RENNES : Colloque sur les discriminations multifactorielles

dimanche 23 janvier 2022
par  Amitié entre les peuples
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RENNES : Colloque sur les discriminations multifactorielles

FEMMES EMPLOI DISCRIMINATIONS MULTIFACTORIELLES

Novembre 2021

http://presse.metropole.rennes.fr/accueil/agenda/185-17067/colloque---femmes-emploi-amp-discriminations-multifactorielles

Un colloque sur les discriminations multifactorielles subies dans l’emploi (accès ou carrière) s’est tenu ce 19 novembre 2021 à Rennes (Rennes Métropole), ou le racisme est conçu comme la première oppression, celle principale (1) qui est liée (imbrication, intersection) à d’autres : sexisme surtout mais aussi classisme, âgisme, etc. Une conférencière répète « C’est la race et... (liste des nombreuses autres oppressions ou dominations) »

Il s’agissait d’un « espace d’intellectualité démocratique » (Philippe Corcuff Univ été 2013) ou s’exprimaient non seulement des sociologues et autres universitaires de hauts niveaux mais aussi des militantes très engagées dans les luttes antiracistes intersectionnelles (ou pas), dont pour certaines contre « l’islamophobie genrée » (concept)

JPEG - 27.1 ko On voit une trentaine de femmes au café dans le hall, mais bien le double en amphi de Rennes Métropole.

J’y étais invité au nom du MRAP 35 à ce colloque qui a mobilisé un très grand nombre de femmes (sur quelques hommes seulement) de toutes origines.

Antiracisme et classisme

Le facteur « classe » - entendez « classe sociale » même si on n’ajoute pas ordinairement sociale - donc le classisme (dans son déploiement concret) vient d’en-haut, comme étant un pouvoir coercitif et de domination de ceux qui économiquement et socialement en disposent : il n’est pas forcément en lien avec du racisme ou du sexisme . Vous êtes employé (du public ou privé), blanc, mâle et hétérosexuel, et vous pouvez en être victime car syndicaliste (par exemple) mais sans racisme ni sexisme ni homophobie !

Le terme classisme - pouvoir coercitif et de domination des classes dominantes (hors travail), des patrons, des directions (au travail) - s’emploie surtout (mais pas seulement) en écho au triptyque connu des « intersectionnelles » « classe, race, sexe » chez les militant-es pro-imbrication des luttes de façon universaliste qui n’emploient pas (elles-eux) le mot « race » , ce qui est très très majoritaire en France à la différence des Etats-Unis. On trouve donc alors le triptyque à l’identique « classisme, racisme, sexisme  » - et son opposition en « anti-classisme, anti-racisme, anti sexisme » !

Ce classisme intervient dans ou hors entreprise. Ici, dans un des ateliers, c’était dans une structure d’emploi et plus précisément au moment de l’embauche d’une femme voilée dans une entreprise privée sans règlement intérieur (RI) l’interdisant (critère distinctif). On pouvait observer d’une part un « classisme de direction » ou patronal (avec en plus un classisme de surplomb hors entreprise - et islamophobie - des donneurs d’ordre qui financent la structure) doublé ici d’une « islamophobie genrée » et d’autre part - ce qui fut discuté - d’ un « classisme d’appui » soit de pleine subordination au pouvoir hiérarchique (sans dire le droit et sans accompagnement de la victime) donc d’appui total (voire zélé), soit de basse intensité (solidarité manifestée malgré un cadre obligeant), donc d’appui restreint. On a débattu des moyens pour ne pas rester dans le « classisme d’appui total » en disant la discrimination et le droit et en accompagnant la personne en souffrance. Il y a alors là « un classisme d’appui relatif » !

La « charge mentale de l’oppression raciste »

La « charge mentale de l’oppression raciste » dite par les racialistes « charge raciale » correspond à du vécu en France mais est encore peu connue et reconnue . On parle de « charge raciale » - selon une conférencière de ce colloque - quand la victime exprime un sentiment de loyauté et d’égalité au moment même ou elle reçoit une expression stigmatisante de type raciste . C’est courant dans la police. La notion de « charge raciale » - nous disons « charge mentale de l’oppression raciste » - évoque le fait courant chez des personnes minoritaires de la diversité subissant des propos racistes « de devoir constamment planifier des solutions pour faire face aux préjugés ou à la discrimination raciale » (wikipedia) qui surgissent au travail ou hors travail. Les personnes concernées sont alors constamment sur le qui-vive, anticipent les préjugés et surveillent leurs comportements en permanence.

