Quelle solidarité des peuples-classe d’Europe contre « ceux d’en-haut » ? - C Delarue

mardi 28 octobre 2008
par  Amitié entre les peuples
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Quelle solidarité des peuples-classe d’Europe contre ceux d’en-haut ?

Une lecture particulière de Nicos Poulantzas.

Sur le cadre : Ce texte s’appuie sur la notion de « peuple-classe », à savoir une quasi classe sociale qui lutte et qui subit : voir « Pour une approche du peuple-classe ». Il se veut une nouvelle contribution dans la mise en application et l’approfondissement de la notion, la précédente étant « Le peuple-classe, ses ennemis et ses contradictions internes »

Pour une approche du peuple-classe - C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article408

Le peuple-classe, ses ennemis et ses contradictions internes - C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article453

Sur la sollicitation ici de Nicos Poulantzas : il ne s’agit pas de l’auteur qui cherche à définir la classe ouvrière et la petite bourgeoisie. Sur cet aspect nous ne le suivons pas. Par contre ses remarques sur les bourgoisie et sur les champs de lutte différents entre le capital et la classe ouvrière conserve une certaine pertinence pour peu que l’on oublie pas que ses textes ont environ 30 ans !

Peuple-classe solidaire contre ceux d’en-haut ? Contre qui ? On reprend encore la question car elle ne cessera jamais de se poser puisqu’une seule chose est sûr : le fait de la lutte. La lutte de classe contre les travailleurs salariés et plus largement contre le peuple est la seule vérité du capitalisme dominant.

Autre question à suivre : Pourquoi tant de difficultés à organiser la solidarité inter-peuples et notamment entre les travailleurs salariés qui sont la pointe avancée du combat de classe au sein du peuple.

1) Le peuple-classe contre toutes les bourgeoisies y compris la sienne ?

Peux-t-on passer des compromis de classe avec certains secteurs de la bourgeoisie nationale, par exemple le capital national industriel, afin de lutter contre le capital des USA ? Ce capital nord-américain se déploie sous sa forme financière (pompage des secteurs libéralisés), mais aussi productive et marchande (poids économique de ses firmes transnationales et puissants lobbies idéologico-politiques). De ce fait existe-t-il encore un capital national dégagé de toute emprise « extérieure » ? A défaut de pouvoir fournir ’une analyse concrète détaillée, je me contente de prolonger la question qui devient :

Que penser de nos bourgeoisies européennes ?

Elles sont tout à la fois nationales et compradores au regard du capital US mais impériale à l’égard des formations périphériques, notamment les pays dits ACP.

Est compradore dit Nicos Poulantzas (p70) la fraction de la bourgeoisie qui n’a pas de base propre d’accumulation du capital et qui agit en quelque sorte comme simple intermédiaire du capital impérialiste étranger. Le poids d’une bourgeoisie compradore s’évalue d’après la prise en charge par l’Etat de façon directe ou indirecte des intérêts du capital impérialiste dominant. Par exemple les mêmes exonérations fiscales seront accordées aux entreprises nationales et aux entreprises nord-américaines.

Cette distinction bourgeoisie nationale / bourgeoisie compradore.est utilisée dans l’analyse des formations sociales périphériques mais elle vaut aussi pour le centre, pour les pays du Nord, du fait de l’interpénétration internationale des capitaux. Le débat porte alors sur le degré de soumission du capital national au capital nord américain (USA). Pour certains auteurs comme Nicos Poulantzas il n’y a plus de bourgeoisie nationale strictement autonome, d’ou son invention de bourgeoisie intérieure (ni vraiment nationale, ni vraiment compradore). La base d’accumulation du capital industriel sur le territoire national existe mais en étant plus ou moins imbriqué avec le capital « extérieur ».

2) Pourquoi les peuples-classes sont-ils si mal organisés au niveau européen ?

Alors que la lutte de classe des bourgeoisies se mène au plan mondial, notamment avec des exigences forte de rentabilité du capital partout ce qui entraine la baise de la masse salarial dans de nombreux pays (voir M Husson) c’est la forme nationale qui prédomine dans les résistances populaire. Comment expliquer que même au niveau continental l’internationalisme prolétarien ou plus largement la solidarité entre les peuples européen peine à se former contre les bourgeoisies européennes..

