Rebond : Retour vers l’esprit critique. C Delarue

dimanche 6 janvier 2013
par  Amitié entre les peuples
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Rebond

RETOUR VERS L’ ESPRIT CRITIQUE

Ce texte écrit à la suite de celui de Philippe Corcuff (1) témoigne plus d’un effort que d’un aboutissement. Autant dire qu’il est « limité » et devra être complété. Le temps me manque.

XX

La droite confond esprit critique et stigmatisation ou logique de « bouc émissaire ». Elle use et abuse des divisions entre catégories sociales (le public « privilégié » au détriment du privé, ou les assistés d’en-bas" contre les travailleurs modestes, les étrangers contre les nationaux, etc...).

Il lui arrive aussi, avec la gauche, d’instrumentaliser, via de faux consensus, toutes les notions larges, toutes les entités englobantes qui mélangent le loup et l’agneau, le prédateur et ses victimes : Nation, entreprise, Etat, Famille, République, etc...

Abuser des catégories englobantes, c’est mentir au peuple-classe. Mais pourquoi un tel abus ? Sans doute par manque de perspective découlant d’un abandon à l’ordre des choses, aux inégalités du monde. Et du fatalisme on passe aisément au cynisme. En tout cas, pour Philippe Corcuff, ce qui est en jeu, au niveau du discours, qui a son importance à l’heure du développement des grands appareils d’influence idéologique c’est la perte de l’esprit critique. Or la critique sociale (au sens large du terme) est pourtant le bien commun des divers courants attachés à l’émancipation humaine. Et la gauche est bien, historiquement du moins, rattachée aux courants intellectuels et politique soucieux de l’émancipation humaine.

Que dit-il ? « L’essentialisme constitue une des pathologies intellectuelles transversales aux gauches. Il s’agit de la tentation courante de voir le monde à travers des essences, c’est-à-dire des entités compactes et durables. Cet essentialisme est parfois philosophiquement revendiqué, comme dans le cas du nostalgique d’un platonisme maoïste, Alain Badiou. Mais, le plus souvent, l’essentialisme est seulement implicite. Les objets de la polémique politique en sont fréquemment nourris : « le voile (islamique) », « le peuple », « la nation », « la mondialisation », « la laïcité », « la République », « l’Etat », « le communautarisme », « le multiculturalisme », « la délinquance », « la sécurité », « Chávez », « l’Amérique », « l’islam », « Israël », « la Chine », « l’Allemagne », « la France » autant d’essences, tantôt positives, tantôt négatives, à partir desquelles le manichéisme contemporain fait ses gammes quotidiennes. »(1)

Avant l’avènement des gauches au pouvoir d’Etat, ces dernières diffusaient plus un langage qui montrait des rapports sociaux de classe et de genre. Les socio-démocrates, les communistes, les anarchistes, et quasiment tous les courants de gauche maniaient ces concepts critiques. Les écologistes sont venus intégrer autrement le rapport à la nature afin que l’industrie puissent être autre chose qu’une force de destruction. Le mariage rouge-vert est encore incertain. Mais il semble que ce soit dans la bonne voie. Malheureusement le PS fait alliance avec des écologistes d’accompagnement du productivisme.

L’époque relatée ci-dessus ne manquait pas d’avoir dans ses discours ses glissades dogmatique, bien frappées du sens commun qui s’en tient à l’apparence des choses ou qui préfère la photographie du moment à l’appréhension des dynamiques à l’oeuvre. Et auteur de ces lignes ne prétend pas y avoir échappé . Reste qu’il importe de ne pas trop céder, en toute occasion, à la facilité du langage qui essentialise, qui globalise.

Reprenons rapidement et succinctement quelques uns des termes cités par Philippe Corcuff.

1 - Le voile (islamique) se voit de plusieurs façons, soit compréhensive, soit critique, et plus sûrement en combinant les deux modes, ce qui semble trop compliqué pour celles et ceux définitivement calé(e)s sur un seul mode.

