ZEROMACHO / Deux questions à propos de la sexualité en rapport avec la prostitution.

samedi 18 février 2012
par  Amitié entre les peuples
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Deux questions à propos de la sexualité en rapport avec la prostitution.

Débat complémentaire dans le cadre ZEROMACHO, des hommes contre la prostitution - dont je (Christian Delarue) suis signataire.
http://zeromacho.eu/

Il y a quelques années j’avais produit un court texte qui accusait plus les profiteurs cachés de la prostitution - les proxénètes - que les clients : « Contre la prostitution des immigrées et des françaises. Contre les proxénètes ». Mais depuis lors il ya eu des évolutions. Depuis quelques années la question de la pénalisation des clients est montante. Cela est du, semble-t-il, à des études comparatives entre pays à législations différentes et dont l’appel rend compte. Cela donne de nouveaux arguments.

Venons-en aux deux questions.

1 - Est-il contradictoire de vouloir en même temps l’abolition de la
prostitution et de bonnes conditions de travail pour les prostituées ?

Payer pour avoir accès au sexe, au corps, à l’intimité d’une personne
qui n’en ressent aucun désir, n’a rien d’un contrat, lequel se fonde sur
la liberté et l’égalité. Ici, la liberté est illusoire et l’égalité
bafouée. (cf appel ZEROMACHO, des hommes contre la prostitution) . Mais dans le réel, des femmes se prostituent. Et le plus souvent dans des conditions matérielles déplorables qui viennent s’ajouter aux conditions morales d’emblée négatives. Sauf rares exceptions.
Dés lors, est-il contradictoire (ou au contraire compréhensible) de vouloir en même temps l’abolition de la prostitution et de bonnes conditions de « travail » pour les prostituées ?

On sait que le mouvement ouvrier historique a longtemps défendu
l’abolition du salariat - il le fait encore d’ailleurs - tout en luttant
pour des augmentations de salaires. C’est qu’il existe un écart entre la
théorie qu’elle soit d’inspiration anarchiste ou marxiste à propos de
l’émancipation du travail salarié et le fait de devoir s’affronter au
réel comme syndicaliste. Ce réel se nomme d’ailleurs bien lutte de
classe puisque c’est bien le patron qui refuse d’augmenter les salaires,
de réduire le temps de travail, de réduire l’intensification du travail,
etc.. (plus la précarisation de l’emploi, la casse les services publics,
etc...) que les travailleurs salariés revendiquent ; y compris ceux qui
ne sont pas les plus mal lotis.

Mais comparaison n’est pas raison. L’évitement de l’institutionnalisation de la prostitution est possible sous deux
conditions qui ne sont certes pas évidentes. 1 - Si l’on offre des
moyens de travailler autrement aux femmes qui se prostituent notamment les jeunes qui le font pour se payer des études et les étrangères qui le font pour vivre ou sous la pression des proxénètes. 2 - Si on guide les hommes vers le gout d’entreprendre une recherche de partenaires sexuels ou à défaut vers l’acceptation de la seule masturbation.

La recherche de partenaires adultes (femmes consentantes) implique
généralement d’être en capacité de pouvoir relativement différer la demande proprement sexuelle et de valoriser d’autres aspects de l’interaction humaine. La chose est dite ici de façon très condensée.

Dans bien des cas cela se résume par le fait de n’être ni trop timide ni trop pressé ou abrupte mais aussi et surtout d’apprendre à voir aussi l’être humain en plus de la femme (son genre). Ce qui ne signifie donc pas ne plus voir du tout la femme, ou de devenir un ascète ou un eunuque. Il semble y avoir là un fait anthropologique. A débattre.

2 - Les préjugés et stéréotypes sur la sexualité des femmes comme
facteur de prostitutions ?

Sur les stéréotypes en général lire Claudine Blasco (1) Ici c’est un angle particulier qui est relevé.

