[RussEurope en Exil] Contre Valls et Plenel - J Sapir

dimanche 19 novembre 2017
par  Amitié entre les peuples
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[RussEurope en Exil] Contre Valls et Plenel, par Jacques Sapir

Une double polémique traverse aujourd’hui les divers courants de gauche, et au-delà. Celle qui d’une part est née des propos de Manuel Valls, ancien premier ministre, à la fois contre un institut de recherches, hautement respectable (l’IRIS) et contre Mediapart et d’autre part celle qui est née d’une caricature de Charlie-Hebdo contre Tariq Ramadan, et qui maintenant oppose ce journal à Edwy Plenel et à certains intellectuels.

Ces polémiques ne sont nullement liées, comme on voudrait le faire croire. Et l’on peut parfaitement rejeter les propos – assez indignes – de Manuel Valls et condamner ceux, non moins indignes, d’Edwy Plenel.

Valls et l’élection

Reprenons l’affaire. Manuel Valls se propage de plateaux radio en plateaux télé et tient des propos outranciers, dont il est coutumier, mais ici de manière répétée. Il faut comprendre pourquoi. Son élection, acquise d’extrême justesse, va être très probablement invalidée. Manuel Valls est donc en campagne. Il cherche à rassembler sur son nom tout ce qui traîne, rampe, dans son électorat. Il doit diaboliser son adversaire de France Insoumise, et pour cela il l’accuse d’être une « islamo-gauchiste ». On comprend la manœuvre. Elle est à l’image de Manuel Valls : détestable.

Mais, Valls s’est laissé emporter, et a depuis demandé que l’on coupe les financements publics à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, l’IRIS, que dirige Pascal Boniface. Ce faisant, il a franchi une indiscutable ligne de fracture : celle qui oppose les démocrates à ceux qui ne le sont pas. On peut contester nombre de positions de Pascal Boniface. Je l’ai fait. Mais, d’une part la position d’un individu ne définit pas celle d’une organisation de recherche collective. D’autre part, vouloir priver l’IRIS de ses contrats est un appel à un acte de censure caractérisé. Car l’IRIS produit de nombreuses études qui sont très intéressantes. Je puis en partager les conclusions comme je puis les contester. Mais, elles ont toujours été une contribution importante au débat public. Etant moi-même victime d’au acte caractérisé de censure avec la suspension de mon carnet scientifique RussEurope, je ne puis que soutenir l’IRIS et dénoncer la manœuvre odieuse d’un politicien aux abois.

Edwy Plenel, Tariq Ramadan, et Charlie Hebdo

Cependant, cette triste affaire n’est nullement liée à l’autre, qui oppose Charlie-Hebdo à Edwy Plenel. Charlie a fait une de ses couvertures sur Tariq Ramadan, à la suite de la mise en cause de ce personnage dans des affaires de viols (et il convient de souligner qu’il a été suspendu de son enseignement par l’Université ou il enseigne). Edwy Plenel est connu pour sa proximité, non dénuée de critiques, avec Tariq Ramadan. D’où la polémique. Sur France Info, Plenel a déclaré : ”La Une de Charlie Hebdo fait partie d’une campagne générale, que l’actuelle direction de Charlie Hebdo épouse, [menée par] Monsieur Valls et d’autres qui le suivent”. C’est déjà un amalgame osé (surtout pour quelqu’un qui s’en va criant sur tous les toits « pas d’amalgane »). Charlie-Hebdo ne mettait nullement en cause les musulmans mais une personne. Plenel est revenu dans ce même interview et a prononcé alors des mots qui résonnent sinistrement : « La « une » de Charlie Hebdo fait partie d’une campagne générale de guerre aux musulmans ». Ce sont des paroles inouïes, et d’une gravité sans précédent. Elles ont appelé une réponse de la part du rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Riss, qui le 15 novembre 2017, dans l’éditorial du n° 1321 de ce journal, les a dénoncées dans des termes très forts.

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https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-contre-valls-et-plenel-par-jacques-sapir/

autre extrait :

Ce que la raison devrait nous dire

On voit alors ce qui unit Valls et Plenel. L’un et l’autre n’hésitent pas, pour régler des comptes personnels, ou pour sauver un élection, à prendre des gens en otage. Valls, parce qu’il n’apprécie pas ce que dit Boniface (ce qui est son droit) s’en prend à l’IRIS sans se soucier de la qualité des travaux de ce centre. Plenel, parce qu’il est mis en cause en tant que personne, n’hésite pas à reprendre le discours des pires islamistes et à désigner comme cibles potentielles la nouvelle équipe de Charlie.

Ces deux sinistres personnages ont franchi la ligne qui sépare le débat politique, avec ce qu’il contient comme outrances, avec ce qu’il peut avoir d’injuste, mais où l’on n’attaque qu’un individu, où l’on ne critique que des positions, et le droit commun. Ces deux personnages sont désormais devenus les symboles d’une vie politique vidée de son sens où l’on peut dénoncer, voire appeler implicitement au meurtre, sans qu’il y ait de réactions. En cela, ces sinistres personnages symbolisent l’involution du débat d’idées et de la politique dont nous sommes témoins depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Ils contribuent, l’un est l’autre à leur manière, à plonger la France dans une guerre civile.