Violences policières, violence sociale, offensive réactionnaire, œuvrer au rassemblement des classes opprimées - Y Lemaitre

dimanche 19 février 2017
par  Amitié entre les peuples
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Violences policières, violence sociale, offensive réactionnaire, œuvrer au rassemblement des classes opprimées

Par Yvan Lemaitre

le 17 février 2017 sur site du NPA-DR

Le 2 février dernier, à Aulnay-sous-Bois, Théo, 22 ans, était passé à tabac par 4 policiers, violé avec une matraque. Cet acte barbare n’est pas un fait isolé. Mardi, Mohamed K., ami de Théo, a affirmé avoir été violenté par les mêmes policiers de la BST (brigade spécialisée de terrain), le 26 janvier, au même endroit que Théo. On apprend ensuite que le commissaire d’Aulnay-sous-Bois, patron des quatre policiers mis en examen, a été condamné en 2008 pour ne pas s’être opposé à des violences policières. La même semaine, un membre du syndicat Unité Police SGP-FO, osait dire : « Le mot Bamboula, ça reste encore à peu près convenable », témoignant de la banalité des propos racistes dans la police.

L’été dernier, c’était Adama Traoré qui mourait victime de violences policières. Depuis, rien n’a été fait contre les policiers responsables, mais les deux frères d’Adama ont été condamnés à trois mois et huit mois de prison ferme pour avoir réclamé la vérité sur la mort de leur frère. On ne peut pas mieux dire que la police est assurée de l’impunité.

Elle s’affiche avec cynisme quand on voit la prétendue justice accepter l’hypothèse que le geste abject du policier contre Théo ait pu être involontaire.

Et ce sont celles et ceux -jeunes et moins jeunes- qui ont dénoncé ces actes barbares en descendant dans la rue qui ont été l’objet de nouvelles violences policières. Là, la justice a frappé fort et vite. Plusieurs d’entre eux ont été condamnés en comparution immédiate.

Les jeunes des quartiers populaires sont quotidiennement frappés par les violences sociales, racistes et policières, victimes d’attitudes et d’actes humiliants, du harcèlement d’une police qui se croit tout permis, sûre de son impunité, de la complaisance de sa hiérarchie, de la justice comme des pouvoirs publics.

Le gouvernement prétend vouloir rétablir la confiance de la population dans la police et la justice ! Il s’était engagé il y a cinq ans à tenter de normaliser les pratiques de contrôles à répétition en rendant obligatoire la remise d’un récépissé à la personne contrôlée. Cet engagement a été vite oublié...

Par contre, le gouvernement vient de faire voter au Parlement un texte prévoyant l’anonymisation des procès-verbaux. Il sera impossible pour le citoyen de vérifier la compétence de tel policier, de se plaindre de lui et même de le faire citer comme témoin !

Le même texte prévoit que les policiers pourront ouvrir le feu même en l’absence de péril pour eux-mêmes ou autrui. Dans la foulée, le maximum des peines pour outrage à policier va doubler.

Une violence sociale

Cette violence policière est le complément de la violence sociale, du chômage, de la précarité, des bas salaires, de la dégradation des quartiers eux-mêmes, des dites « zones urbaines sensibles », des conditions d’existence. Les milliards engloutis dans le béton de la « rénovation urbaine » n’ont pas changé quoi que ce soit des problèmes quotidiens des habitants. A commencer par le chômage qui dans beaucoup de quartiers dépasse largement les 50 % chez les jeunes de moins de 30 ans. Rien n’a changé non plus sur le terrain des discriminations, qui sont autant d’obstacles à l’accès à l’emploi, au logement. L’échec scolaire est plus présent que jamais.

En 2012, la victoire d’Hollande a pu créer l’illusion que la donne allait changer. Valls a continué dans la lignée de ses prédécesseurs. La police se comporte comme des forces d’occupation en territoire ennemi. Les incidents sont en réalité quotidiens mais n’intéressent généralement personne. Il faut un drame pour que les pouvoirs publics ne puissent plus étouffer les cris de colère, la révolte.

En cette période de campagne présidentielle et d’affaires, le contraste est saisissant. Théo a 22 ans, il est au chômage, comme tant de jeunes des classes populaires. Charles, le fils de Fillon, au même âge, étudiant en droit, était assistant de son père sénateur, et gagnait 4846 euros par mois… Pour un travail tout aussi fictif que celui de sa mère...

Leur police, leur justice est là pour protéger et défendre ces privilèges et cet ordre social où les inégalités ne cessent de croître. D’un côté le racisme, l’exclusion, les contrôles au faciès, l’humiliation au quotidien et la violence policière, de l’autre l’arrogance des privilèges, de la fortune à qui tout est dû.

