QUE PENSER, QUE PROPOSER SUITE AU VERDICT « JULIENRUPT » (VOILE VOSGIEN) ?

dimanche 18 mai 2008
par  Amitié entre les peuples
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QUE FAIRE CONTRE LE VOILE ISLAMIQUE SUITE AU VERDICT « JULIENRUPT » (VOILE VOSGIEN) ?

publié le 13 novembre 2007 sur bellaciao.org

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La propriétaire d’un gîte rural de Julienrupt, dans les Vosges, a été condamnée par le tribunal correctionnel d’Epinal pour avoir refusé d’accueillir une cliente qui portait un voile islamique.

http://www.lepoint.fr/content/a_la_une/article?id=204489

Cette femme de 54 ans a été reconnue coupable de discrimination religieuse.. On a discuté en séance et dans les couloirs sur le point de savoir s’il fallait caractériser la discrimination de raciale ou de religieuse. Ce n’est pas anodin. Nul doute que des débats vont se tenir sur cette différence. Cette décision peut faire date.

Cette différence souligne une double hypocrisie. La deuxième portant sur le voile indique qu’il va falloir étendre le champ ouvert en 2004.

I - LUTTER CONTRE UNE DOUBLE HYPOCRISIE.

Le racisme avance masqué, il faut donc le dénoncer (A). Mais à l’inverse un certain discours globalisant risque de tordre le bâton dans l’autre sens en portant des accusations injustifiées. La critique de la « voilophobie » ne sautait être sommaire ! (B)

A - Oui un « RACISME PERNICIEUX » se déploie en ce moment.

Il n’est d’ailleurs pas si nouveaux puisque déjà en 2003, donc avant la loi du 15 mars 2004 des préjugés et des actes antiarabes et antimusulmans se sont banalisés. Je ne pense pas avoir relativisé cet aspect ainsi que le laisse penser le message « en réponse à C DELARUE » posté sur Bellaciao. Simplement je pense, à la différence de Mouloud AOUNIT, que des compréhensions se sont fait jour depuis 2004. Une prise de conscience s’est développée entre islamophobie globale débouchant sur du racisme et critique ou blasphème du voile soit comme signe religieux ostensible oppresseur des autres soit comme symbole d’aliénation pour les femmes.

Reste que le racisme sous toutes ses formes constitue un réel problème en France et en Europe qui nécessite le renfort du mouvement antiraciste. Car il y a besoin d’un mouvement antiraciste fort en France mais un mouvement en capacité d’éviter les amalgames .A cette heure je suis dubitatif. . Je ne conçois pas un tel mouvement qui se met sans débat en ordre de bataille derrière un rapport, que dis-je derrière quelques passages d’un rapport . Autrement dit , on ne peut prendre comme un dogme la phrase répétée ces jours-ci : « Selon le rapport de l’ONU de sept 2007 , l’islamophobie constitue, dans le contexte actuel, la forme la plus grave de diffamation des religions. C’est une forme contemporaine de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance ». Il existe un racisme généré par l’islamophobie mais aussi des rejets de certains abus de l’islam et notamment d’un islam politisé qui ne sont pas raciste.

Le mouvement antiraciste doit s’attacher plus encore à développer son volet social, son ancrage altermondialiste, notamment sur l’extension des logiques sécuritaires et guerrières.

B - DERRIERE LE VOILE : LAICITE et FEMINISME ou RACISME ANTI-ARABE / RACISME ANTI-MUSULMAN

Derrière le voile, il ne faut pas s’abstenir de l’analyse avant de conclure. La « voilophobie » n’est pas systématiquement raciste. « LA VOILOPHOBIE N’EST PAS NECESSAIREMENT L’ISLAMOPHOBIE INDISTINCTE ». Le voile met en jeu plusieurs éléments :

- d’une part la ‘liberté de religion’ qui n’est pas sans limite. Des compromis sont à rechercher. Le droit international protège la liberté religieuse mais ignore la laïcité.. La mentalité laïque est à conquérir contre l’esprit religieux ostensible ou ostentatoire

- d’autre part le racisme caché derrière le refus du voile car en ce cas c’est en fait toute la personne avec sa croyance voir son appartenance ethnique qui est rejetée. C’est du racisme islamophobique ou du racisme anti-arabe (il faut analyser de près).

Mais on ne saurait procéder constamment par soupçon facile et générateur d’amalgame. Les choses sont plus compliquées dans la vie réelle. Ainsi, de nombreuses personnes non racistes ( y compris des musulmanes ) ne supportent pas le voile soit comme féministes soit comme personnes attachées à la mentalité laïque.

Mais il faut bien prendre garde à distinguer le comportement ou l’apparence de la personne elle-même. Autrement dit distinguer le voile comme accessoire facultatif (outil objectif d’oppression) qui peut être enlevé
au moins pendant le temps du vivre en commun et la personne qui ne doit pas se sentir rejetée pour sa croyance religieuse (de quelque religion qu’il s’agisse) encore que la croyance religieuse puisse elle aussi être critiquée sans que cela se comprenne comme une attaque à la personne même.

