Sexisme : Animaliser pour déshumaniser les femmes trop peu habillées (pour eux) Christian DELARUE

mercredi 14 septembre 2022
par  Amitié entre les peuples
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SEXISME

ANIMALISER POUR DESHUMANISER LES FEMMES TROP PEU HABILLÉES (selon eux)

Une autre « économie pulsionnelle » est possible !

Les intégristes religieux (juifs haredim et musulmans) notamment mais sans doute pas qu’eux usent abondamment du rapprochement entre le nu et l’animal (vidéo Iquioussen notamment) pour signifier que les humains, les hommes mais surtout la femme, ont pour caractéristique spécifique naturelle, non discutable, de se couvrir, de se vêtir. Cela les distinguerait naturellement des animaux.

Si on s’en tient là, il reste encore à résoudre la question du seuil puisque l’on peut être plus ou moins couvert comme personne humaine. Avant d’évoquer Norbert Elias, on procédera pour étudier ce phénomène, de l’examen du strict minimum commun à cacher, donc du « très très peu », pour tous et toutes jusqu’à la position opposée qui veut quasiment tout cacher du corps, y compris pour les petites filles de deux ans. On a pu opposer jadis à ce propos « l’hypotextile » (peu vêtu) à « l’hypertextile » (très couvert) pour faciliter la compréhension des positions culturelles en présence.

Sauf pour les nudistes ou naturistes (qui vivent entre eux), l’ensemble des humains cachent ce que l’on nomme « l’organe sexuel primaire » à savoir le sexe masculin et le sexe féminin. Egalité sur ce point. Parfois - c’est assez rare - dans les douches, les hommes (à l’armée) ou les femmes sont nu-es sous la douche mais séparément (sexo-séparatisme en ce cas). Ce qui n’enlève rien au fait que montrer son sexe à autrui relève ordinairement de l’intimité sexuelle, hétérosexualité ou homosexualité . A ce jour la civilisation humaine impose à minima de devoir mettre un string pour cacher son sexe, masculin ou féminin . C’est ce qui est universellement obligé sous toutes les latitudes et dans toutes les périodes historiques.

Le reste - à savoir les seins et les fesses pour l’essentiel - ne fait déjà plus consensus sur la planète puisque le sein-nu est apparu tout comme le string sur certaines plages publiques et pas d’autres et à une certaine époque et pas une autre. Laisser à l’air libre ce que l’on a pu appeler les « organes sexuels secondaires » est donc affaire de convenance sociale et pas d’une nature immuable . Cela montre, pour prendre le langage de Norbert Elias, qu’un apprentissage d’une autre « économie pulsionnelle » est possible.

On se contentera de remarquer qu’après une période très pudibonde en Europe, soit grosso modo après 1965-70 environ, les seins des femmes purent être découverts sur les plages ou dans les piscines mais pas ailleurs. Ce fut la même chose pour les fesses, avec le port du string. Les diverses mini-jupes furent aussi portées par les femmes de tout âge dans ces années 65 jusqu’à nos jours, ce qui fit apparaitre la notion de sexyphobie comme caractéristique de celles et ceux qui considéraient que la jupe aux genoux étaient la norme décente et qu’à mi-cuisses ce n’était plus correct et passible de réprobations.

A ce stade, on peut se poser la question des enjeux en termes d’économie pulsionnelle et de rapports humains sexués : L’effort demandé a changé de camp dans les années 65-70 : il est passé des femmes aux hommes. Ce n’est pas une mince conquête féministe ! Au lieu de constamment demander aux femmes de se cacher les seins et les fesses pour ne pas exciter sexuellement les hommes, ce furent les femmes qui demandèrent aux hommes de « se tenir », ce qui signifie pas de propos sexiste que ce soit méprisant certes mais aussi laudatif et encore moins de « mains baladeuses ». Même le regard a du changer : celui instinctif (cis-hétérosexuels) se comprends mais pas celui insistant qui est refusé tout comme le "se retourner pour regarder encore.

Dans quasiment le même temps, avec un certain décalage historique, alors que les intégristes catholique baissaient en audience dans les sociétés occidentales, les intégristes musulmans réussissaient à imposer ce qu’on a pu appeler « l’hypertextile », soit un habit hyper-couvrant le corps pour les femmes et les hommes mais surtout les femmes puisque - outre le mollet et les chevilles - le cou, les cheveux et le visage devenaient des organes sexuels féminins devant être absolument cachés sous peine de viols pour les uns ou de comportement animal pour les autres. L’hypertextile, ce n’est donc pas seulement le voile sur la tête, c’est l’ensemble du corps qui est caché, y compris les avant-bras et les mollets et chevilles.

Le recouvrement « hypertextile » des femmes produit très souvent (ce n’est pas général) un fort surcroit de sexyphobie chez les personnes, hommes ou femmes, habituées à ce recouvrement constant. Outre la sexyphobie il y a aussi parfois un souci de fort sexoséparatisme qui veut que les femmes vivent séparément des hommes. Ce n’est plus du ponctuel mais du généralisé.

On a là deux processus historiques et civilisationnels contradictoires avec des contraintes qui sont différenciées. Norbert ELIAS a évoqué dans « La dynamique de l’Occident » (1969- 1975 Calman-Levy) et plus précisément dans le second chapitre « Esquisse d’une théorie de la civilisation » un « conditionnement de l’économie pulsionnel » allant vers un « abaissement plus ou moins marqué du seuil de la pudeur et du sentiment de gêne ». La pudeur n’a pas disparue en Occident et encore moins en Orient mais son seuil s’est très nettement abaissé. Ce qui montre que le conditionnement pulsionnel bouge de façons diverses . La question »l’économie pulsionnelle peut-elle changer ?" se pose. Il apparait bien possible d’exiger des hommes hétérosexuels un auto-contrôle qui permet aux femmes de s’habiller librement, de moins se couvrir sans subir d’injures ou de violences.

Christian DELARUE

La civilisation chez Norbert ELIAS s’entend comme processus de long terme et souvent de manière restrictive. Elle concerne alors avant tout les changements observables au niveau de ce que Norbert Elias appelle l’économie psychique, pulsionnelle, affective ou encore émotionnelle.
(in Termes clés de la sociologie de Norbert Elias | Cairn.info
https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2010-2-page-29.htm )
J’oppose parfois civilisation à barbarie comme le ferait Patrick Tort, marxiste spécialiste de Darwin, dans le sens ou la civilisation fait reculer les pratiques sélectives éliminationnistes en sélectionnant l’aide aux pauvres et même la solidarité entre classes sociales dominées. Cela renvoie à une compréhension de Darwin sur les « instincts sociaux ».


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