Triple meurtre de militantes PKK à Paris : les pistes - Au fil du Bosphore

dimanche 13 janvier 2013
par  Amitié entre les peuples
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12 janvier 2013, par Au fil du Bosphore

Triple meurtre de militantes PKK à Paris : les pistes

Deux jours après le brutal assassinat de trois militantes kurdes du PKK en plein Paris, mercredi, les interprétations et les pistes demeurent obscures. Petite tentative d’exploration des différentes hypothèses :

1- Un « règlement de compte » ou une lutte interne au PKK :

Sans surprise, c’est la piste privilégiée par le gouvernement turc. Le Premier ministre Tayyip Erdogan a pris cette position sans pourtant posséder d’informations précises sur l’enquête mais en s’appuyant sur le mystère de la porte verrouillée. Le local du centre d’information du Kurdistan où ont été abattues les trois militantes était fermé à clefs. Il aura pourtant suffi que les meurtriers attendent les victimes et les neutralisent au moment où elles quittaient le local pour aller prendre le train à la gare du Nord, pour rejoindre Bruxelles.

La guerre est aussi psychologique et Ankara a toujours tenté d’instiller le doute et de souligner les divisions, réelles ou supposées, au sein du PKK pour l’affaiblir. Il y a quelques années, le gouvernement turc tentait de différencier les « faucons » et les « colombes ». Il est vrai que le mouvement kurde, depuis l’arrestation d’Öcalan en 1999, et plus encore depuis son procès, n’est plus aussi monolithique qu’il a pu l’être auparavant. Plusieurs clans se superposent sans que personne ne sache réellement qui dirige quoi. Imrali (la prison d’Öcalan), Qandil (les montagnes du Nord de l’Irak où sont retranchés Murat Karayilan et quelques autres chefs militaires), l’Europe (où se trouve la base arrière logistique et financière du PKK) sont autant de chapelles.
Les observateurs, à commencer par le quotidien Zaman, spéculent désormais sur l’opposition au sein du PKK entre la ligne Öcalan et l’un des chefs militaires : Bahoz Erdal. De son vrai nom Fehman Huseyin, Bahoz est un Kurde syrien, leader de la branche syrienne au sein de la guérilla et pourrait être l’un des adversaires de négociations de paix avec la Turquie au sein de la mouvance kurde. Il aurait dirigé des attaques contre l’armée turque dans le sud Est du pays ces derniers mois. Sa capacité à mener une opération commando au coeur de Paris, contre ses frères d’armes, demeure toutefois plus hypothétique.

La thèse du « règlement de compte » interne semble faible si l’on étudie la personnalité des victimes, appartenant à la ligne majoritaire du parti. La principale cible, Sakine Cansiz, était proche d’Öcalan et de Murat Karayilan et favorable aux discussions avec la Turquie. Comme le rappelait Kadri Gürsel, le PKK a une longue histoire de purges staliniennes et d’assassinats au sein de son appareil... Mais il s’agissait à chaque fois de dissidents ou de militants sortis de la ligne idéologique fixée par Öcalan. On peut citer les exemples de Kani Yilmaz et Sabri Turi, tués dans un attentat à la voiture piégée au Kurdistan irakien. Dans les années 80 et 90 plusieurs cadres ont été sauvagement assassinés, à l’image de l’ancien dirigeant à Rome, éliminé pour avoir critiqué certaines décisions d’Öcalan. L’autoritarisme et les assassinats au sein du PKK avaient été dénoncés par Nizamettin Tas et par... Osman Öcalan, le propre frère d’Apo.

2- Les services turcs, l’Etat profond, l’extrême droite :

Ces trois nébuleuses ont souvent agi de concert lorsqu’il s’agissait d’organiser la contre-guérilla, la lutte clandestine usant de méthodes expéditives avec l’appui de l’appareil d’Etat, contre le PKK ou contre d’autres mouvements armés tels que le DHKP-C ou le TIKKO.Mais la thèse avancée par de nombreux militants kurdes d’Europe, accusant les services secrets turcs semble là aussi peu plausible. On voit mal le gouvernement turc donner l’ordre d’un tel sabotage. Le MIT, dirigé par Hakan Fidan, a été réformé en profondeur, professionnalisé, épuré d’une partie des barbouzes, des repris de justice proches de l’extrême droite des « Loups Gris », et des parrains mafieux qui y faisaient la loi dans les années 90. A l’époque, l’Etat turc pratiquait la loi du Talion, les assassinats ciblés, le trafic de drogue pour financer la contre guérilla, etc. Ces méthodes semblaient avoir disparu après le scandale de Susurluk.
L’« Etat profond », expression qui désigne en Turquie une nébuleuse militaro nationaliste, le « Gladio », les anciens réseaux de contre terrorisme formés dans les pays de l’Otan, avaient eux aussi été affaiblis, notamment par les enquêtes contre la cellule Ergenekon. Mais l’Etat profond n’est pas mort. La mort de Hrant Dink, le journaliste arménien assassiné en 2007 en témoigne. De même que les récentes mises en cause judiciaires contre... Hakan Fidan, le patron des services de renseignements qui mène les négociations avec le PKK.
La présence de ces réseaux, a survécu modestement en Europe où la diaspora turque reste encore solidement structurée par l’extrême droite, le Parti de l’Action nationaliste (MHP), seul des quatre partis représentés au Parlement turc à s’opposer à des négociations entre Ankara et le PKK. Leur capacité de mobilisation a pu être constatée en France au moment des grandes manifestations en 2011 et 2012, contre la loi Boyer qui pénalisait le négationnisme. La puissance réelle et la capacité d’action souterraine de ces milieux ultranationalistes demeure une inconnue.

3- Et s’il existait une troisième piste ?

Plusieurs voix, au sein du gouvernement comme de la mouvance kurde, ont avancé cette idée vendredi. Qui pourrait avoir intérêt à torpiller le processus de paix entre la Turquie et le PKK ? La piste d’une puissance étrangère, d’un pays tiers qui aurait intérêt à voir cette guerre se poursuivre, n’est pas si farfelue. Dans le contexte diplomatique actuel, on pense immédiatement à la Syrie et à l’Iran. L’un et l’autre ont la capacité logistique et le savoir-faire pour mener de telles opérations. On se souvient notamment de l’assassinat d’Abdulrahman Ghassemlou, le brillant dirigeant du PDKI, assassiné à Vienne en 1989 par des agents iraniens. Il avait été tué de deux balles dans la tête dans son appartement et les tueurs avaient pu échapper aux services de police.

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