PEUPLES SOLIDAIRES : Penser les peuples colonisés. C Delarue

vendredi 6 juillet 2012
par  Amitié entre les peuples
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PENSER LES PEUPLES COLONISES

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La solidarité internationale telle qu’elle est évoquée à Lyon lors de cette université d’été de la solidarité internationale du 4 au 7juillet 2012 - la 7 ème du genre qui a pour thème « citoyen(ne)s et solidaires, réinventons le monde » - ne manque pas de faire intervenir le peuple à côté des citoyen(e)s. De quel peuple parle-t-on ?

nb : Ces lignes forment aussi le contenu introductif d’un atelier de la prochaine université d’ été d’ ATTAC France à Toulouse en aout 2012.

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Préalable sur le classement.

Le classement est un mode d’élaboration de la pensée qui permet de mettre de l’ordre dans la complexité du monde. Il ne s’agit nullement de dire que le classement permet une saisie aboutie ou fine du réel. Mais c’est certainement un pas indispensable de toute démarche rationnelle et scientifique. Nécessaire mais pas suffisante dirions-nous parfois. Il est aussi certain, à mon sens, qu’il existe une tendance à empêcher le déploiement de la pensée critique par le recours systèmatique aux techniques de compartimentage, d’emboitement, de schémas en « cases » diverses. On trouve une abondance de ces techniques dans la rhétorique du management et dans les pensées de type technocratiques qui sont plus descriptives qu’explicatives.

I - Des catégories courantes aux catégories oubliées.

Les catégories de « peuple » ordinairement usitées dans l’analyse du populisme sont pour l’essentiel : le peuple nation, le peuple démocratique, le peuple ethnique, le peuple minoritaire, le peuple classe. De nombreux acteurs sociaux et politiques font usage du peuple et bien évidemment avec des sens différents. Une même organisation peut d’ailleurs mélanger les usages sans néanmoins se départir d’un usage préférentiel.

Au-delà de ces usages relativement courants, il y a les usages nettement moins abordés sauf par ce que l’on nommait jadis les « tiers-mondistes » et aujourd’hui les acteurs de la solidarité avec le Sud. Quelles sont ces autres catégories de « peuple » qui méritent de ne pas être « laissées à la critique rongeuse des souris » : peuple minoritaire, peuple autochtone, peuple indigène, peuple tribal, peuple colonial, peuple arborigène.

II - Articulations complexes.

Et, cher(e)s ami(e)s, n’oubliez pas ici aussi, le peuple classe en souvenir de la formule qui a sa part de vérité : « il y a du nord au sud et du sud au nord ». Autrement dit chaque pays au nord comme au sud est clivé, quoique différemment, entre une petite classe dominante et le reste du peuple. Pour aller un peu plus loin, on peut avancer que le fait d’appartenir à un peuple colonisé n’efface pas pour autant ce clivage interne surtout au moment de l’indépendance. Il est tout au plus relativement masqué par les nécessités de faire advenir un peuple nation en capacité de gagner son indépendance. Derrière ces considérations pointe une différence entre le peuple (le peuple-classe à mon sens) à qui on s’adresse et le peuple réellement mobilisé. Mobilisé sur quel projet. Sur quelles émancipations ?

Autre chose encore avant le point suivant. Un peuple nation peut se rapporter à plusieurs Etats-nation. Je pense ici aux Rroms et je renvoie à l’ouvrage de Morgan Garo sur les Rroms . Pour elle, les Rroms ne sont pas un peuple ethnique ou une communauté culturelle mais un peuple nation en devenir. Elle évoque les institutions qui se sont formées au sein de l’Union européenne pour la défense et la promotion des Rroms. Y a-t-il alors une élite européenne Rrom dévouée mais néanmoins au-dessus d’un peuple-classe Rrom installé en Europe et subissant un lourd racisme en plus du maintien d’une majorité dans la misère ? Voilà une question que je compte lui poser.

Ce très bref point sur les Rroms montre que les classements peuvent se croiser se combiner et aider à penser tout en étant visiblement lourd d’une longue histoire qui vient les enrichir.

III - L’enrichissement des dernières catégories oubliées

Peuple minoritaire, peuple autochtone, peuple indigène, peuple tribal, peuple colonial, peuple aborigène, etc.

Cet enrichissement procède de la lecture des grands auteurs et acteurs de la décolonisation ainsi que d’une connaissance historique et géographique de la colonisation et de la décolonisation. Mais, de plus, à mon sens, les juristes internationalistes ont aussi leur mot à dire. Nombre de textes juridiques de la période de décolonisation usent probablement - c’est à vérifier - de certaines de ces catégories. Je pense ici aux textes suivants :
- Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux du 14/12/1960,
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
- Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de décembre 1966,
- Déclaration sur les principes de droit international concernant des relations amicales et la coopération entre Etats conformément à la Charte des Nations-Unies du 24/10/1970,
- la Déclaration sur la race et les préjugés raciaux de novembre 1978,
- la Convention de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux de juin 1989,
- etc.

Nous y reviendrons sur le thème antiracisme et anticolonialisme (1).

Christian Delarue

MRAP membre cofondateur d’ATTAC

Lyon 6/7/2012

1) Antiracisme et anticolonialisme : contribution

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article2391


Brèves

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