POUR L’UNITE ANTIRACISTE | Ensemble !

samedi 7 mai 2016
par  Amitié entre les peuples
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POUR L’UNITE ANTIRACISTE | Le Club de Mediapart

Version postee par Yves JUIN sur son fcbk

Louis-Marie Barnier, Marc Bernard, Jean Bigot, Francis Blanchet, Fred Borras, Jean-Paul Bruckert, Daniella Chaillet, Marjolaine Christien-Charriere, France Coumian, François Coustal, Jean-Marie Darbon, Jacques Fontaine, Sylviane Gauthier, Catherine Groslevain, Janette Habel, Robert Hirsch, Anne Leclerc, Corinne Lenoir, Thierry Lescant, Guillaume Liegard, Antoine Malamoud, Jean Malifaud, Jacques Menigoz, Monique Migneau, Nathalie Piquemal, Rafik Qnouch, Stéphanie Treillet

XX

Les attentats de l’année 2015 et la progression du Front National rendent indispensables de puissantes mobilisations pour s’opposer aux divers racismes. Or, elles ne se produisent pas et les antiracistes continuent d’être divisé-es.

Nous pensons que, pour surmonter ces divisions, il convient de repréciser ce que doivent être nos combats dans ce domaine. Et, pour cela, caractériser avec précision les dangers qui menacent. Cela nécessite également bien sûr de lutter contre la politique du gouvernement envers les
populations d’origine étrangère et contre l’Europe forteresse. Entre autres exemples, la tentative d’instaurer la déchéance de nationalité, le refus du droit de vote des étrangers, la poursuite des contrôles au faciès participent d’une discrimination qui favorise le développement du racisme

I - LES JUIFS, LES ARABES, LES MUSULMANS, LES ROMS MENACES

Pour ce qui est des Roms, il n’y a aucun désaccord entre nous : chassé-es de partout, ils et elles sont rejeté-es et subissent un racisme massivement développé dans la population. Les politiques de Sarkozy, puis de Hollande – Valls ont contribué à ce rejet dont sont victimes les Roms.

L’année 2015 a confirmé qu’il existe aujourd’hui des menaces d’être tué-e lorsque l’on est juif/ve en France. Nous nous inscrivons en faux contre l’idée que les Juifs/ves, ne subissant pas les discriminations sociales que rencontrent les Arabes ou les Roms, ne seraient plus des victimes. Les Juifs/ves sont à juste titre inquiet-es en fonction du passé.

L’antisémitisme d’extrême droite n’a pas disparu, même si le FN préfère faire des Musulman-es sa cible. Mais aujourd’hui se développe un nouvel antisémitisme dans une partie de la jeunesse des banlieues ; il détourne la colère qui devrait s’exprimer contre le système social. Ses fondements rejoignent l’antisémitisme traditionnel désignant les Juifs/ves comme des privilégié-es, détenteurs d’une puissance économique, médiatique, etc. Il entre en corrélation avec la question de la Palestine, un certain nombre de jeunes amalgamant Juifs/ves et Israélien-nes. Cela donne des responsabilités particulières aux militant-es qui soutiennent le peuple palestinien. Ce soutien n’est pas dissociable d’une analyse prenant en compte le caractère particulier du sionisme, qui se voulait une réponse à l’antisémitisme. Le XXe siècle n’y a pas apporté la réponse socialiste internationaliste espérée par celles et ceux qui combattaient alors justement le projet sioniste. L’indispensable soutien au peuple palestinien doit bannir la comparaison entre sionisme et nazisme, fausse et dangereuse. Par ailleurs, il convient de débattre des formes du boycott, notamment culturel. L’antisémitisme ne se limite pas aux banlieues, dont les admirateurs et admiratrices de Dieudonné ne sont pas tou-tes issu-es. Un certain nombre de jeunes prennent la quenelle pour un geste anti - système.

Le racisme anti arabe est ancien et le poids de la colonisation n’y est pas étranger. Le Front national prospère sur le rejet des populations originaires du Maghreb. Les attentats augmentent les risques d’agressions racistes à leur égard. Par ailleurs, ces populations sont essentiellement musulmanes, même si la pratique religieuse est différenciée en leur sein. Depuis des années, des débats ont lieu à propos de l’islamophobie. Quels que soient les points de vue sur ce terme, il y a un caractère spécifique du rejet des Musulman-nes, qui vient aggraver le vieux racisme anti arabe. Les attaques de mosquées, les arrachages violents de voile se sont multipliés ces dernières années. Il faut y apporter la riposte appropriée
et manifester contre ces agressions racistes.

