Transformation sociale et émancipation

dimanche 22 juin 2008
par  Amitié entre les peuples
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Nous voudrions contribuer en tant que « Communistes unitaires » à la discussion du projet de texte politique élaboré dans le cadre de la préparation des Assises nationales des collectifs des 1er et 2 décembre.

Ce texte aborde de nombreux enjeux essentiels pour la construction d’une « alternative de transformation sociale », notamment les grands domaines où il est question de résister à la politique de Sarkozy, d’avancer des propositions alternatives, assises sur d’autres valeurs. Nous partageons l’essentiel de ses propositions.

Nous voudrions en premier lieu insister sur l’idée qu’au-delà des approches programmatiques, un projet de transformation sociale n’a de force que s’il s’inscrit dans une visée
émancipatrice. Pour notre part, nous plaçons notre action politique tout entière dans le cadre de la participation à un mouvement global de dépassement de toutes les aliénations, de toutes les dominations, d’un mouvement pour l’émancipation de tous les individus.

Il est bien sûr nécessaire de développer des propositions, d’énoncer les moyens que nous entendons mettre en œuvre pour des politiques alternatives - c’est un enjeu de crédibilité - ; il s’agit d’obtenir maintenant la concrétisation de droits fondamentaux dans toutes les sphères de la vie sociale, et non d’énoncer une vague utopie, sans rapport avec le réel, le concret. Mais le parti pris fondamental de la « transformation sociale » - expression bien insuffisante au regard des transformations radicales que veulent (aussi) opérer nos adversaires -, de notre transformation sociale, devrait être la libération des individus et de la société.

L’expression qu’un autre monde est possible est l’affirmation claire et nette d’une conviction. Ce qui importe surtout, c’est que cet autre monde est « en marche », qu’il existe des expériences pour le construire (même si elles ont leurs limites), et que notre objectif est de donner à cette idée la force d’un mouvement concret.

Deuxième point, dans la continuité de ce qui précède, nous voulons souligner le besoin de renforcer l’analyse critique de la « contre-révolution sarkozyste ». Il ne s’agit pas seulement de la défense des intérêts des plus riches, de la casse des résistances, ni même d’une « guerre sociale ». Le combat idéologique concerne la possibilité même d’une alternative globale d’émancipation. Pour paraphraser Alain Badiou, Sarkozy est le nom de la tentative d’éradiquer des représentations mentales la possibilité même de l’émancipation (que Badiou nomme « l’hypothèse communiste »).

Tant qu’existait face au capitalisme un modèle soi-disant alternatif se revendiquant d’une autre conception de la société, tant que le compromis social d’après guerre prédominait, la possibilité d’une alternative globale restait présente dans l’espace politique. C’est à la possibilité d’une telle visée, et encore plus d’un mouvement concret pour la réaliser, que Sarkozy s’attaque en fait.

Et il trouve à ses côtés une part de « l’opposition », qui accepte désormais ouvertement le capitalisme comme fin de l’histoire, et qui donc entend se satisfaire de la gestion des effets des politiques libérales, avec beaucoup de compassion pour les pauvres et beaucoup d’affection pour les classes moyennes.

Un travail approfondi sur cette question est nécessaire. L’analyse de la manière dont le capitalisme devient fondamentalement répressif a progressé (sans encore qu’on en tire toutes les conséquences sur notre action politique), mais elle ne suffit pas. Il s’agit maintenant de comprendre comment se produit un divorce complet entre les exigences contemporaines de démocratie, d’épanouissement des personnes et d’un « vivre ensemble avec nos différences » et le capitalisme tel qu’il entend régner aujourd’hui : par la force.

Le troisième point que nous voudrions mettre en débat, dans la continuité des éléments précédents, concerne l’Etat et la démocratie. La construction d’une alternative politique ne peut à notre sens se limiter à décrire les politiques publiques à mettre en œuvre, ni même à revendiquer une démocratisation de l’Etat, ou un approfondissement de la démocratie par l’amélioration de la démocratie représentative et l’instauration d’une dose de démocratie directe. Il n’est pas suffisant de revendiquer plus d’Etat social, au lieu du développement en cours de l’Etat pénal. Il est nécessaire de reprendre la critique de l’Etat, de son rôle, de son pouvoir.

