Pour un droit de travail unifié en Europe - M Karbowska

mercredi 16 juin 2010
par  Amitié entre les peuples
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FSE Istanbul 2010

L’Europe est à nous !

Pour un droit de travail unifié en Europe

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La crise en Europe

L’Europe a co-organisé depuis 25 ans la mondialisation néolibérale économique. Les multinationales et la bourgeoisie européenne se sont massivement enrichies par l’expansion de leurs capitaux et la mise en concurrence des travailleurs dans le monde entier. La crise actuelle dévoile le fossé des inégalités sociales immenses en Europe jusqu’ici dissimulés par la consommation par endettement de la classe moyenne. Les conséquences de la compression des salaires en Europe depuis 20 ans, de la destruction du système de protection sociale, de la privatisation des services publics livrés au marché multinationales apparaissent au grand jour dans un contexte d’éclatement des bulles bancaires spéculatives, de désindustrialisation massive, de chômage de masse. C’est la basculement brutal de l’Europe dans un état qu’elle n’avait pas connue depuis 60 ans : la misère généralisée et la lutte pour la survie de larges partie de la populations.

Des pans entiers de la société européenne basculent dans la lutte pour la survie. La politique de l’Union Européenne a longtemps cachée le l’appauvrissement progressif de millions d’Européens par des discours lénifiant sur « l’Europe sociale », la « mobilité des travailleurs » et « la formation tout au long de la vie ». Dorénavant il devient évident que c’est Union Européenne qui organise la mise en concurrence des travailleurs européens afin « d’ajuster » leurs salaires au niveau de « compétitivité » de ceux des travailleurs du reste du monde à la seule fin de faire faire encore plus de profits pour les multinationales et la bourgeoisie. L’Union Européenne criminalise juridiquement les migrants afin que le patronat puisse mettre en concurrence des travailleurs sans-papiers et sans droits avec les autres salariés. La prétendue « mobilité » de l’Union Européenne n’est rien d’autre que l’organisation de la baisse des salaires européens par la mise en concurrence de travailleurs de l’Est européen, rendus dociles par deux décennies de chômage de masse et de disparition de leurs industries, avec des habitants de l’Europe du Sud et de l’Ouest.

La mise en concurrence des travailleurs européens

Le droit du travail connaît une érosion rapide dans la plupart des pays d’Europe. Lorsqu’il est protecteur pour le salarié, il n’est plus appliqué. Il est modifié dans le sens des exigences du patronat, toujours plus d’insécurité pour le salarié et toujours plus de garanties et de subventions pour les entreprises. Les mouvements massifs de travailleurs est-européens migrants accentuent cette érosion car le patronat organise ces migrations via des agences d’intérim aux pratiques illégales et organise ainsi un grand secteur de l’emploi « hors la loi » Les cotisations sociales ne sont plus payées, ni dans les pays d’origine ni dans le pays de destination. Le travail sans contrat, au noir, devient la norme dans des régions entières de l’Europe. Les inspections du travail sont rendues inefficaces ou sont démantelée. Les syndicats, englués dans des pratiques d’une autre époque (division par branches, structures hiérarchiques, non prise en compte des précaires, rejet des sans-papiers…) sont incapables de riposter. Les rapports au travail se reconstituent selon le modèle qui prévalait au 19 siècle : les travailleurs sont exploités au maximum et le patronat trouve naturelle non seulement l’exploitation économique, mais aussi la domination absolue sur une force de travail captive.

Dix millions de travailleurs, hommes et femmes, quittent chaque année les pays d’Europe de l’Est pour travailler en Europe de l’Ouest, du Sud et du Nord. 4 millions de Polonais travaillent en Angleterre, Irlande, Allemagne, France, Espagne, Italie, Grèce… Des millions de Slovaques, Roumains et Bulgares vont en Espagne, Grèce, Italie et Allemagne. Ces migrants sont le plus souvent des travailleurs saisonniers précaires dont les conditions de vie sont extrêmement dures : horaires de travail de 12 à 18 heures par jour, absence de jour de repos, situations d’enfermement et de harcèlement par les employeurs qui n’hésitent pas à les traiter comme des esclaves devant être en permanence à disposition.