La caractérisation du voile comme signe et instrument d’oppression des femmes ne doit pas empêcher notre mobilisation en défense des Musulman-nes agressé-es. Sans oublier que l’essentiel des problèmes que rencontrent les populations issues de l’immigration sont d’ordre social : discriminations à l’emploi, au logement, contrôles au faciès… Sans oublier non plus que défendre celles et ceux qui pratiquent l’Islam ne doit pas empêcher la critique de cette religion (comme des autres), notamment en ce qui concerne le rôle assigné aux femmes.

II - LA LAICITE, UN ATOUT POUR LA LUTTE ANTIRACISTE

Les débats autour du voile ont relancé la discussion sur la laïcité. La référence à celle-ci est aujourd’hui détournée par des milieux réactionnaires contre les Musulman-nes. Nous devons réaffirmer notre position, qui considère la laïcité comme un instrument d’émancipation et une protection pour les religions minoritaires. Or, aujourd’hui, des courants proches de la gauche radicale remettent en question cette laïcité.

Plus fondamentalement, ils remettent en cause les Lumières et la Révolution française au motif que la République qui en est issue serait liée au colonialisme. C’est une rupture avec nos acquis. Nous continuons à penser que l’émancipation à l’égard des religions permise par les Lumières et la Révolution française constitue un progrès pour l’ensemble de l’humanité. Même si ce progrès ne se réalisera dans d’autres régions du monde qu’à partir des expériences locales, puisant leurs racines dans l’histoire et la culture des différents pays.

Sans être en aucune manière sectaires à l’égard de celles et ceux qui trouvent dans la religion une espérance, nous affirmons que l’avenir progressiste de l’humanité passe par la laïcisation de toutes les sociétés de la planète. Aujourd’hui la laïcité constitue pour la population qui ne se réclame d’aucune religion la seule défense et la seule garantie contre l’emprise des religions dans l’espace public et sur les normes de la vie sociale. Cet enjeu ne se limite pas à l’islam, comme le montre l’exemple des Etats-Unis, ainsi que l’offensive des religions en Europe contre le droit des femmes à disposer de leur corps, sans parler en France de la Manif pour tous et des Journées de retrait de l’école. A partir de ces analyses sur les divers racismes, nous nous battons pour l’unité des antiracistes, qui n’existe plus, alors qu’elle est plus que jamais nécessaire.

III - QUELLE UNITE DES ANTIRACISTES ?

Cette unité suppose tout d’abord que nous cessions de prioriser tel ou tel racisme. Même si les caractéristiques des diverses oppressions racistes sont différentes, même si, selon les moments, c’est tel ou tel groupe qui est visé, il convient de réaffirmer l’unité sans prioriser aucune des formes de racisme. Or, certains courants le font avec l’islamophobie.

Il s’agit en premier lieu du Parti des Indigènes de la République. Ayant justement dénoncé en 2005 le poids du passé colonial dans la situation des immigré-es, ce parti a évolué vers des positions radicalement opposées à nos acquis. Il fait primer la question ethnique sur la question sociale, contribuant ainsi à la division des opprimé-es. Son ambigüité à l’égard de Dieudonné, ses positions sur l’homosexualité, le féminisme « blanc », son analyse du « philosémitisme », l’éloignent du camp progressiste. Le PIR n’est donc ni un partenaire ni un allié. D’autant que son positionnement récent sur les Juifs, « batte de baseball » utilisée contre les immigré-es cautionne l’antisémitisme. Le livre récent de sa porte-parole Houria Boutelja, Les Blancs, les Juifs et Nous, aggrave encore cette évolution en distillant la division et la haine de l’autre.

Pour Tarik Ramadan, la question n’est pas de savoir si on le diabolise ou pas, mais de partir de ses écrits et paroles. Lors du meeting du 11 décembre son analyse du 13 novembre comme un prétexte pour faire la guerre en Syrie relativise, pour le moins, le caractère criminel des attentats. Son « y’en a marre de la laïcité » (sans préciser qu’il s’agit des détournements de la laïcité) est un message inadmissible. Enfin, lorsqu’il explique que l’islamophobie est à 80 % le fait des organisations sionistes (alors qu’il ne dit pas un mot sur le FN), cela contribue à faire progresser l’antisémitisme.

Que ce soit le PIR ou Ramadan, nous ne pouvons agir avec eux que dans le cadre d’une unité très large sur des bases ne laissant place à aucune ambigüité. Sur ces questions, notre action doit favoriser les regroupements les plus larges, sans prioriser aucun des racismes – et sans non plus laisser établir de hiérarchie entre les différentes oppressions.

Notre AG de juin doit trouver un consensus pour que nous puissions agir dans cette direction.