Car en même temps que l’Etat et les politiques publiques sont des lieux de compromis social, et qu’ils garantissent nombre de droits sociaux conquis depuis la Révolution française, puis par le mouvement ouvrier, il est fondamentalement une arme au service des puissants, un instrument de domination. Il est donc nécessaire de réfuter le fétichisme de l’Etat. Sans verser dans le contresens d’une diabolisation, c’est bien un dépassement de l’Etat qu’il faut envisager.

Aussi, on ne peut pas seulement revendiquer un socle de droits individuels et collectifs dont « l’effectivité » serait « garantie par la puissance publique ». Ou du moins il faudrait totalement reprendre ce que devrait être cette « puissance publique » garante de l’effectivité des droits. Il y a quelques chances qu’elle soit éloignée de ce que l’Etat est aujourd’hui, et tous cas nous pensons qu’il ne peut s’agir de l’Etat tel qu’il existe depuis quelques siècles. Nous pensons que la réappropriation concrète des savoirs et des pouvoirs d’un mouvement d’émancipation concerne en particulier les pouvoirs détenus par l’Etat.

Plus largement, à partir du constat partagé que la démocratie représentative est à bout de souffle, et que la culture de délégation de pouvoir nuit considérablement au développement d’initiatives politiques pour transformer l’ordre existant, tout est à inventer concernant les formes (au sens fort) de l’appropriation de la politique par le plus grand nombre, par « en bas » – au-delà des embryons de démocratie participative développées jusqu’à présent, en France, à l’instigation le plus souvent d’élus locaux (et non « des citoyens »). Cela pose les questions du rapport entre le mouvement social (dans toutes ses composantes, particulièrement le mouvement syndical, qui reste aujourd’hui dramatiquement absent de toutes les constructions politiques) et les institutions, et de la césure entre le militantisme politique et la politique institutionnelle.

Notre travail commun devrait concerner la question de la Nation, des frontières et des identités, la mondialisation nécessaire des combats politiques - dans le prolongement des forums mondiaux et des luttes altermondialistes -, mettant en question les carcans institutionnels mais aussi mentaux qui empêchent de concevoir une citoyenneté mondiale et un mouvement planétaire d’émancipation.

Quatrième point, nous souhaitons travailler sur la place de l’éducation et le développement des libertés individuelles et collectives comme leviers et modalités pratiques pour un mouvement d’émancipation. Une tare essentielle du communisme politique du 20e siècle est d’avoir considérée que l’émancipation viendrait après la prise du pouvoir d’Etat, et que l’extension de la liberté individuelle viendrait après l’émancipation collective. Cette conception a existé dans les pays « socialistes » mais aussi en France, où le PCF est passé (pour l’essentiel, mais non sans contradictions) à côté de la plupart des luttes d’émancipation.

Nous pensons qu’une perspective émancipatrice passe au contraire par l’extension des libertés individuelles et collectives : c’est le sens de l’appropriation des savoirs et des pouvoirs.

Le texte soumis à la discussion pour les Assises énonce nombre d’axes de travail thématiques. Nous pensons effectivement que ce travail est nécessaire, qu’il doit s’inscrire dans la durée, qu’il suppose de la production individuelle et collective. Dans le même temps, il nous semble essentiel de travailler sur le projet, entendu comme l’ensemble des repères idéologiques fondamentaux, les valeurs essentielles et la visée que nous poursuivons. Les termes « antilibéraux » et « anticapitalistes » ont leur validité mais tout notre problème est d’affirmer une orientation en positif de la construction politique, la visée de « transformation sociale ».

Voilà quelques idées dont nous serons porteurs dans les processus à inventer et à développer ensemble et avec tous pour lancer le chantier d’une nouvelle force politique pour un nouveau projet… d’émancipation.

Gilles Alfonsi, Xavier Aubert, Lionel Chassaing, Sylvie Larue, Fernanda Marrucchelli



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