Productivisme et socialisme. J Cossart

dimanche 12 avril 2009
par  Amitié entre les peuples
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Productivisme et socialisme

Le journal Le Sarkophage, publie dans son numéro 11 un article intitulé « Productivisme et socialisme ».

http://www.betapolitique.fr/Productivisme-et-socialisme-26300.html

Jacques Cossart, économiste et membre du Conseil scientifique d’Attac-France, tente de montrer que, si le productivisme n’a pas épargné tant s’en faut le système dit du « socialisme réel », il est fondamentalement consubstantiel au capitalisme dans la mesure où il trouve là les moyens de générer les profits qui l’alimentent.

Une société antiproductiviste saura mettre en œuvre les biens publics capables de préserver la planète et de faire vivre ensemble ses habitants. Pour autant, le caractère public ne saurait, à lui seul, être l’alpha et l’oméga d’une « bonne » société ; c’est l’instrument démocratique qui fera la différence. Il est vraisemblable que l’anticapitalisme passe par l’antiproductivisme, notamment par la réduction -à proportion notamment des gains de productivité- du temps de travail.

JC

Si on définit, de manière quelque peu lapidaire, le productivisme comme le processus visant à aboutir au maximum de production, indépendamment de la quantité et de la qualité des facteurs employés pour y parvenir et le socialisme comme celui mis en œuvre pour parvenir à la production optimale pour tous en préservant l’environnement général de la planète d’aujourd’hui et celle de demain, on est en droit de s’interroger sur le caractère compatible de ces deux processus.
Il convient peut-être, au préalable, de dissiper un malentendu, parfois entretenu volontairement. La productivité du travail qui mesure la quantité de biens et services produite par heure travaillée -c’est le plus simple et, sans doute, les plus utile-, n’a rien à voir avec le productivisme tel qu’on vient de le définir. Gagner en productivité n’est en rien condamnable si les gains réalisés ne le sont ni au détriment de l’homme, ni à celui de l’environnement. En particulier, il faut selon moi, veiller à ce que les gains de productivité ne soient pas accaparés, comme c’est le cas depuis plus de trois décennies par les propriétaires du capital, mais au contraire, qu’ils servent prioritairement à la réduction du temps de travail. On comprend mal en effet, ou plutôt, on comprend trop bien, pourquoi la productivité horaire, ayant depuis 1975, plus que doublé en France et plus encore dans d’autres pays européens, la durée hebdomadaire de la semaine de travail n’a pas diminué à due proportion, tant s’en faut, puisqu’au sein de l’Union européenne (15), dans l’industrie manufacturière elle n’a guère varié sur les dix dernières années pour se toujours situer autour de quarante heures.
A cet égard, précisons que beaucoup d’écologistes se reconnaissant dans le rapport « Europe soutenable », RES, réalisé en 1995 par l’Institut Wuppertal pour l’ONG Les Amis de la Terre, estiment qu’une réduction du temps de travail qui ne viendrait pas bouleverser les habitudes de consommation ne serait pas une « bonne » RTT. Un heure de travail devrait, à la limite, produire moins, renchérissant ainsi le produit pour en diminuer, voire supprimer, l’usage. Par exemple, un vêtement solide pouvant être porté pendant des années, peut être plus cher et devrait alors pouvoir, par une sorte de loi de Gresham [1] à l’envers, participer à évincer des produits lourdement polluants.
Il convient sans doute aussi de dire tout net que le productivisme souvent dénoncé, à juste titre, au regard de l’économie soviétique n’a rien à voir non plus, avec le socialisme envisagé ici.
On sait que la force de travail achetée dans le cadre du système capitaliste produit, globalement, davantage de biens et services que ceux qui sont nécessaires au simple entretien de ladite force. Cette différence va faire l’objet d’une lutte, souvent âpre, dont l’issue dépendra précisément du rapport des forces en présence. Le processus d’accumulation du capital repose sur cette différence, que Marx appelait la plus-value, et l’usage qui en est fait. Plus elle « s’investira » dans l’accumulation du capital davantage, paradoxalement, cette différence sera « rentable ». Bien entendu, le rendement évoqué ici variera au cours de l’histoire en fonction des luttes menées. Il est, en revanche, de mieux en mieux évalué ; c’est ainsi que l’on observe actuellement une nette tendance à la baisse. Celle-ci inquiète, de manière compréhensible, les propriétaires du capital et explique, pour beaucoup, leur volonté de privatisation, notamment des services publics ; ; ils espèrent ainsi compenser cette baisse de taux de profit par l’élargissement de l’assiette sur laquelle il s’applique.
Le lieu n’est pas, ici, de mesurer les influences positives et négatives jouées par l’Union Soviétique dans le monde. Il s’agit, beaucoup plus modestement, de remarquer que l’URSS a jugé indispensable, en partie à bon droit, de se doter d’industries et d’infrastructures et que ce ne pouvait se faire que grâce à la force de travail qui vient d’être évoquée. Une question importante ne sera pas abordée ici non plus, celle de savoir si cette accumulation se faisait au bénéfice de l’ensemble de la population soviétique de l’époque et des générations qui suivraient.

