Onze thèses sur l’intégrisme islamique (en 1981 et 2003) par G Achcar

mardi 15 août 2017
par  Amitié entre les peuples
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Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique
par ACHCAR Gilbert

Première parution dans la revue Quatrième Internationale, III/6, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

https://www.preavis.org/breche-numerique/article1271.html

Extrait qui répond à la question : Un contre-mouvement réactionnaire au plan sociétal (au plan des moeurs), comme le sont les intégrismes religieux, peut-il être progressiste si il lutte au plan anti-impérialiste ou sur d’autres plans ?

Quelle que soit la portée progressiste, nationale et/ou démocratique, objective de certaines des luttes que mènent les divers courants de l’intégrisme islamique, elle ne saurait voiler le fait que leur idéologie et leur programme sont essentiellement, et par définition, réactionnaires. Qu’est-ce, en effet, qu’un programme qui vise à construire un État islamique, calqué sur le modèle de celui du VIIe siècle de l’ère chrétienne, sinon une utopie réactionnaire ?

Qu’est-ce qu’une idéologie qui vise à restaurer un ordre vieux de treize siècles, sinon une idéologie éminemment réactionnaire ? En ce sens, il est aberrant, voire absurde, de qualifier les mouvements intégristes islamiques de bourgeois, quelle que soit la convergence de certaines luttes qu’ils mènent avec tout ou partie de la bourgeoisie de leur pays, tout aussi aberrant que de les qualifier de révolutionnaires quand il leur arrive de s’opposer à cette même bourgeoisie.

Tant par la nature de leur programme et de leur idéologie que par leur composition sociale, et même par l’origine sociale de leurs fondateurs, les mouvements intégristes islamiques sont des mouvements petitsbourgeois. Ils ne cachent pas leur haine tant des représentants du grand capital que des représentants du prolétariat, tant des États impérialistes que des États « communistes ». Ils s’opposent aux deux pôles de la société industrielle qui les menace : la bourgeoisie et le prolétariat. Ils correspondent à cette fraction de la petite bourgeoisie décrite par le Manifeste communiste : « Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. »

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme (...) - La Brèche numérique
https://www.preavis.org/breche-numerique/article1271.html