2 - Le peuple, dans la France contemporaine, a été appauvrie des multiples notions qui faisait la richesse de ce terme ancien. Il ne semble rester que « populus » (peuple) là ou il faut pourtant saisir de nombreuses variations : peuple souverain, peuple démocratique, peuple ethnique, peuple-classe, etc... S’instruire sur ce sujet confère un avantage citoyen (pas le seul) pour débusquer le(s) populisme(s) et pour faire avancer les processus de démocratisation.

3 - La Nation renvoie aussi à plusieurs sens. Il y a évidemment le sens de communauté nationale tel que formé par chaque Eta-nation. Mais il existe des Etats multinationaux. Certains fécondent la Nation d’un lourd contenu social pour l’ouvrir vers l’internationalisme. D’autres veulent maintenir son cadre républicain unitaire et démocratique quand les opposants tout aussi républicain poussent eux toujours plus vers la régionalisation et/ou vers la reconnaissance des subcultures minoritaires . D’autres encore ne voient dans la Nation que son versant historico-culturel dominant à forte composante nationaliste et xénophobe. D’autres enfin voient cette Nation comme un simple cadre pour un Etat démocratique et d’un Etat social. Et ces quelques lignes ne résument pas une question aussi complexe. Elle donne juste un aperçu.

- L’islam est riche de plusieurs histoires, comme d’autres religions, et ne peut se réduire à la forme du mal absolu comme certains le font ; surtout s’ils le font afin de stigmatiser ou discriminer de fait les musulman(e)s. La critique du Coran, même sévère, est possible comme celle de tout autre texte sacré mais la haine des musulmans ne l’est pas. Il ne faut cependant pas s’étonner que les extrémistes de cette religion fassent, comme les intégristes des autres religions, l’objet de critiques sévères eu égard à leurs orientations et pratiques collectives contre la démocratie, la laïcité, les moeurs libres et égalitaires entre hommes et femmes.

- L’Amérique est subdivisée en trois sous continents. Lorsque l’on évoque sous ce nom les USA, il importe en plus de distinguer par exemple le gouvernement et/ou les grands dirigeants des firmes transnationales du peuple-classe des USA.

- La mondialisation négative ne se résume pas à la finance ou plus largement aux flux économiques qui est celle qui porte préjudice aux peuples-classe comme à la nature. Lire François Chesnais : La mondialisation du capital (1997) . Il y a aussi la mondialisation de standarts culturels marchands qui vont contre la diversité culturelle comme bien commun . Lire Armand Mattelard : Diversité culturelle et mondialisation (2005). Il faut aussi penser aux réseaux de pouvoirs liés aux industries d’armements et aux armées des grandes puissances ? L’altermondialisme, met en positif l’accent sur les rencontres des résistances, sur les alternatives concrètes, sur la perspective des biens communs à construire, etc... Lire en 2001 Le monde nous appartient de Christophe Aguiton et d’autres encore jusqu’à La stratégie altermondialiste de Gustave Massiah.

- Le communautarisme fonctionne beaucoup comme stigmate sans contenu rigoureux des groupes internes à la communauté nationale. Pour certains, la dite communauté nationale fonctionne comme communautarisme dominant . La Nation, la République, et autres terminologies en Majuscule , empêchent de reconnaitre des droits aux minorités ethniques, linguistiques, culturelles ou autres groupes internes comme les homosexuels par exemple. Ici, il faut choisir son cadre social de référence. Mais si c’est le cadre national-étatique qui est adopté, avec ce que cela implique comme dominations liées, alors il importe d’adopter des politiques d’ouverture et de solidarité au-delà des frontières ainsi que des politiques de reconnaissance de droits (droit de vote des résidents étrangers, mariage des homosexuels, enseignements des langues minoritaires, etc...). Ce qui n’épuisera pas toutes les revendications identitaires des minorités dominées. Le sujet est délicat et ne se prête pas à quelques lignes.

- Il en va de même du multiculturalisme. Dans les deux cas c’est trop souvent la perspective de l’interculturel et du débat citoyen qui est omise.

Christian Delarue

1) Qui a tué l’Esprit à gauche ? - Libération

http://www.liberation.fr/politiques/2012/12/26/qui-a-tue-l-esprit-a-gauche_870102


Brèves

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