Sarkozysme : Déconstruire le césarisme démocratique.

dimanche 9 août 2009
par  Amitié entre les peuples
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Sarkozysme : Déconstruire, mettre à nu les ressorts du césarisme
démocratique. (I)

Article du 1er aout modifié le 8/8/09 (ajout dernière phrase)

Evoquer le césarisme sarkozyste c’est diriger la lumière sur le personnage, ses discours (1) et ses pratiques, ainsi que vers ses proches collaborateurs ou collaboratrices (2). C’est aussi diriger la lumière vers les médias et l’opposition. Le regard porté vers le personnage permet de faire des comparaisons avec des contemporains comme Berlusconi et au passage de montrer l’entourage des courtisans. La comparaison montre aussi que le personnage autoritaire n’est pas un dictateur à l’image de l’Italie de Mussolini, de l’Espagne de Franco, du Portugal de Salazar, de la Grèce des Colonels, de la France de Pétain, etc, . Mais cela ne tient pas à une autolimitation du personnage mais renvoie à l’analyse du contexte, celle des institutions qui restent démocratiques, quoiqu’en pente descendante ; celles aussi des dynamiques contradictoires à l’œuvre et notamment des diverses oppositions. Car le sarkozysme n’est pas une dictature militaire ni une dictature de notables. Le régime politique n’est pas dictatorial et encore moins fasciste même si les traits de la forme pénale et policière se renforcent. Le peuple peut décider, peut voter, peut manifester. Il le peut d’une façon très limitée, très modeste mais il peut. Pourquoi ne le fait-il pas ou si peu ? Il faudra tenter de répondre à cette question.

* Le rapprochement avec le bonapartisme.

On peut rapprocher ce type de pouvoir personnalisé du bonapartisme qui admet et même s’appuie sur le suffrage démocratique mais en effectue un détournement populiste (3) de type extrême-droite. André et Francine Demichel (4) définissaient le bonapartisme comme « une dictature de fonctionnaires et de bureaucrates soigneusement triés par le pouvoir. L’institution des préfets est à cet égard très révélatrice ». Les deux derniers conflits du semestre 2009 dans le champ universitaire et celui de l’hôpital montre une volonté de « préfectoralisation », avec la décision de placer des autorités disposant de pouvoirs importants directement subordonnés au volonté du César républicain français.

Le bonapartisme serait, selon André et Francine Demichel, « la traduction historique d’une situation d’équilibre entre les classes. La bourgeoisie, pour maintenir cet équilibre, est amenée tout en conservant bien entendu son pouvoir économique, à déléguer son pouvoir politique ». Sommes-nous dans cette situation ? La crise financière qui a débouché sur une crise économico-sociale sévère pour les travailleurs a mis en accusation le capitalisme. Évoquer sans euphémisme le capitalisme prédateur, c’est un premier élément de gagné au plan de la bataille idéologique. Un élément faible cependant car d’une part c’est seulement le mauvais capitalisme financier et parasitaire qui a été accusé et d’autre part les dirigeants ont annoncés bien vite leur désir soit de le « moraliser » (droite sarkozyste), soit de le « refonder » (néosolidarisme centriste).

Dans l’opposition au Sarkozysme on trouve donc les courants pour une alternative systémique de type éco-socialiste et les courants simplement « néo-solidaristes centristes » (5) qui s’appuient sur J-M Keynes, E. Durkheim, L. Bourgeois, C. Bouglé dans cadre de la refondation et de l’alternance. L’enjeu de la réponse semble être « l’unité sans perdre ses spécificités » pour évacuer le césarisme démocratique.

* L’offre de changement déçoit une partie du peuple...

Il ne suffit pas de dire (6) que les partis de gauche sont divisés et que les syndicats de salariés sont trop nombreux. Certes cette division dans les deux champs de la représentation (politique et sociale) est problématique mais elle est fondée sur des réalités. Faire l’unité avec le Parti socialiste (PS) au moment ou se dernier penche de tout son corps vers la droite et que certains de ses membres s’y précipitent n’est pas chose facile pour l’autre gauche, à sa gauche. L’autre gauche est celle qui part en lutte, comme elle peut, avec ce qu’elle a, contre le monde-marchandise, la finance prédatrice et l’accaparement des richesses communes. Car c’est bien la logique marchande, si valorisée par le néolibéralisme et notamment l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui généralise le dol et la compétition mortifère, qui porte de la corruption et du carriérisme chez les élites, de l’individualisme et de la cupidité chez les possédants, et du sécuritarisme au sein de la société. Il faut aussi évoquer la xénophobie instituionnalisée et le racisme multiforme montant, le sexisme qui perdure, la laïcité mise à mal . Mauvaise pente ! C’est peu de dire que cette logique globale fait évidemment le jeu du conservatisme et du césarisme.