Le caractère public de la propriété ne saurait être suffisant pour que les citoyens puissent dormir sur leurs deux oreilles.

Simplement posons alors, au moins, deux questions, quid de la différence entre quantité de biens et services produits -souvent avec une productivité médiocre- et rémunération globale de la force de travail ? Quid de l’usage -voire du gaspillage- des ressources naturelles, et de l’environnement en général pour y parvenir ?
Le socialisme que nous revendiquons ne saurait s’arrêter à une simple interrogation relative à la propriété des moyens de production, même si elle est de première importance. Le caractère public de la propriété ne saurait être suffisant pour que les citoyens puissent dormir sur leurs deux oreilles. C’est ainsi, par exemple, qu’EDF détenue en France par l’Etat, à hauteur de quelque 85 %, reprend la compétition avec la société du milliardaire étasunien Warren Buffet, pour acquérir la moitié des activités nucléaires d’une société privée basée aux Etats-Unis ! Passent ainsi à la trappe aussi bien le choix, ou non, de la compétition comme instrument de conduite des affaires, que l’intervention des citoyens dans le processus nucléaire.

Le productivisme est consubstantiel au système capitaliste

Le productivisme est consubstantiel au système capitaliste dans la mesure où celui-ci a pour moteur essentiel la compétition qui exige des « meilleurs » de passer devant les autres. Les dégâts sociaux et environnementaux, dans la mesure même où ils seront considérés par les plus « humains » des partisans de ce système, feront partie des dommages collatéraux. Arrêtons-nous sur la sécurité et la souveraineté alimentaire qui constituent, sans doute aujourd’hui, le plus monstrueux exemple de l’aberration productiviste.

L’objet du productivisme : étendre indéfiniment les moyens de générer des profits.