Les gouvernements des pays de l’Est encouragent l’émigration afin de réduire les chiffres du chômage, peu importe les conditions de vie et de travail de ces nouveaux migrants. Les journaux spéciaux remplis d’annonces recrutent massivement pour l’industrie, l’agriculture, les restaurants, les hôtels ou les services à la personne en Europe entière. Des agences de recrutement font signer aux migrants des contrats en leur faisant croire que ces documents respectent le droit de travail du pays de destination. Les agences organisent le transfert des migrants dans le pays de destination et les livrent aux employeurs. Les employeurs payent les agences et obtiennent en échange une main d’œuvre complètement soumise à très bas prix.

Ce système est particulièrement bien développé en Grèce où le tourisme s’appuie largement sur cette main d’œuvre de milliers de personnes depuis au moins 5 ans. En effet, les salaires de ces hommes et de ces femmes employés dans tout le secteur de tourisme, les hôtels, les restaurants, les bars, les agences de tourisme, sont de l’ordre de 400 à 800 Euros pour 12 à 18 heures de travail par jour tous les jours. Les conditions de vie sont très dures et l’ignorance du droit du travail absolue. La situation est encore pire dans l’agriculture ou la violence patronale maximum montre que nous avons plus affaire à un système de mafias trafiquant des être humains esclaves qu’à un cadre de relations de travail normales, légales et encadrées qui devrait prévaloir dans l’Union Européenne !

Carnet de revendications

Il est important de considérer les travailleurs européens comme une unité, sans distinction de nationalité, d’origine, de situation juridique face aux Etats. Les Européens seront tous vus comme des RESIDENTS, c’est-à-dire des habitants de l’Europe, quel que soit leur temps de présence sur le sol européens. La distinction entre « étrangers » et « citoyens » n’a plus de raison d’être car elle alimente, de par la création d’une catégorie distincte d’être humains, les « étrangers », la division de la société en morceaux dont la mise en concurrence profite aux exploiteurs.

Tout travailleur/ses européennes, quelle que soit sa situation juridique et sa nationalité, doit être considéré comme un citoyens bénéficiant de droits, les mêmes droits que tous les autres.

Pour que ces droits aient un sens, il faut qu’ils soient UNIFIES. L’unification du Droit du Travail Européen sera le premier pas pour la création d’un sentiment de citoyenneté européenne basée non plus sur la nationalité, mais sur la résidence et donc, vers la création d’une Citoyenneté Européenne de Résidence. L’Europe en sortira renforcée et unie et le nationalisme et la xénophobie, la peur de l’étranger repoussoir vont décliner.

Pour cela il est nécessaire de créer :

o Un Code du Travail Européen unifié en Europe le plus protecteur pour les travailleurs

o Un contrat de travail unique partout en Europe

o Un Salaire Minimum Européen (à 1500 Euros dans les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord, à 1200 Euros pour les pays du Sud et à 900 Euros pour les pays de l’Est avec comme objectif l’unification des salaires d’ici 5 ans à 1500 Euros)

o Instaurer et contrôler l’application des 35h de travail en Europe – 7 heures par jour et 5 jours par semaines avec objectif de réduction jusqu’à 20h dans 5 ans

o Réaffirmer le principe de l’interdiction du travail le dimanche, y compris dans le tourisme, l’agriculture et les services domestiques - Instaurer la réorganisation du temps de travail des PME afin qu’elles respectent les droits des salariés

o Abolir le travail gratuit et/ou sous payés dans des contrats hors normes (stages, pseudo-formations, travail contre logement, travail déguisé en bénévolat.)

o Abroger toutes les formes de travail atypiques, des horaires éclatés et du temps partiel

o Augmenter immédiatement les salaires de 300 Euros partout en Europe

o Un revenu de substitution décent pour les salariés privé de travail

o Une augmentation décente des allocations sociales – allocations pour personnes handicapés, indemnités de maladie et allocations pour les enfants

o Augmenter et unifier les retraites en Europe

o Créer une commission spéciale chargée d’accorder des droits de retraites aux travailleurs spoliés par le système – victimes du travail illégal parce que sans papier, victimes du travail à temps partiel, salariés d’Europe de l’Est victimes des destructions par l’administration néolibérale de documents prouvant leurs emplois avant 1989 dans l’industrie

