de le faire qui a évolué.
Il n’y a pas à avoir de crainte à l’encontre de l’immense fraction des musulmans en Europe . Une telle crainte, injustifiée, déboucheraient sur de nouvelles discriminations illégales. Par contre une critique vigilante - plus qu’une « crainte » - est parfaitement concevable contre les islamistes et de façon générale contre les intégristes qui appliquent un islam sélectif, faisant l’apologie de la violence.
Ce propos vaudrait mutatis mutandis contre les juifs sionistes radicaux.
Christian DELARUE
1) Nous ne sommes pas d’accord avec l’appréciation de Thomas Legrand sur France Inter ce jeudi 22 mars quand il dit (et écrit) : « Il y aura des appels (il y en a déjà beaucoup) a éviter les amalgames… Il y aura des amalgames. Et puis il y aura sans doute la question ! La question, philosophico-politique qui revient toujours quand un enfant née et élevé en France passe au terrorisme. Cette question c’est celle-ci : « Quelle est cette société qui a pu engendrer un tel monstre ? » … Seulement cette fois-ci la question ne tient pas. Elle a même quelque chose d’indécent au regard de la spécificité du crime contre les enfants de l’école de Toulouse. Cette interrogation donne une importance démesurée au contexte et écrase la responsabilité individuelle. » Le contexte est trop lourd et depuis trop longtemps pour ne pas produire des effets.
http://www.franceinter.fr/emission-l-edito-politique-l-edito-politique-60
Dans « une histoire française » François Bonnet explique sur Médiapart : « Mohamed Merah n’est pas le monstre barbare surgi de nulle part, soudaine incarnation d’un terrorisme islamique Al Qaïda abstrait »
http://www.mediapart.fr/journal/france/220312/une-histoire-francaise