Les femmes peuvent être perçues - surtout dans les sociétés traditionnelles et/ou autoritaires - comme peu ouvertes à la relation
sexuelle, être trop compliquées, vouloir surtout un mari, etc... Ces
femmes là existent sans doute (et le système patriarcal le favorise aussi ) mais elles ne forment pas l’ensemble des femmes. Penser cela serait non seulement un préjugé mais aussi un facteur incitatif à la prostitution.

Les femmes apprécient la sexualité autant que les hommes tant en
fréquence qu’en diversité de pratiques. C’est là une évolution
historique liée au mouvement féministe. Et elles peuvent aussi, comme
les hommes, avoir des relations en tant qu’amante au sein d’un mariage toujours en place. Ici il y a recul du poids des religions et une
dédramatisation de l’infidélité mais les motivations peuvent différer
selon le sexe. Mais les faits sont là. En matière de sexualité, les
femmes peuvent jouer des stéréotypes (de certains du moins) tout autant que les hommes pour peu que le respect fondamental et la confiance soient là. Mais pour elles on dira parfois qu’elles sont nymphomanes alors que pour eux on dira que ce sont des Don Juan. C’est là que réside le sexisme et non pas dans l’idée d’une nature qui voudrait que les femmes soient quasiment toutes des nonnes et les hommes tous des « obsédés sexuels ». Cet essentialisme est lié à une histoire obsolète.

Voilà qui amène donc à changer de lunettes. Si l’on voyait que ce n’est
ni l’un - donjuanisme - ni l’autre - nymphomanie - mais simplement une
appréciation positive et sans complexe du désir et du plaisir issu des
relations sexuelles - hétéro ou homo - librement consenties. Cela n’est
pas tombé du ciel mais des luttes féministes. Cela est vrai - dans la
vie réelle - pour les personnes - hommes ou femmes - « qui ne portent pas la sexualité comme un boulet » (cf Babin). A en croire les psychologues, sexologues et autres psychanalystes ce n’est pas le cas de tout le monde homme ou femme. Il y a là une histoire familiale qui peut être traumatisante disent-ils. Cette histoire crée des perturbations et des souffrances. Mais il y a aussi les violences sociales globales : trop de femmes sont violées. La lutte contre les violences faites aux femmes est donc essentielle.

Les femmes jugent leur corps tantôt positivement tantôt négativement
mais les hommes font de mêmes bien que le paraître soit moins fort.
C’est que les femmes comme les hommes sont nécessairement soumis aux normes sociales explicites ou implicites de la beauté. Si la beauté
physique est variable dans son contenu en fonction des sociétés et de
l’histoire aucune société ne semble s’être libérée de toute appréciation
sur le beau notamment en matière de corps et de vêtement. Mais dans de nombreuses sociétés les femmes ont à subir un poids normatif supérieur qui les empêche d’assumer pleinement leur corps. La démocratisation relative du vêtement et des techniques correctrices ne parvient évidemment pas à combler cette faille.

L’égalité homme-femme sur ce plan n’arrive qu’au quatrième âge car même au troisième âge alors que la sexualité est pourtant moins agissante les deux sexes sont toujours victimes du « jeunisme » mais de façon inégale. Il faut attendre le quatrième âge pour que la spiritualité puisse se dégager aisément des impératifs dominants de beauté. A un âge moindre la spiritualité doit s’adapter et se greffer aux besoins sexuels des adultes.

Christian DELARUE

1) Claudine Blasco (ATTAC Genre) écrit : « Les stéréotypes créent des modèles sociaux types imaginaires, des codes sociétaux simplifiés qui tiennent rarement compte de la diversité et de la complexité de la réalité. Ils entraînent presque systématiquement des préjugés et des discriminations. Les stéréotypes sexistes véhiculent des valeurs de supériorité masculine, de comparaison des sexes au détriment des femmes, de positionnement hiérarchique et non égalitaire qui enferment les êtres humains dans des catégories sociales et dans des interdits. »

Les stéréotypes sexistes, leur impact sur le corps des femmes - Attac France
http://www.france.attac.org/archives/spip.php?article12411


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