Cela existe aussi comme « charge mentale de l’oppression sexiste » pour les femmes devant prévoir de se justifier pour telle jupe trop courte ou trop longue, pour des talons trop hauts ou trop plats, etc, etc !

Rapport de racisation et antiracisme universaliste.

Peux-t-on parler de « rapport de racisation » sans évoquer la « race » et en restant dans le cadre de l’antiracisme universaliste ?

Le « rapport de racisation » est une expression en usage chez celles et ceux qui distinguent rapport social (nécessaire et obligé) et relations inter-individuelles choisies. Il est compris de plusieurs façons. Comment s’en saisir comme antiraciste universaliste refusant le racialisme ?

Le rapport de racisation n’est pas pour nous à comprendre comme un rapport de « races » différentes et opposées dans un cadre hiérarchique de survalorisation-dévalorisation. Nous refusons cela ! Ce n’est pas une opinion c’est un délit ! Le rapport de racisation est pour nous un rapport qui est d’emblée producteur de racisme entre le-les racisant(s) persécuteur(s) racistes à combattre et le(s) « racisé(es) » victimes de racisme, entendez aussi un rapport producteur de discriminations (pas que de discours ou d’injures racistes au-dessus de la surface de l’iceberg) et donc un rapport à combattre au titre de l’antiracisme.

L’ANTIRACISME universaliste refuse une oppression et une domination de type raciste avec des « rapports de racisation »
- comme l’ANTISEXISME qui refuse les rapports sociaux inégaux de sexe entre des hommes dominants et des femmes dominées dans le cadre du patriarcat, que ce soit la forme du capitalo-patriarcat ou celle d’un hyper-patriarcat des intégristes religieux sexyphobes et sexoséparatistes (cf aux rapport sociaux intégristes entre les intégristes religieux et les femmes croyantes subissant les normes sexistes issues d’une interprétation religieuse - 1) ;
- ou comme l’ANTICLASSISME qui refuse les rapports sociaux inégaux de classes sociales, entre celles dominantes et celles dominées, le plus souvent dans le cadre d’une société capitaliste (mais pas nécessairement : cf Chine mixant caste bureaucratique et classe sociale proto-capitaliste).

Certains sociologues et les marxistes connaissent les rapports sociaux de production entre les patrons-propriétaires et les travailleurs et travailleuses salariées qui vendent leur force de travail, rapports sociaux de production et de distribution qui sont aussi sous régime capitaliste, rapport d’exploitation de la force de travail (travailler plus, payer moins) et rapports de dominations autres.
Il y a d’autres rapports sociaux ailleurs comme dans la sphère de la circulation entre vendeurs et acheteurs, acheteurs comme clients du privé ou comme usagers du public, ou la question de la solvabilité-insolvabilité est différente dans les deux rapports. Le logement est par exemple objet d’un rapport social différent entre propriétaires et locataires suivant son statut : public réglementé (habitat social à loyers modérés) ou privé soumis aux seuls prix du marché. Il en va ainsi pour la santé et d’autres secteurs ou le service public transforme les rapports sociaux pour les civiliser .

Le classisme du capitalisme (producteur de profit d’abord) est aussi un productivisme ou le classisme d’un productivisme bureaucratico-socialiste (crypto-socialiste) est aussi producteur de nuisances environnementales et écologiques. Il n’y a pas que le rapport inter-humains (inter-classes sociales) mais aussi le rapport à la nature, rapport au vivant, aux animaux non humains à considérer.

Christian Delarue

Syndicaliste contre le classisme, le racisme et le sexisme
http://amitie-entre-les-peuples.org/Syndicaliste-contre-le-classisme-le-racisme-et-le-sexisme

Rapport de racisation et antiracisme universaliste
http://amitie-entre-les-peuples.org/Rapport-de-racisation-et-antiracisme-universaliste-Christian-Delarue

Classisme différent de pauvrophobie
http://amitie-entre-les-peuples.org/Pauvrophobie-d-Etat

1) Position différente de celle d’ATTAC GENRE
http://amitie-entre-les-peuples.org/Pour-un-feminisme-intersectionnel-et-universaliste-ATTAC-Genre