Réponse de Nicos Poulantzas en 1974 (p78) : Que se passe-t-il du côté des classes ouvrières des pays européens ? En fait, alors que les luttes des masses populaires se déroulent plus que jamais sur un fond mondial déterminant les conjonctures concrètes, et que l’instauration de rapports de production mondiaux et la socialisation du travail renforcent objectivement la solidarité internationale des travailleurs, c’est la forme nationale qui prévaut dans leur lutte, celle-ci dans son essence, étant internationale.

Il donne l’explication suivante qui contient toujours, à mon avis, des éléments pertinents : Cela tient dit-il pour une part au développement inégal et aux spécificités concrètes de chaque formation sociale, donc à des traits de la nature même du capitalisme, à l’encontre de ce que soutiennent les diverses idéologies de la « mondialisation » ; mais dans les particularités que ces formes revêtent actuellement, cela tient aux organisations - partis, syndicats - qui ont la prépondérance dans les classes ouvrières européennes. Il faut enfin également tenir le plus grand compte, d’une part de la petite-bourgeoisie - petite-bourgeoisie qui se reproduit actuellement sous des formes nouvelles - et des classes de la paysanneries, dont ces États recherchent l’appui indispensable et dont la situation de classe a comme effet un nationalisme tout particulier ; d’autre part des catégories sociales des appareils d’ Etat (bureaucratie administrative, personnels des partis politiques,etc.), pour lesquels l’Etat national reste une source de privilèges.

Pour le dire autrement, la bourgeoisie comme classe dominante à la fois dirigeante (économiquement et ou politiquement) et possédante dispose de couches sociales d’appui sur la frontière entre le peuple-classe et elle. au sommet de l’appareil d’Etat dans la Haute fonction publique mais aussi chez les « patrons » des grosses entreprises de l’agriculture industrialisée, dans la petite-bourgeoisie bénéficiant de ressources financières très élevées. Au6delà il lui faut compter avec de puissants appareils d’influence idéologique et sur la division interne constitutive du peuple-classe.

3) Donc retour sur les rapports entre Etat et nation !

N Poulantzas poursuit : Reste que la question du rapport entre Etat et nation, posée par l’Etat national, n’est pas pour autant résolue. En effet, si la nation est constitutivement liée à l’existence du capitalisme, y compris son stade impérialiste, le marxisme léninisme n’a jamais confondu Etat et nation ; il a seulement soutenu, à cet égard, la thèse de l’émergence de « l’Etat national » et de la « formation sociale nationale » sous le capitalisme. Le problème s’est alors reposé sous un autre angle : l’internationalisation actuelle de la production et les rapports de production mondiaux, s’ils n’éliminent certes pas l’entité nationale, ne modifient-ils pas l’espace de la formation sociale, c’est à dire la configuration des lieux du procès de production, au point de faire éclater la formation sociale nationale et rompre ainsi les liens entre Etat et nation (Etat supranational) ? Autrement dit, les lieux où se déroule la reproduction élargie du mode de production capitaliste, et les nœuds du développement inégal, sont-il encore les formations sociales nationales ? (p79)

Il est bon de bien souligner le résultat de ce processus qui in fine conserve l’identité nationale mais bouleverse les espaces territoriaux internes de la nation. Pour reprendre la distinction des économistes entre « l’économie réelle » et la finance on peut dire que la dynamique évoquée permet de garder la « bulle spéculative identitaire » qui peut gonfler en forme de nationalisme mais pas la « nation réelle », qui voire sa base matérielle déstructurée. La nation-identité n’est pas la nation-territoire et organisation administrative. La première à la différence de la seconde n’a pas d’histoire : elle répète les vieux fantasmes alors que l’autre est le produit attaqué d’une longue histoire liée à la montée et l’avènement d’une bourgeoisie nationale.

On comprendra dès lors que le peuple-classe sous l’action de sa fraction la plus combative ici et maintenant puisse défendre des nationalisations effectuées dans une logique anti-systémique mais se montrer par contre très sévère face aux politiques d’identité nationale instrumentalisée par N Sarkozy et B Hortefeux.

Christian Delarue

Nicos Poulantzas Le classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui Ed du Seuil Coll Point 1974


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