Pour éradiquer le césarisme démocratique, il y a surtout besoin d’autres valeurs qui ne s’imposent pas d’emblée, notamment celle qui préfère la valeur d’usage à la valeur d’échange, celle qui refuse le capitalisme productiviste, celle qui milite pour un nouveau partage du temps de travail contraire au sarkozysme. Il y a besoin d’une « vraie gauche » avec un autre rapport au peuple, aux travailleurs, aux services publics. Faut-il rappeler que nous devons tous et toutes participer à la production de l’existence sociale. Que cela s’organise politiquement et démocratiquement. Encore faut-il poser le principe républicain. Dans ce cadre, il n’y a pas d’une part celles et ceux qui travaillent 60 heures par semaine à un rythme élevé et avec des sursalaires et d’autre part celles et ceux qui sur le bord regardent trois euros en poche les champions du travail salarié. En conséquence, la gauche mandarinale ne saurait remplacer la droite préfectorale. Or on ne sens pas, c’est le moins qu’on puisse dire, au sein du PS une gauche qui ose le changement. De celle-là, il ne faut donc rien attendre, que des coups-bas avouent même de nombreux salariés ayant subis précarités et chômage partiels. Et pourtant pour le coup de boutoir anti-sarkozyste, il va sans doute oser une unité à l’image de celle construite par les syndicats pendant le premier semestre 2009.

* L’insignifiance du monde et le formatage des esprits

Une mauvaise opposition n’explique pas tout de l’installation du césarisme démocratique . Si l’école démocratique a bien fait monter le niveau scolaire, les médias ont su faire baisser le niveau d’analyse critique. La marchandisation du monde constitue la base structurelle.de l’ensemble . On se trouve donc face à une montée de l’insignifiance du monde de par un triple formatage des esprits : D’abord celui des médias « libres » en Occident et celui des religions ailleurs. Pas tous les médias évidemment. Et les religions sont aussi subdivisées. Mais la tendance lourde est là. Et ce formatage se cache derrière le pluralisme. Nous avons le sentiment de choisir notre divertissement. Ce divertissement a très souvent pour trame principale la fuite des questions cruciales aujourd’hui posées à l’humanité. Ensuite celui de la séduction marchande et de ses frustrations chez les déshérités. Ici, il faut pointer l’envers de la médaille marchande qui se trouve dans la sphère productive. Il y a une combinaison du travail du négatif. A côté de la fatigue montante du à l’intensification généralisée du travail aux fins de rentabilité du capital, y compris dans les secteurs non marchands, il faut noter, non pour le stigmatiser, « l’embourgeoisement » relatif d’une partie du peuple-classe. Une de ses formes apparait avec le plaisir avéré pour l’installation dans le confort. Et cela n’affecte pas que la couche supérieure financièrement aisée du peuple-classe. On ne saurait pour comprendre le consentement au césarisme démocratique en cours porter uniquement le regard vers la petite-bourgeoisie indépendante (professions libérales aisées) et la petite-bourgeoisie salariée (les échelons de commandement supérieur du privé et du public) qui n’ont pas encore subi les effets de la crise, ni même leurs enfants (5). Au sein du bloc d’en-bas (les prolétaires à moins de 3000 euros par mois) cette disposition inscrite dans la chair comme habitus travaille à une relative passivité et à la désorientation.

La montée de l’insignifiance du monde mène aussi bien au vote Sarkozy qu’à l’abstention, en tout cas au désintérêt de la chose publique. Car il n’y a pas que la montée du religieux, notamment intégriste, à pointer du doigt en ce début de siècle. L’obscurantisme se généralise sur tous les fronts. Les cerveaux se ramollissent. Ils gardent leur efficacité pour l’intelligence technicienne, pour la rationalité instrumentale, celle qui vient qualifier la force de travail , celle qui ensuite vient confirmer la qualification comme compétence. Mais, comme citoyen, le désert de la pensée progresse sur deux fronts. Les esprits sont de plus en plus coincés entre l’intensification du travail (pour ceux et celles qui travaillent) et l’abrutissement médiatique délivré aussi bien pour le repos du « guerrier économique » que pour le chômeur oisif. A cela s’ajoute le journalisme à sensations qui déploie « le poids des mots et le choc des photos » . La censure existe toujours mais ce n’est pas elle qui formate les esprits à l’acceptation du monde tel qu’il va.

