Relire « La Nation » de Pierre FOUGEYROLLAS 30 ans après ! - C Delarue

dimanche 5 novembre 2017
par  Amitié entre les peuples
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Relire « La Nation » de Pierre FOUGEYROLLAS 30 ans après !

Note de lecture de 2007 remise en ligne. Christian DELARUE

L’ouvrage a été publié il y a 30 ans (mise à jour ici), en 1987, avec un sous-titre évocateur : « Essor et déclin des sociétés modernes ». L’ouvrage découpé en 4 parties - 1 - La formation des nationalités, 2 - L’organisation des nations, 3 - L’universalisation du phénomène national , 4 - La nation en question - montre essentiellement que la nation est un produit de l’histoire. Elle n’est pas intemporelle.

Une lecture hâtive à la fin des années 80 pouvait laisser entendre que cette forme d’organisation sociale touchait à sa fin. Cela se combinait alors avec des considérations fréquentes mais propre à la formation sociale française que la nation était menacée à la fois par en-haut avec l’Europe en cours de renforcement ( Acte unique européen date de 1986) et par en-bas avec les régions qui s’affirmaient . En 1988, Michel Rocard lance la Réforme de l’Etat, ce qui inaugure une déconstruction multiforme et progressive de l’organisation de l’Etat-nation. Mais ce sera la mondialisation de l’économie qui peu à peu viendra menacer plus encore l’organisation de la forme nation. En 1985 Charles-Albert MICHALET reprend in extenso son ouvrage « Le capitalisme mondial » (PUF) :

« Cet essai se veut une contribution à un projet iconoclaste. Il s’agit de renverser le vieux paradigme de l’économie internationale pour lui substituer celui de l’économie mondiale » Et il entreprend d’étudier le phénomène de multinationalisation et ses impacts sur les espaces nationaux. Le vecteur en est les firmes multinationales (FMN) et non plus.les sociétés transnationales (STN). Quoique l’on pense de la théorie au plan économique, une chose est sûre : la mondialisation économique qui n’est pas nouvelle se renforce.

Mais rien n’est encore dit sur la globalisation financière, ni sur la marchandisation du monde. Il faudra attendre dix ans de plus pour que la menace prenne sens : le 1 er janvier 1995 est crée l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et en 1994 François Chesnais publie « La mondialisation du capital » qui sera relativement lu eu égard à la forte technicité de l’ouvrage ! Capital financier, productif, marchand, tout est lié . Il ne s’agit pas seulement de critiquer « les 4 comportements des financiers : prédateur, spéculatif, court-termiste et maximisateur » (1) mais un ensemble de paramètres complexes qui forment système et qui détruisent au sein des nations le social et l’environnemental. Les individus menacés dans la nation ne sont pas l’oligarchie financière ou la bourgeoisie mais les couches salariés mal payées et les salariés désaffiliés et précarisés et au-delà quasiment tout le salariat ainsi que la paysannerie artisanale.

Retour au livre de P Fougeyrollas. Objectivement la nation est une communauté historique qui peut disparaître mais *la nation a une deuxième face* dit-il. « Subjectivement, la nation se présente sous les espèces de représentations et d’affects fréquemment générateur de passion ». D’où les rapports complexes entre peuple, élites dirigeantes et nation qui laissent place à l’idéologie et même aux manipulations. Un comparaison historique (pour rester dans le cadre français qui n’est évidemment pas le seul abordé par l’auteur) permet de trancher. « Sous la Révolution française, la nation est pour ainsi dire immanente au peuple qui acquiert sa souveraineté en devenant nation. Sous la Troisième République, lorsque l’impulsion révolutionnaire de 1789 a épuisé ses effets, la nation devient transcendante, du moins dans l’idéologie répandue à travers le corps social par les classes dirigeantes. Elle est cette entité à laquelle chaque citoyen doit son dévouement, ses impôts et, en cas de guerre, sa vie, par de-delà les inégalités ou les injustices sociales observables ». La nation a épuisé son potentiel progressiste pour se faire le vecteur de force guerrières et anti-sociales.

Mais il arrive qu’il y ait des exceptions. Les peuples peuvent protester derrière la nation, notamment avec les derniers référendums européens.

Et tout n’est pas à brader dans la nation - notamment les nationalisations - du moins tant que l’Europe n’est pas fondée sur des bases plus progressistes ou/et tant que, contrairement à ce que dit Christophe Aguiton (2 ), le monde ne nous appartient pas ! Ainsi à ce propos, Philippe Zarifian, celui de L’échelle du monde« (3), défenseur de la mondialité remarque avec pertinence qu’ » à la différence des sociétés nationales, la société-monde ne bénéficie pas d’un Etat, d’institutions démocratiques, de normes sociales et de mécanismes de régulation, de processus d’intégration et de socialisation (p21).

- En somme « le monde ne forme pas société »

Il n’y a pour les dominés, pour les exclus du monde des affaires que l’HUMANITE qui fasse sens pour la solidarité internationale entre les peuples (avec une composante « ouvrière » et une composante « genre ») et la PLANETE qui fasse sens pour sa préservation écologique. La cosmopolitique est une utopie. Une belle utopie mais nécessaire tout autant que le néosocialisme (4) qu’il faut faire advenir mais sans doute par des processus historiques qui laissent place aux formations nationales et continentales. L’essentiel serait alors d’articuler ces différents niveaux d’organisation sans nationalisme ou européanocentrisme mais avec le sentiment d’appartenance à l’humanité (via le genre ou la classe sociale) et à la planète. Ce serait un gage de démarche constructive.

- Ce n’est pas l’ordre qu’il faut rétablir mais le sens du droit.

Du droit pour tous au lieu du droit pour ceux-d’en-haut ! Voilà l’exigence internationale portée par le mouvement altermondialiste contre l’irrespect institutionnalisé par les grandes institutions mondiales - OMC, FMI, BM et continentales mais aussi par le nationalisme guerrier ou sécuritaire et policier, contre la forme « xénophobie d’Etat » qui se métamorphose en Europe forteresse. Le droit peut passer par la construction de services publics dans un cadre national ou par des réseaux publics continentaux.

La nation n’est pas morte mais elle n’est plus qu’un fétiche. Le mouvement populaire doit la reprendre à la bourgeoisie nationale. Le mouvement alter doit aussi éviter que l’Europe ne soit que la patrie des élites « hors sol ». La nation doit donc être ouverte sur le monde. A défaut elle ne sera qu’une bêtise immonde !

Christian DELARUE

posté sur La Sociale en septembre 2008

http://la-sociale.viabloga.com/news/relire-la-nation-de-pierre-fougeyrollas-20-ans-apres

Notes

(1) cf p96 in « Le capitalisme financier » de Laurent Batsch qui se place du point de vue de l’entreprise et non sur le plan macro-économique

2) Le monde nous appartient (Plon 2001) de Christophe Aguiton fut un des premiers ouvrages portant sur l’altermondialisation

3) Philippe Zarifian, L’échelle du monde, La Dispute 2004

4) Vers un néosocialisme vert : Etendre le marché ou le circonscrire ? - C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article354


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