Vie des peuples : lutter ou dépérir ! C Delarue

mardi 15 février 2011
par  Amitié entre les peuples
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Vie des peuples : lutter ou dépérir !

Le peuple n’est pas défini mais pourtant, il se voit. Autrement dit il n’existe pas de définition à priori ou objective ou en soi du peuple mais seulement une définition subjective, pour soi . En résumé on dira qu’un peuple n’est tel que lorsqu’il lutte. Ce point me semble vérifié sur ces deux versants : d’une part de nombreux textes internationaux (1) relient le mot peuple à l’impérialisme ou au colonialisme par une activité de lutte, d’autre part les juristes de droit international admettent volontiers l’inexistence d’une définition juridique du mot peuple.

Quelques points sont donc ici à développer.

1 - « Personne ne sait ce qu’est un peuple » dit M Karel Vasak (22 juin 2000). Edmond Jouve spécialiste du Jus cogens auteur notamment d’un Que sais-je ? sur « Le Droit des peuples » reconnait qu’il n’existe pas de définition juridique du peuple. De ce vide, un parallèle est souvent fait avec le peuple-nation, c’est-à-dire la communauté humaine définie par un Etat-Nation mais c’est trompeur car ce n’est manifestement plus le peuple tel que visé par les textes internationaux produits disons depuis Bandung (1955) ou même avant. Le peuple-nation est une notion abstraite, objet de développements de la part des juristes et philosophes, et liée à la longue construction des Etats en Occident. Le peuple sans adjectif se ramène à du concret.

2 - Le peuple se définit en marchant ! A ce propos Engels est souvent cité : « la preuve du pudding, c’est qu’il se mange ». Personnellement, je me souviens d’abord lu cette phrase, jadis, comme jeune militant du MRAP, sur une brochure de la LCR à propos du conflit saharaoui . Ce qui est évident à une époque peut cesser de l’être ensuite. Dire, comme je l’ai fait récemment, que « le peuple sahraoui existe puisqu’il lutte encore ! » est susceptible de débat et d’ailleurs ces débats ont animés une petite partie du MRAP il y a peu. Pourquoi ? C’est qu’à un moment donné il y a ce que l’on peut appeler l’épreuve de vérité, c’est à dire l’épreuve du vote et de la détermination des individus appelés à voter sur la question posée. Un peuple se dresse se donne des représentants d’une façon pas toujours démocratique puis ce peuple se fatigue et décline dans son activité visible mais ses représentants continuent d’agir, notamment en usant abondamment de la rhétorique du peuple. Le peuple breton aspire à... Quel peuple breton ? Un peuple largement assimilé ne lutte plus (comme peuple d’origine) mais pour d’autres causes.

3 - La question du contenu : Un peuple marche en revendiquant. Plusieurs thématiques reviennent de façon récurrente : le territoire, la culture. Les peuples ne sont pas sans histoire. Ils ont même des histoires tragiques. Ils sont durablement attachés à un territoire et à une culture qui l’un et l’autre font l’objet d’une dépossession, d’une domination ou d’une oppression. Ils arrive qu’ils deviennent peu à peu minoritaires chez eux en droit alors qu’ils sont encore majoritaires en nombre. Autre aspect, ils refusent aussi la dépossession politique et économique. Deux aspects du contenu revendicatif populaire s’entrecroise ici. Quand un territoire est occupé par une présence étrangère civile et militaire appuyée par la création d’institutions politiques au service de la puissance occupante la résistance populaire se forge. Si les institutions politiques évoluent sous l’effet de la décolonisation vers un transfert au peuple colonisé ( à sa classe politique dirigeante) mais qu’une présence économique forte (firmes transnationales, monnaie étrangère, etc...) continue de s’accaparer les productions du pays alors la résistance va perdurer sous une autre forme contre cet impérialisme. Parfois, le lien avec le territoire peut être très éloigné pour les fractions de peuples chassées de chez eux et dispersées de par le monde. La culture, le mode de vie, la langue, la religion font alors l’objet d’un entretien spécifique pour passer d’une génération à un autre pour éviter l’oubli et l’assimilation. La culture est un très long combat pour les peuples qui refusent l’anéantissement de leurs pratiques culturelles.