Les récentes émeutes de la faim illustrent le cynisme inouï de ceux qui défendent le productivisme et le mettent en œuvre. Alors que le PNUD estime que si la population souffrant de malnutrition diminue quelque peu en pourcentage, le nombre de malnutris est toujours, aujourd’hui, de près de un milliard d’êtres humains, c’est-à-dire le même niveau que ce qu’il était 15 ans auparavant ! Pourtant, le productivisme a déployé, pour ce secteur, toutes ses séductions. C’est ainsi que la FAO nous fait observer que, au cours de ces quarante dernières années, les rendements à l’hectare ont été, en moyenne, multiplié environ par 2 pour le blé et ont augmenté de plus de 50 % pour le riz. Pour autant, s’agissant des céréales, la production moyenne par habitant a diminué, sur la même période de près de 20 %. Pendant ce temps, la consommation des engrais a été multiplié par près de 5, aussi bien globalement que par hectare. Comme on peut le redouter la croissance de la consommation de pesticides, à l’hectare, est du même ordre. S’agissant des herbicides, les ravages du productivisme sont plus éclairants encore avec l’apparition des plantes génétiquement manipulées ; le désormais célèbre round up ready de la non moins célèbre firme Monsanto a poussé au-delà de toute caricature ce que peuvent imaginer tous les Docteurs Folamour, aux ordres des propriétaires du capital, pour toujours plus de « progrès ». L’exemple, de l’Argentine est dramatiquement démonstratif à cet égard : déforestation, élimination des cultures paysannes, augmentation continue de la consommation de l’herbicide Monsanto, propagation des semences brevetées sur l’ensemble des terres etc. On voit parfaitement ici, l’objet du productivisme : étendre indéfiniment les moyens de générer des profits.
La question, dès lors, n’est pas tant de savoir si la productivité est mauvaise pour l’homme et la planète mais bien celle du choix de société dans laquelle décident de vivre les citoyens. Il serait véritablement étonnant que, dûment informés, les 6,5 milliards d’êtres humains choissent une société travaillant à l’enrichissement sans fin que quelques dizaines de milliers [2] d’entre eux et à la destruction de la planète sur laquelle ils vivent. Dans ce contexte, il s’agit de mettre en œuvre des procès de production économes de la peine des hommes et des ressources de la planète sur laquelle ils vivent. A propos de l’ouvrier, Marx, dans les Manuscrits de 1844, notait avec la pertinence qu’on lui reconnaît : « Plus son produit est important, moins il est lui-même. La dépossession de l’ouvrier au profit de son produit signifie non seulement que son travail devient un objet, une existence extérieure, mais que son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, étranger à lui, et qu’il devient une puissance autonome face à lui ».

Une société anti-productiviste est celle, qui saura, dans un cadre de droit, s’imposer une conduite réduisant de manière continue le temps de travail.

Une société anti-productiviste est celle, qui saura, dans un cadre de droit, s’imposer une conduite réduisant de manière continue le temps de travail. C’est pourquoi, il est surréaliste de vouloir en augmenter la durée, y compris en retardant l’âge de la retraite alors que, pour un même temps, nous produisons le double ! C’est, à ce stade, la semaine de vingt heures qu’il faudrait mettre en place. Cependant cela ne peut se faire en respectant l’adage si cher aux économistes orthodoxes « toutes choses égales par ailleurs » ! Ce ne peut s’envisager qu’en remettant en cause le transfert considérable d’une part de la valeur ajoutée (plus de 10 points de PIB) au détriment des revenus du travail en faveur de ceux du capital [3]. Ces données ont trait aux 15 pays les plus riches de l’OCDE et portent sur les trente dernières années ; ce sont, en 2007, plus de 3 000 milliards de dollars, soit une fois et demie le PIB de la France, qui ont, ainsi été accaparés !
Une société anti-productiviste ne peut évidemment pas laisser surconsommer les ressources non renouvelables, émettre des gaz dans des quantités totalement incompatibles avec la durabilité de la planète, se dégrader les diversités multiples seules à même de préserver la vie même, perdurer cette compétition tous azimuts sans la moindre considération pour la majorité de la population et au risque de guerres destructrices, malnutris un milliard d’êtres humains alors même que les produits divers censés augmenter les rendements de surfaces cultivées -mais qui, en fait, dégradent surtout l’environnement en général- ont été multiplié par plus de 5.
Une société anti-productiviste est celle qui saura mettre en place les biens publics mondiaux capables de préserver la planète et de faire vivre en paix ses habitants. Ils comportent pêle-mêle et notamment, la santé, l’éducation, la souveraineté alimentaire, la préservation climatique et celles des ressources non renouvelables, une monnaie au service de l’homme, etc. Ils doivent être gérés par une autorité publique mondiale ; aujourd’hui seule l’ONU est fondée à remplir ce rôle. Enfin, leur financement doit être assuré et pérenne à travers des taxes globales, appliquées notamment sur l’ensemble de l’activité financière et sur les profits des transnationales.

Productivisme et socialisme, Le Sarkophage, Janvier 2009, Jacques Cossart

[1] Thomas Gresham avait au XVIe siècle une loi qui prétendait que « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».

[2] A fin 2007, 100 000 personnes possédaient des avoirs financiers équivalents au quart du PIB mondial

http://www.france.attac.org/spip.ph...

[3] Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE

http://gesd.free.fr/page38.pdf


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