Religions, crispations et haines identitaires. C Delarue

samedi 10 décembre 2011
par  Amitié entre les peuples
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IDENTITARISME

Religions, crispations et haines identitaires

Depuis des siècles des haines féroces ne cessent d’opposer diverses religions. Chacune défend de façon sectaire son origine, son courant, sa spécificité. Mon Dieu est mieux que le tien ! Mais Dieu semble bien sans importance. Risquons une hypothèse : y croire ou pas n’est pas la question essentielle. L’affaire est culturelle : une affaire d’habitudes, de rites. C’est avant tout une histoire familiale, locale, régionale. Ce qui importe c’est de s’accrocher à une modalité historique de Dieu. Pour d’autres, il s’agira de s’accrocher à une conception mythifiée de la Nation. Les processus identificatoires peuvent se combiner.

- La religion comme repère(s) et béquille de l’existence.

Ce qui semble vital pour certains, ceux qui sont le plus incapables de vivre de façon autonome, c’est d’avoir une religion comme repère identitaire. La religion est alors fondamentalement une béquille. Dieu aussi. Mais cela n’est pas grave. On peut très bien comprendre que des béquilles soient particulièrement nécessaires au manque ponctuel ou durable de force en soi pour exister. Tout humain croyant ou non a ses fragilités, ses faiblesses. On peut alors comprendre en conséquence - bien que la pensée compréhensive s’arrête souvent avant - la peur de tomber d’un croyant crispé sur sa béquille lorsque celle-ci est menacée. Il peut sans doute marcher sans mais il ne le sait pas. Donc il se crispe. Et les crispations identitaires fondées sur la peur sont une grande source d’agressions, de guerres, de « nettoyages ethniques ». Là évidemment la compréhension se fait très rare.

Pendant les guerres le travail du mal est à l’œuvre. De nombreux militaires (français pendant la guerre d’ Algérie ici) se sont interrogés sur le mal auquel ils ont participé quand d’autres restèrent dans la justification, le racisme et le colonialisme. Pour ceux qui regardèrent le mal en face comme Marcel Delarue décédé le 4 déc 2011 à St Priest en Jarez la religion ne pouvait plus être une source de crispation. Elle prenait un autre aspect. - S’agissant de l’entourage que le fils joue au pistolet fût-il en plastique, ni même que la violence ne soit pas circonscrite, bridée. Pas question de se battre avec ses sœurs à la moindre vexation. Et là ne s’arrête pas la question de la violence mais nous y reviendrons. - S’agissant de soi-même (MD toujours), la remise de médailles a d’abord pu être (ré)interprétée comme récompense de la capacité à ramener vivant au « poste » de trop jeunes soldats. Ce n’est qu’ensuite, bien plus tard, qu’elles furent brûlées à l’Eglise à partir d’une autre interprétation. Déjà pendant la guerre certains ont refusé verbalement et physiquement les viols lorsqu’un soldat du groupe en commettait ou se préparait à en commettre. Il ne faut donc surtout pas croire que tout militaire est un violeur même si les guerres génèrent quasi-fatalement les viols des femmes. Certains se tiennent strictement à leur mission.

En temps ordinaires, pour vivre, il suffit de respirer profondément ... et surtout d’aimer. Ici la croyance en Dieu n’apporte rien, aucune suprématie. Les croyants n’aiment pas mieux que les athées. Mais pour un « monde d’amour » il faut par contre des conditions matérielles le permettant (cf Erich Fromm). Il y a là de quoi s’engager. Il y a aussi plusieurs façons d’aimer. En tout état de cause, une certaine (ré)ouverture est requise. Cela n’empêche nullement de refuser les violences actives ou passives et tout ce qui se présente comme une forme de domination, oppression, exploitation . Aimer, comprendre n’empêche pas le refus et même le combat pour inverser le cours des choses, pour ne pas laisser le jeu des dominations multiples s’installer. Ces combats se mènent à plusieurs. Ils sont collectifs . Et c’est ainsi que des amitiés se forgent. Des amitiés qui vont au-delà de la nation ou de la religion...

- De la crispation à la haine identitaire .

Une explication de ce glissement, qui ne concerne pas que l’identité religieuse, est utile. Voici celle de Daniel SIBONY (1) : « Ethiquement, ce serait »mieux" de haïr une parole ou un geste ou un acte, plutôt que de haïr l’être de celui qui les commet. Or certains êtres, c’est-à-dire tout être humain à certains moments de sa vie, connaissent le besoin de haïr sur un mode qui le fait glisser vers la racine : et ils haïssent non pas un geste ou un fait, mais un être, un corps vivant, avec ses racines dans l’être, son histoire, ses attaches ; avec tout ce qu’il comporte.

Pour voir si vous risquez d’y basculer, oui vous essayez ceci : voyez comment vous en voulez à quelqu’un, comment vous le « haïssez ». Si c’est pour ce qu’il a fait, observez bien si un glissement s’opère en vous entre ce qu’il fait et ce qu’il est. Vous sentirez la différence entre viser son être ou viser son méfait. Cela ne trompe pas. Si c’est l’être qui est atteint, et si vous n’en décollez pas, le test est positif : vous êtes un haineux essentiel, un haineux de l’origine, avec de gros besoins de « cadavres » pour combler le manque d’appui qu’un jour ou l’autre vous éprouvez.

Sinon, passez votre chemin, vous n’êtes concerné qu’en passant".

Christian DELARUE

1 ) Extrait P9 de « Le racisme » ou la haine identitaire de Daniel SIBONY Christian BOURGEOIS Editeur 1997