4 - De ces deux points, peuple qui marche et peuple qui revendique ainsi que de l’examen de textes internationaux il apparait que ce que l’on nomme peuple ce sont les communautés humaines historiques qui luttent contre le colonialisme ou l’impérialisme. La lecture de la Déclaration universelle des droits des peuples de 1976 est édifiante sur ce point. Mais les notions anciennes, façon JJ Rousseau par exemple, qui voit le peuple se révolter contre les dictateurs tout puissants peuvent reprendre de l’actualité avec les révolutions en cours dans le monde arabe, en Tunisie et en Égypte aujourd’hui. Ces révolutions ont en effet deux grandes tâches d’une part virer le dictateur en place et son équipe et d’autre part repousser l’impérialisme des puissances dominantes. Dans les deux cas il s’agit bien de mettre en pratique le droit à l’autodétermination.

5 - Des enjeux apparaissent assez rapidement et quasiment à chaque fois qu’un peuple entreprend de se libérer de structures de dominations. Un premier enjeu est : va-t-il arrêter son combat à l’établissement d’une démocratie libérale minimaliste qui donne le pouvoir économique à une classe dominante qui était déjà là prête à récupérer la révolution à son profit. Autre possibilité : passer d’une dictature à commande externe (impérialisme) à une autre forme de dictature interne de type nationaliste ou religieuse. Mais là le peuple sait qu’il a peut-être sauvé son territoire et sa culture mais qu’il n’aura ni pain ni libertés démocratiques.

6 - De ces enjeux, il faut penser à ajouter un élément à peuple : celui de la vigilance et de la prééminence d’une pensée du peuple orientée vers la ou les perspectives futures. José Echeverria (cité par Edmont Jouve) voit le peuple orienté vers le futur alors que la nation l’est vers le passé. Pour reprendre une autre terminologie : la nation relève de l’institué, du déjà là alors que le peuple relève de l’instituant . Il est en mouvement vers. C’est là un point à développer au-delà de la simple citation pour une définition. Car cette orientation vers l’avenir donne beaucoup de responsabilité aux partis politiques à l’égard des peuples ancrés dans le quotidien des résistances et l’entretien d’un passé et d’une culture. Là une question se pose : La perspective est-elle principalement religieuse avec un substrat de radicalisme politique ou est-elle pleinement politique avec des débats riches sur la perspective socialiste. Si un mélange se fait, comme en Amérique latine par exemple, quelle est alors la place de la perspective socialiste. Quelle est la place des analyses des expériences historiques et quelle est celle de l’invocation répétée d’un Dieu rédempteur avec un guide suprême à mettre en place ? Il ne s’agit pas de dire qu’il faut nécessairement un peuple très instruit pour l’émancipation mais un peuple trop sous emprise idéologique peut se faire manipuler par ses dirigeants et oublier d’achever sa révolution et ses tâches d’émancipation.

7 - Dés lors qu’apparait de flagrantes inégalités sociales au sein du peuple en lutte il est bon et utile de repérer une classe dominante compradores et de savoir précisément ce qu’elle fait qui elle sert principalement et secondairement. C’est important pour le peuple-classe en lutte. Car lui qui doit être in finé bénéficiaire de ce combat anti-impérialiste qui a tôt ou tard un contenu anti-capitaliste si ce n’est socialiste avéré. Enfin, au regard des différentes expériences révolutionaires effectuées de par le monde il apparait que le sort fait au mouvement spécifique des femmes au sein du peuple-classe en lutte est très important.

Christian Delarue

1) La Déclaration universelle des droits des peuples

Alger, 4 juillet 1976

http://www.algerie-tpp.org/tpp/presentation/annexe_1.htm

2) Le peuple sahraoui existe puisqu’il lutte encore !

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1105


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