o Création d’une retraite décente à 60 ans pour tous ceux et celles qui n’ont pas eu d’emploi salarié

o Création d’une Caisse de Retraite Européenne, d’une Caisse d’Assurance Maladie Européenne et d’une Caisse Assurance Chômage Européenne financés par les cotisations patronales et par des prélèvements sur les revenus du capital

o Mise en place de l’Europe Médicale Solidaire – création d’un système de soins médicaux unifié et public en Europe

o Création d’une Inspection de Travail Européenne indépendante des pouvoirs de la Commission et des gouvernements chargée de veiller à l’application des lois

o Renforcement des Inspections Nationales par des recrutements massifs

o Création d’un nouveau droit syndical européen permettant la création de syndicats dans les emplois précaires et les nouveaux métiers sur la base d’un groupe de 10 personnes.

o Réorganisation des syndicats existants afin de les unifier au niveau européen et d’englober les précaires

o Interdiction des syndicats « maisons » initiés par le patronat et contrôle de l’Inspection du Travail sur cela

o Loi Européenne contre la Violence au travail (contre le harcèlement sexuel et moral, le management par l’épuisement et la culpabilité, la répression des syndicalistes)

o Création d’une Citoyenneté Européenne de Résidence pour tous les habitants de l’Union Européenne afin d’abolir la catégorie « migrants »

o Abrogation des règlements et directives anti-ouvrières de l’UE (Bolkestein, flexisecurity, temps de travail, location de travailleurs, stages et contrats intermittants)

Actions de la campagne : L’Europe est à nous !

Quelles forces vont porter la campagne ?

Il est nécessaire que des forces syndicales et des mouvements sociaux qui s’occupent des problèmes des migrations soient les piliers de cette campagne européenne. Il est nécessaire d’impliquer à la fois les forces syndicales et sociales des pays d’origines de migrants extra et intra-européens et des pays d’accueil.

Dans un premier temps nous commenceront par la collaboration entre les syndicats polonais et grecs. Du côté polonais le Syndicat Autonome Août 80, (Sierpień 80), expérimenté sur la question du travail précaire et de l’émigration est prêt à rencontrer les syndicats grecs et à commencer la campagne. Sierpień 80 va lancer une campagne d’information pour les Polonais se préparant à aller travailler en Grèce : publications dans l’hebdomadaire allié « Trybuna Robotnicza », organisation en Pologne de réunions publiques d’information sur la situation des travailleurs migrants en Grèce en ciblant les milieux étudiants et jeunes travailleurs…etc. Le syndicat va également élabore une nouvelle brochure d’information sur le droit du travail grec sur la base des documents existants et mener une campagne de distribution de ces brochures directement auprès des migrants devant les agences de car ou ceux-ci achètent leur billet pour aller en Grèce.

Dans un deuxième temps nous élargiront la collaboration aux syndicats des pays comme la Bulgarie et la Slovénie. Nous allons prendre contacts avec des syndicats comme COBAS et SOLIDARITES.

Les actions :

1. Confection d’un tract pour informer les travailleurs et travailleuses sur leurs droits de travail dans le pays d’accueil dans deux langues.
2. Trouver des fonds pour imprimer et imprimer.
3. Diffuser dans les endroits de départ des immigres par les syndicats du pays d’exportation de main d’œuvre.
4. Publier dans les journaux du pays d’exportation de main d’œuvre.
5. Publier dans les journaux de l’émigration du pays d’importation de main d’œuvre.
6. Informer les Communautés des émigres et travailler ensemble pour informer leurs communautés et leurs réseaux atypiques de solidarité. Diffuser dans les endroits où ils se fréquentent comme leurs restaurants, leurs magasins, leurs cafés. Ce travail se ferait plutôt par les mouvements sociaux.

Faire un travail politique sur la conception de la Campagne !

1. Ecrire des articles dans la presse dans les deux pays.
2. Faire un réseau des journalistes
3. Une conférence de presse internationale commune dans l’ambiance des élections européennes avec les syndicats et mouvements sociaux.

Inventer des actions directes pour créer des évènements et changer les rapports de forces et acquérir des victoires !!!