Que faire des banques ? M Delepouve

mercredi 6 mai 2009
par  Amitié entre les peuples
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Que faire des banques ?

Par Marc Delepouve (*), secrétaire général d’ATTAC
http://www.france.attac.org/spip.php?article9907

Fin 2010, le chiffre officiel du chômage s’élèverait à 10,7 %, selon une prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), publiée le 20 avril 2009. Huit cent mille emplois seraient perdus en deux ans. Ainsi la crise sociale ne serait aujourd’hui qu’à ses débuts. Combien de familles seront frappées de plein fouet ? Combien de femmes et d’hommes désoeuvrés, plongés dans la misère ? Combien se détacheront d’une société qui les délaisse, les abandonne ? Quel impact sur l’« insécurité » qu’exploite notre président de la République à chaque campagne électorale ?

À qui la faute ? Nous ne remonterons pas aux causes de la crise financière déclenchée aux États-Unis, et limiterons nos observations aux deux dernières années. Dès l’été 2007, le système financier souffrait d’une crise de liquidité consécutive à une perte de confiance entre les banques : chacune d’elles soupçonnait les autres de détenir des masses de produits toxiques, ce qui rendait plus difficile et plus coûteux les prêts interbancaires. Début août, la prime de liquidité (surcoût payé par les banques pour emprunter entre elles) grimpa à 0,70 %, ce qui est à comparer à une fluctuation classique située entre 0,15 % et tout au plus 0,45 %. D’où des crédits aux particuliers et aux entreprises plus coûteux et plus difficilement accordés. Dès lors, nous savions que le système bancaire, plombé par des produits toxiques dont l’opacité empêchait d’en mesurer le volume, menaçait d’entrer dans une crise majeure débouchant sur une crise économique, aux conséquences sociales incalculables.

Toutefois, rien ne fut fait, si ce n’est parer au plus pressé en évitant les spirales infernales immédiates liées aux interactions entre la finance et l’ensemble de l’économie. Ainsi le 9 août 2007 la Banque centrale européenne (BCE) dut injecter 94,8 milliards d’euros dans le système financier européen. Puis, le mal n’étant pas attaqué, les choses iront de mal en pis, jusqu’à la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, suivie d’un effondrement financier international. En octobre, la prime de liquidité monta en Europe au environ de 1,50 %. Le crédit devenu trop onéreux et trop rare, l’économie à son tour plongeait dans une crise.

La spirale de la crise économique et financière entrait en action. Acculés sur le bord du précipice, les gouvernements européens prirent une première mesure conséquente, faire bénéficier les prêts interbancaires de la signature d’État, cela dans le cadre d’un coûteux plan de sauvetage des banques. Par ailleurs, le 8 octobre, la BCE amorça la baisse de son taux directeur.

Cette signature d’État signifie que les risques sont désormais portés par la sphère publique, alors que les profits, mais aussi la politique bancaire, restent du domaine privé. Cela se passe de commentaire. Pour autant la situation n’est pas rétablie, et, comme le montre le Rapport sur la stabilité financière dans le monde publié par le Fonds monétaire international (FMI) en avril 2009 : le ralentissement de l’activité économique pèse encore plus lourdement sur les bilans des banques, dont les actifs continuent de se dévaloriser, compromettant ainsi leurs ratios de fonds propres et l’ouverture de nouveaux crédits. La croissance du crédit marque le pas, ou devient même négative, ce qui freine davantage l’activité économique. Ce rapport indique que, pour la seule zone euro, les besoins en capital des banques pourraient s’élever à 725 milliards d’euros.

Dans le même temps, une autre crise nous oblige à repenser l’activité économique : la détérioration de l’environnement s’aggrave et notre système climatique présente les symptômes de plus en plus inquiétants d’un bouleversement qui pourrait s’emballer. Des choix politiques majeurs doivent être faits au plus vite. La sortie de la crise économique ne peut se concevoir sans être croisée avec la sortie de la crise écologique. La sortie de l’une ne peut s’effectuer au détriment de l’autre. Ainsi les mesures radicales portant sur le système financier, le « nerf de la guerre », doivent d’un seul mouvement apporter une réponse économique et environnementale. Dès l’été 2007, sinon au plus tard à l’automne 2008, il aurait fallu une prise en main du système bancaire par le politique et imposer des règles sur le crédit afin de répondre aux besoins de la société, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. Un principe général devait être appliqué : fixer les taux d’intérêt et accorder les facilités de crédit en fonction de ces seuls besoins. Ainsi, lorsque se présente un risque de développement du chômage, en moyenne les taux d’intérêt proposés aux consommateurs et aux entreprises doivent être abaissés et les crédits facilités. C’est l’exact inverse qui s’est produit en 2008. Par ailleurs, le crédit à la consommation doit être plus rare et plus onéreux s’il est destiné à des achats sources de pollution plutôt qu’à des achats respectueux de l’environnement. Ce principe doit s’élargir aux critères sociaux et aux crédits accordés aux entreprises.

Le crédit, instrument politique au service de la société, se doit d’être solide, souple et indépendant d’intérêts privés (par exemple ceux d’actionnaires). Chacun de ces trois critères est incompatible avec le modèle néolibéral des banques privées obéissant à la loi du profit. Avant le néolibéralisme introduit en France dans les années quatre-vingt, le système bancaire était largement soit public, soit mutualiste. Cela ne posait pas de problème. Aujourd’hui, la preuve de la nocivité de la logique capitaliste dans le secteur bancaire a été faite, pour le pire. Un nouveau modèle bancaire est indispensable, qui ne soit ni néolibéral ni celui d’avant le néolibéralisme. C’est une urgence environnementale, sociale, économique. Un modèle reposant sur des règles de crédit dont nous avons ici posé les grands principes. Ce modèle ne peut qu’être public. Mais une classe de privilégiés cupides, amie en France de Nicolas Sarkozy, ne voit pas les choses de cette façon. Sa soif de fortune et de pouvoir pousse à toujours plus de privatisation et de soumission au monde de l’entreprise capitaliste. Ce qui s’exprime par ailleurs dans l’acharnement du gouvernement contre la liberté intellectuelle défendue avec détermination par les chercheurs et l’ensemble des universitaires.

(*) Mathématicien, universitaire


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