Jamais les raisons de se révolter ont été aussi fortes , jamais les pesanteurs confortables du repli familial et du divertissement médiatique ont été encore plus puissantes. La capacité d’endormissement des consciences par les grands appareils d’influences médiatiques est surprenante. Ils disposent il est vrai de gros budgets, d’experts en techniques de propagande et de désinformation.

L’idéologie médiatique fonctionne à flux tendu sur les deux registres les plus perturbateurs pour l’individu : d’une part la monstration de ce qui est beau et séduisant - stars ou objets marchands - assimilé à ce que possèdent les riches et qui suscite l’envie des déshérités et d’autre part la monstration de ce qui est laid, puant, terrorisant et qui insécurise le peuple tout comme les riches . L’esprit du « chacun pour soi » se marie bien avec l’esprit de consommation marchande lié au besoin de confort généralisé. Comme l’esprit de « lutte des places » s’intègre à merveille à l’esprit de la concurrence généralisée du crédo du libéralisme économique. Un tel ensemble génère au mieux un souci de conservation de son pré carré et une demande politique sécuritaire.

Pourtant, tout n’est pas noir.

D’abord, il existe une presse critique. Il existe toujours des réseaux de solidarité de lutte éloignés des tactiques compassionnelles. Il existe un désir d’apprendre et de changer le monde. Il faut qu’il puisse se présenter aux lieux de débats et se confronter aux pensées critiques. Et exiger ensuite la démocratie véritable. Ce qu’a fait le mouvement social du printemps 2009 en s’affrontant durement à la volonté combiner « préfectoralisation » et marchandisation forcenée dans les Universités et les Hôpitaux publics. Ce que Philippe Corcuff a pertinemment nommer « bureaucratie de marché » et que j’ai évoqué en termes de résitance sous le titre : Bunkérisation du service public, un concept de résistance à l’impérialisme des libéraux.

Christian DELARUE

Notes :

1) Nous renvoyons pour ses discours comportant un traitement de l’histoire aux historiens. Lire par exemple« L’histoire bling-bling » par Nicolas Offenstadt

2) Nadine Morano ou le triomphe du vide

3) Ambiguïté du mot populisme :

* Pour les uns, le terme recouvre l’attitude des mouvements politiques de gauche qui veulent le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple dont ils font partie . Le peuple se distingue ici nettement de la classe dominante la bourgeoisie. On pourrait parler de peuple-classe. L’idéologie déployé est démocratique et égalitariste : justice sociale et justice fiscale. La critique du capitalisme y est courante mais avec des variations et donc des courants divers.

* Pour les autres, à l’extrême-droite, le populisme est une critique des élites politiques et médiatiques mais pas de la classe dominante. Il ne s’agit pas d’abaisser les pouvoirs de la bourgoisie mais de remplacer les élites qui font le jeux de l’étranger, qui sont trop tournées vers l’extérieur. Ce populisme nationaliste débouche très souvent sur une xénophobie et un racisme mal caché.

* Enfin, le terme est utilisé en science politique pour englober l’un et l’autre des usages. Il donne lieu à de multiples débats de repositionnement avec des variations historiques. Ce terme est donc a manier avec précaution pour qui entend être bien compris.

* Un essai : Contre le populisme montant. C Delarue

4) dans « Les dictatures européennes » d’André et Francine DEMICHEL (PUF 1973) Voir plan

5) CONTRE LA REFONDATION NEOSOLIDARISTE DU CAPITALISME PRODUCTIVISTE Fiche de synthèse Christian Delarue

6) Libertés, les blogueurs s’inquiètent : vers le Césarisme démocratique ?
http://www.lepost.fr/article/2009/01/09/1380155_libertes-les-blogueurs-s-inquietent-vers-le-cesarisme-democratique.html

7) Certains dans cette couche dite « petite-bourgeoise » en perçoivent
même encore les fruits.

http://cvuh.free.fr/spip.php?article170


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