Pour une critique du Manifeste pour une société écologique . C Delarue

samedi 6 novembre 2010
par  Amitié entre les peuples
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Pour une critique du Manifeste pour une société écologique .

Europe Ecologie : le débat » Blog Archive » Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

Comme toute bonne critique commençons par souligner les points positifs. Nous partageons bien des points avec ce Manifeste. Nous estimons aussi que « le socialisme étatique et productiviste a fait tragiquement long feu » mais pour autant nous ne jetons pas le bébé avec l’eau sale du bain. Le socialisme démocratique et écologique est à construire. Il est à construire pour mettre en application les valeurs mises en avant par ce Manifeste.

Citons l’intégralité du passage.

1 - « Son patrimoine : les valeurs de l’humanité ».

La nouvelle offre politique des écologistes s’appuie sur le meilleur de l’aventure humaine. Elle ne part pas de rien. Elle puise ses sources dans les valeurs constitutives du patrimoine de l’humanité telles qu’elles ont été conquises de haute lutte par les mouvements ouvriers, paysans, féministes, pacifistes, régionalistes et progressistes : liberté de conscience, libertés publiques, égalité des droits et des devoirs entre tous les êtres et tous les genres, en particulier entre les hommes et les femmes, refus de l’oppression et des discriminations, solidarité entre les personnes, les peuples et les générations, équité économique et sociale, dignité inaliénable de chaque être humain, responsabilité, autonomie et libre arbitre, respect des minorités quelles qu’elles soient, impératif de justice, primat du droit et de la démocratie, priorité à l’éducation et à la culture, sollicitude aux autres, altruisme, non violence, laïcité, tranquillité publique, liberté totale à la création artistique, respect de la dignité animale.

La nouvelle offre de l’écologie politique assume l’héritage de toutes celles et de tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des hommes et des femmes. Elle s’affiche en bouclier des meilleures traditions de la civilisation – celles qui signifient l’appartenance à une commune humanité, au delà des intérêts de classes ou de castes, celles qu’il faut toujours défendre et approfondir, celles à partir desquelles de nouvelles valeurs pourront s’enraciner et une autre société émerger.

Elle se revendique clairement de la tradition universaliste qui considère que tout être humain, quel que soit le lieu où il est né ou la couleur de sa peau, a les mêmes droits au bonheur, à la solidarité de tous, au partage des richesses de la planète. Elle estime que tout ce qui fragmente et divise cette commune humanité va à l’encontre du projet écologiste, et c’est pour cela qu’elle entend dépasser le cadre des Etats-nations pour construire des solidarités européennes et planétaires dans le respect des diversités culturelles et des singularités historiques. A cette fin, elle promeut des logiques de coopération et de résolution non-violente des conflits, à l’opposé de la militarisation des relations internationales, ce qui permet, par ailleurs, de dégager des moyens considérables bien plus utiles à la prévention des drames futurs qu’au maintien d’un ordre international injuste.

Fin de citation.

2 - Ces valeurs ne sont-elles pas aussi des valeurs de gauche à quelques différences près.

Le droit des animaux n’est peut-être pas aussi unanimement défendu, du moins pas à égalité avec les humains. De même le régionalisme n’a pas, à gauche, à s’opposer frontalement à la nation qui demeure le cadre de la République et de la démocratie. C’est notamment à partir du cadre territorial national qu’une politique de lutte contre le développement inégal et combiné peut se construire. Cela suppose une planification qui fasse le contraire de ce mal développement tant au plan social que territorial et environnemental.

Cela n’est pas contradictoire avec le respect d’une certaine régionalisation. Mais il faut combattre les inégalités entre régions et au sein de chaque région lutter contre les déserts ruraux et contre les sur concentrations urbaines ou côtières. Les politiques publiques actuelles, RGPP en tête, font le contraire : elles accompagnent et même approfondissent le développement inégal du capitalisme avec sa fracture territoriale et son recentrage sur les grandes villes.

Précisons aussi qu’un localisme trop déconnecté de perspectives globales ferait le jeu du mal développement et des inégalités territoriales et sociales. Cette acceptation des inégalités se justifie pour beaucoup de « localistes » par un gain accru de démocratie postulé. Or de nombreux sociologues et juristes spécialisés (1) ont démontrés que cela était encore un mythe. De plus, un gain de démocratie ne justifierait pas par exemple que l’on paie le litre d’eau au robinet trois plus cher dans une commune que dans la commune d’à côté.

Il y a sans doute besoin de gestion décentralisée et proximale mais aussi d’une instance publique en capacité d’assurer une réelle péréquation tarifaire. Cela nous fait défendre un Etat social et une défense des services publics nationaux en lien avec un statut de la fonction publique. Une telle politique doit avoir aussi un important volet de cosmopolitique qui ne figure pas dans le Manifeste mais qui est en général partagé par les écologistes.

3 - Des valeurs au projet de compromis néosolidariste.

Le Manifeste pose un « nouveau paradigme (qui) consiste à concilier des politiques de durabilité et de sobriété avec les exigences d’une société équitable ». Cela respire le social-libéralisme vert. Qu’est-ce qu’une société équitable ? A qui demande-t-on la sobriété ?

Une lutte de classe féroce est engagée par la classe dominante contre le monde du travail et ce Manifeste semble vouloir y apporter une non réponse pire une sorte de compromis avec la classe dominante façon PS ou CFDT. Pour nous, évoquer le socialisme n’est pas un artifice mais la volonté de poser l’égalité plus que l’équité. Volonté aussi de ne pas accomplir une prédation contre les prolétaires et les couches moyennes ainsi que le propose Hervé Kempf (2). Volonté de ne pas réduire le social à une politique misérabiliste ou compassionnelle à l’égard des seuls pauvres.

Comme il a déjà été dit (AMK - Bellaciao) : « Ce manifeste se prononce contre le culte dominant du scientisme et de l’économisme. On y trouve la question de la consommation au travers de la critique des standards de vie indexés sur l’imaginaire de la démesure. On y trouve, au plan social, le souci de changer la vie de ceux qui manque de tout. Mais la question de l’affrontement du capital contre le monde du travail englobant bien plus que les pauvres ou même que les seuls smicards, ouvriers et employés de base n’est pas posée. »

C’est un très gros point faible !

Christian DELARUE

1) Une explication très argumentée avec Jacques CAILLOSSE Eléments pour un bilan juridique de la démocratie locale en France. J Caillosse

http://www.u-picardie.fr/labo/curapp/revues/root/43/jacques_caillosse.pdf_4a0a90f279cc8/jacques_caillosse.pdf

et une position politique :

GU : Le localisme n’est pas la panacée. Pascal FRANCHET et Christian DELARUE (GU Rennes)
http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=8305

2) La « prolophobie » d’Hervé Kempf .

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1349

http://www.attac.org/fr/blogs/delarue-christian/4-11-2010/la-prolophobie-d%E2%80%99herv%C3%A9-kempf


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