Un(e) humaniste aime la « philantropia » soit l’amour du genre humain dans son ensemble. C Delarue

mercredi 1er janvier 2014
par  Amitié entre les peuples
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Un(e) humaniste aime la « philantropia » soit l’amour du genre humain dans son ensemble.

Ce texte complète un précédent : ENA / La planète et nos féroces divisions sociales et culturelles. C Delarue

La philantropia n’est pas la charité. Un(e) humaniste peut évidemment connaître et vivre à des degrés divers toutes les autres formes de l’amour . Prenons les formes issues de la culture grecque (1) : 1 Éros, qui est l’attirance sexuelle, le désir, l’amour physique. 2 Philia, qui est l’amitié, l’amour sans sexualité. 3 Agapê pour amour du prochain, considéré comme une forme d’altruisme, d’empathie envers l’autre quel qu’il soit. 4 Storge proche d’agapé mais qui représente plus particulièrement l’affection familiale, l’amour d’un parent, des frères et sœurs.

Bien que je ne l’ai pas vu mentionné chez Ralph Lindon ( (1893-1953) (2) on peut dire avec Erich Fromm quoique de façon implicite que l’humanisme peut constituer un trait de personnalité chez les personnes généreuses. Il ne s’agit pas de personnes spécialement engagées dans la vie syndicale ou politique. Il ne faut pas voir non plus ces personnes comme des sages (ou des « saints ») placés bien au-dessus des personnes communes. Ce serait une grave erreur. Leur rayonnement est souvent modeste et proximal. Le volet « citoyenneté » semble réduit mais il existe réellement. Il n’est d’ailleurs pas rare que les militants et militantes fassent un bout de vie avec de tel(le)s partenaires ou compagnes/compagnons. Les humanistes sont à nos côtés mais avec leur caractère, leurs contradictions.

La féministe Isabelle Alonso a écrit (3) que « les grandes qualités humaines - générosité, bienveillance, génie, intelligence - se répartissent à égalité entre les sexes » ; ce qui n’empêche pas la présence d’un sexisme structurel dans les sociétés humaines trop patriarcale. Dès lors, un ou une humaniste conséquent sera foncièrement antisexiste , ce qui suppose la mise en œuvre d’idées et de pratiques en ce sens lesquelles peuvent être variées. Il y a plusieurs féminismes. Un(e) humaniste n’est pas plus homophobe.

En théorie, un intellectuel humaniste peut mettre en œuvre des philosophies dites anti-humanistes, celles qui ne placent pas l’être humain comme grand Sujet maitrisant la nature et lui-même. Néanmoins en ce cas, ces philosophies matérialistes issues du structuralisme, d’un certain marxisme (cf Althusser) d’un certain freudisme (cf Lacan) sont alors humanistes quand au but car elles visent le rétablissement de l’humain écrasé, dominé ou aliéné. Certains auteurs ont critiqués les prétentions humanistes de ces théorisations. Tout cela fait débat chez les philosophes. Il existent en tout cas des philosophie clairement anti-humanistes. Citons Carl Schmitt (1888 - 1985) qui fut un intellectuel catholique allemand et nazi .

Un humaniste n’a pas son regard limité aux membres de la communauté nationale. Il refuse la xénophobie et le racisme. A l’égard des peuples du sud anciennement colonisé un humaniste se doit par principe de na pas abonder dans le Choc des civilisations en prenant parti bec et ongles pour l’Occident. Pour autant il se se mettra pas systématiquement du côté des peuples du Sud sans inventaire. Les dominés au niveau global peuvent se montrer très dominateur localement - la classe dominante existe au Sud - ou dans des champs spécifiques (radicalisme religieux, hypersexisme, etc.). C’est ce que l’on nomme le refus du campisme (4) ; lequel n’est pas abstention politique car il n’empêche nullement de se montrer solidaire de fractions de peuples du Sud. De même un humaniste se doit d’éviter tant que faire se peut ce que l’on nomme parfois « l’arrogance occidentale » mais sans pour autant tomber dans son inverse le relativisme intégral. Il y a cependant un vaste spectre de positions dans cet entre-deux.

Au plan social, il refuse non seulement la pauvreté dans le monde mais aussi l’injustice sociale et donc les inégalités sociales. Mais un humaniste n’a pas en tant que tel, une doctrine précise sur les marchés ou sur l’Etat. L’humanisme n’a pas en soi réponse a tout ici comme dans d’autres domaines. Il peut être , par exemple, sensible à la valorisation du mérite au point de fortement limiter la lutte contre les inégalités sociales.

Néanmoins, face à la montée du néolibéralisme et de son spencérisme viscéral (5 ) qui exclue toute politique généreuse et redistributrice vers ceux d’en-bas l’humanisme défend en principe un Etat social qui représente une sorte d’institutionnalisation des « instincts sociaux ». Cette formule darwinienne souligne une tendance proprement humaine à une forme ouverte et altruiste d’amour qui dépasse le caritatif pour s’institutionnaliser. Ce qui importe de souligner c’est que la notion darwinienne d’instinct social est compatible au plan pratique avec l’amour chrétien mais pas avec la rigueur de la fameuse « guerre de classe » gagnée par les grands possédants et dominants avec l’avènement du néolibéralisme.

En dessous du genre humain, un certain humanisme a aussi une tendance à vouloir améliorer les conditions de vie des animaux mais il n’est pas par définition antispéciste. Quand à la nature, tous les humanistes ne la voient pas pareillement. Nature en-dessous ou au-dessus des humains ? Les humains et les rapports sociaux qui clivent la société sont au cœur de l’écosystème mais les humanistes n’ont pas de positions particulières qui les distinguent.

Au-dessus du genre humain, il faut noter que si l’humanisme radical refuse toute abstraction au-dessus des humains - ce qui fonde l’athéisme mais pas seulement - il existe un humanisme déiste. Au-dessus du genre humain il y a refus de tous les autres grands fétiches qui aliènent les humains. Mais au-delà de la question de Dieu, tous les humanistes ne nomment pas « fétiche » (6) les même choses mises sur piédestal, ou les mêmes constructions humaines sur-valorisées.

Un humaniste a-t-il par définition des positions précises sur la science, la technologie, la bioéthique ? Pas nécessairement mais il détient certainement un début de positionnement sur ces questions . Lire ici JC Guillebaud : L’homme est-il en voie de disparition ? auteur que je ne défends certainement pas tout le temps ! Mais les réponses plus précises sont variables. Elles vont tendanciellement contre la réification des humains et corrélativement la constitution de monstres technologico-juridiques qui surplombent les mêmes humains.

Christian Delarue

15 janv 2012

1) André Comte-Sponville a depuis longtemps vulgarisé ces notions mais d’autres auteurs moins connus le font aussi.
L’érotisme, l’amitié, l’amour du prochain. (Eros, Philia et Agapé) F Housset

http://philovive.fr/?2009/04/12/142-lerotisme-lamitie-lamour-du-prochain-eros-philia-et-agape

2) L’ouvrage à lire ici de Ralph Linton est « Le fondement culturel de la personnalité. » (1945)

3) in Psychologies de novembre 2001

4) A propos du refus du « campisme géopolitique ».

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/311011/propos-du-refus-du-campisme-geopolitique

5) Le spencérisme accommodé par le néolibéralisme.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1986

6) La critique anti-fétichiste ou la dialectique réification / déification.

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/060112/la-critique-anti-fetichiste-ou-la-dialectique-reification-deifica


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