- Le voile est ressenti d’une part comme une OPPRESSION EXTRAVERTIE

Autrement dit comme un message offensif vers l’extérieur, c’est-à-dire contre les autres, les proches, ceux qui subissent la présence constante du signe ostensible.

- Les personnes de mentalité laïque, sensibles au prosélytisme religieux insidieux mais permanent (je crois, je crois, je crois, croyez, croyez...) refusent souvent le voile à ce titre. Ils ne rejettent ni les arabes ni les musulmanes, ni l’islam. Ils sont tolérants. Ils s’opposent juste à un instrument d’oppression, pas plus. Ils ne sauraient être accusés de racisme.

- Des hommes non sexistes ou antisexistes éprouvent comme une oppression le message insidieux du voile : les hommes seraient tous incapables de maîtriser leurs désirs, ils seraient trop concupiscents et même aisément violeurs. Le même message signifie aux femmes « occidentalisées » qu’elles sont aussi « dépravées » que les hommes et qu’en cas d’agression elles sont responsables.

- Le voile est d’autre part perçu comme outil d’OPPRESSION INTROVERTIE

Autrement dit comme une aliénation, c’est-à-dire tournée à l’encontre de la personne même qui le porte. Les féministes sont sensibles à cet aspect. On pourrait dire que l’on ne libère pas une personne malgré elle. Que c’est à la personne elle-même de faire son trajet de libération. Les féministes n’ignorent évidemment pas cela. Reste que de nombreuses femmes ne supportent pas le voile à ce titre et uniquement à ce titre et que dès lors elles ne sauraient être assimilées à des racistes.

Les deux volets - laic et féministe – de la critique se combinent souvent dans la réalité.

II - LUTTER SUR PLUSIEURS FRONTS : ANTI RACISME, ANTISEXISME, COMBAT SOCIAL ET ALTERMONDIALISTE...

MAIS AUSSI EXTENSION DE LA LAICITE !

Qu’il faille poursuivre la lutte antiraciste comme la lutte antisexiste le tout dans un cadre élargi d’un combat social de type altermondialiste est une nécessité . Il faut aussi poursuivre le travail engagé en 2004 (A) en tenant compte des effets pervers (B).

A) LA FRANCE DISPOSE D ’UN POINT D APPUI...

- UNE AVANCEE : La loi interdisant les « signes religieux ostensibles » a constitué une avancée par rapport aux textes fondateurs (les lois de 1881, 1882 et 1886) qui ne concernait que les locaux, les programmes scolaires et le personnel enseignant mais pas les élèves ou les mères accompagnatrices. Une avancée car l’envahissement pénible des signes religieux ne provient pas seulement du crucifix isolé en hauteur sur le mur d’une classe ou d’éventuels propos religieux d’enseignants mais aussi du nombre de personne supportant constamment du matin au soir des signes religieux
ostensibles ..Le partage entre l’institution soumise à la laicité et ses usagers libres est dépassé. Ce partage est en fait maintenu mais la loi du 15 mars 2004 va plus loin encore.

- UNE DISTINCTION CAPITALE : La distinction entre signes discrets autorisés et signes ostensibles interdits constitue un principe fondamental pouvant donner contenu clair pour l’humanité à ce que l’on peut appeler « la mentalité laïque » . L’esprit laïc, que n’est pas l’athéïsme, doit enfin progresser au plan historique et mondial . Pour l’heure la mentalité laïque peine à sortir de la préhistoire du fait de la puissance du pouvoir religieux et patriarcal archaïque. De plus en plus d’individus, y compris des croyants, et de quasiment toutes les religions, sont gênés par l’affichage de signes par trop ostensibles. Ils préfèrent adopter des signes discrets voire garder pour eux leur croyance.

B) ... MAIS IL FAUT ËTRE TRES PRUDENT !

- DES INSUFFISANCES DANGEREUSES : Si la loi du 15 mars 2004 pouvait encourir la critique c’était plutôt du fait que rien n’était prévu, notamment dans le privé, pour recevoir les jeunes musulmanes à l’affichage religieux ostensible . La déscolarisation des élèves est un fait à prendre en considération pour des militants laics responsables tout comme d’ailleurs pour des féministes. Je le souligne, même si cela ne fait pas plaisir aux laics et aux féministes anti-voile, car il ne faudrait pas qu’un gouvernement prenne pour les lieux de production des mesures irresponsables génératrices d’exclusion .

- POUR UNE EXTENSION : Pour moi, cette philosophie de la loi du printemps 2004 ne saurait rester limitée aux portes de l’école . Sont également concernés les autres lieux clos qui sont des lieux de partage contraint de l’espace . Cela concerne principalement les lieux de travail . Toutes les entreprises ne peuvent prévoir des lieux distincts pour les femmes voilées et les femmes non voilées. Le passage par la loi semble difficile, sauf s’il s’agit d’une loi indicatrice qui ouvre sur des discussions et des compromis. Le principe étant de favoriser le vivre ensemble le plus possible et donc d’éviter le licenciement.

- UNE METHODE : Le principe se couple aussi avec l’idée que l’émancipation ne s’obtient pas par la répression. Il s’agit de trouver un compromis entre liberté de porter un signe et souci de ne pas oppresser une autre personne par ce port constant et proximal.

Christian DELARUE

Secrétaire national du MRAP