Réflexions à partir de la Tribune sur le « nouvel antisémitisme » Monique Plaza

vendredi 27 avril 2018
par  Amitié entre les peuples
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Réflexions à partir de la Tribune sur le « nouvel antisémitisme » | Marianne

Monique Plaza

J’ai signé la pétition qui a suivi la publication de cette Tribune car elle met en évidence une réalité souvent déniée : l’existence d’une forme de haine de certains musulmans à l’égard des juifs, pouvant conduire à des comportements de harcèlement et à des meurtres. Il faut extirper les racines culturelles et idéologiques de cette haine, comme l’ont fait peu ou prou des pays de tradition chrétienne pour l’antisémitisme qui a donné lieu, voici à peine quelques décennies, à l’horreur nommée Shoah. Il est temps de cesser de perpétuer le déni de certaines déclinaisons de l’antisémitisme, et de s’atteler à limiter les expressions de la haine.

▪️J’ai cependant un reproche à formuler aux auteurs de cette Tribune. Je ne vois pas comment nous (nous, qui ?) pourrions demander aux « autorités théologiques » musulmanes (qui et quelles sont-elles ?) de déclarer « l’obsolescence » de certains passages du Coran en France, alors que les musulmans d’autres pays continueraient à prier avec le même texte, en quelque sorte non expurgé. Cela signifierait qu’il existe un islam de France et un Coran de France, laïques et républicains, ayant déclaré illégaux le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie (car pourquoi s’arrêter à l’antisémitisme ?)

▪️Est-ce le texte coranique qui est en cause ? Ce n’est pas certain du tout. On voit bien que des personnes musulmanes pleinement laïques et républicaines, qui vivent leur foi comme une spiritualité et non comme une jurisprudence islamiste, ne tirent pas de leur lecture du Coran des raisons de discriminer, de haïr, de mépriser ou de tuer qui que ce soit - bref, de violer la loi républicaine. Le lien entre lecture du Coran et antisémitisme est donc à interroger, à analyser, et non à poser comme une évidence. Le travail proposé par Rachid Benzine non pas d’expurger le Coran mais d’en faire une lecture critique s’inscrit dans ce projet (La Croix, 23 avril 2018).

▪️Le danger n’est sans doute pas en soi le Coran, mais la lecture et l’interprétation littérale intégriste et obscurantiste qu’en diffusent des imams et autres « savants », et l’obéissance aveugle des fidèles convaincus qu’il s’agit de la parole divine. Cette interprétation littérale est politique au sens large, car elle prescrit des représentations et des comportements sans permettre ni autoriser la liberté de penser par soi-même, de douter, et de refuser des messages contraires à la loi. Ce processus de prescription et d’aliénation est d’autant plus préoccupant qu’il est en développement exponentiel chez les jeunes musulmans français, si l’on en croit les études récentes sur la radicalisation des lycéens, les enquêtes sur l’école, et les déclarations (ambivalentes) des trente imams qui parlent de véritable « cancer ».

▪️Comment enrayer le cours de ce processus mortifère quand, depuis des années, les gouvernements centraux et locaux successifs ont laissé s’installer par paresse, ignorance, idéologie, bêtise, électoralisme, corruption... une véritable gangrène d’obscurantisme qui menace notre pays, mettant en cause nos acquis en matière d’humanisme universaliste - de laïcité, de lutte contre le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie ?

▪️Pour enrayer le processus, il faudrait laisser la religion à la porte afin de limiter l’éparpillement communautaire et les mini guerres civiles qui sont en train de sévir en plusieurs endroits du territoire, dont la république est chassée. Reconquérir ces territoires perdus, où l’obscurantisme se conjugue à la délinquance et à la criminalité, ne sera pas une mince affaire après des années d’incurie et d’impéritie.

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