Le Pen donne le ton

Les politiciens ont été contraints devant l’émotion soulevée par ces faits abjects d’exprimer même à minima leur compassion. Hollande a été obligé de se déplacer auprès de Théo. Mais leur prudence et leur réserve sont déjà, à elles seules, un aveu.

Macron à la recherche de voix tout azimut vient de condamner la colonisation qualifiée de « crime contre l’humanité », il condamne certes « la force illégitime de l’état qui a eu cours » mais c’est pour mieux défendre « la nécessité de créer une police de la sécurité quotidienne. » Pour Fillon, cette affaire « doit nous conduire à montrer notre solidarité avec la police, et en même temps à être absolument intransigeants sur ces comportements ». Il renchérit en faisant campagne pour faire passer la majorité pénale à 16 ans.

Marine Le Pen se débarrasse, elle, des faux-semblants. « Mon principe, c’est d’abord je soutiens les forces de police. Voilà. Et de gendarmerie. Sauf démonstration par la justice qu’ils ont commis un délit ou un crime.[...] Je crois que les policiers et les gendarmes travaillent dans des conditions absolument épouvantables, et particulièrement les policiers qui travaillent en banlieue. Je pense qu’il ne faut pas les clouer au pilori ». Et de partir en guerre contre celles et ceux qui manifestent : « Mais est-ce que ça justifie les émeutes qui ont eu lieu depuis ? Est-ce que ça justifie qu’un certain nombre se permettent de casser, de brûler alors même que la justice est saisie du dossier ? [...] Des mauvaises habitudes ont été prises, certains pensent qu’ils peuvent agir en toute impunité, et ils auraient tort de penser l’inverse puisque depuis des années précisément c’est l’impunité qui est à l’œuvre. Donc il faut passer un sacré tour de vis, si je puis me permettre, redonner aux policiers les moyens de leur action. »

Le tout sécuritaire est ainsi imposé comme thème privilégié du débat de la présidentielle à travers lequel tous concourent à alimenter le fond de commerce de l’extrême-droite, nationalisme, racisme, sécurité. C’est la guerre aux classes dangereuses.

Solidarité de classe

Cette violence réactionnaire qui flatte tous les préjugés met en cause l’ensemble des droits démocratiques, c’est l’état d’urgence en permanence contre toute la population. La démocratie, pas plus que la liberté ou la dignité ne se divisent. C’est l’intérêt de l’ensemble du monde du travail de réagir pour exiger que justice soit faite, pour s’opposer aux violences policières, combattre la politique des classes dominantes et de leur État qui engendre l’insécurité sociale.

Ce samedi 18 février, des rassemblements sont appelés par la CGT, la FSU, la LdH, le MRAP, SOS Racisme et le CRAN, notamment. Tant mieux même si nous ne partageons pas les termes de l’appel. Nous ne pensons pas que « bénéficier d’une police respectueuse des personnes et de leurs droits, garante des libertés et de la sécurité publique » dans le cadre « d’une confiance [rétablie] entre les citoyens et les forces de l’ordre », et ce alors que l’honneur de la « police elle-même [serait] entachée par [les] comportements » des violeurs de Théo, soit une démarche qui répond aux besoins et intérêts de la population, de la lutte contre les violences policières et le racisme.

Nous voulons que justice soit faite mais nous savons que cette justice ne pourra venir des appareils institutionnels voués à la défense de l’ordre établi. Cette justice, cette défense des droits démocratiques ne peuvent venir que de notre mobilisation, de notre organisation, de notre intervention sur nos lieux d’habitation et de travail, pour que les organisations du mouvement ouvrier, syndicats, associations, partis politiques, comités de locataires, comités d’habitants exercent leur contrôle y compris sur la police.

La défense collective des droits démocratiques est liée à la lutte pour les droits sociaux, aussi à la prise de conscience que l’État, sa police, ses tribunaux ne sont pas neutres et que seule la force des jeunes, des travailleurs, des classes populaires, leur organisation sur leur propre base, en toute indépendance des institutions et de l’État sont en mesure d’enrayer l’offensive sécuritaire, unique réponse des classes dominantes à la faillite de leur politique.

Yvan Lemaitre

http://www.npa-dr.org/index.php?option=com_content&view=article&id=65:violences-policieres-violence-sociale-offensive-reactionnaire-oeuvrer-au-rassemblement-des-classes-opprimees&catid=9:article-lettre&Itemid=101


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