Note de lecture. « Un troussage de domestique ». R Hamm

dimanche 18 septembre 2011
par  Amitié entre les peuples
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Note de lecture. « Un troussage de domestique ».
de René HAMM

source : Bellaciao le samedi 17 septembre 2011 - 22h58
http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article120464

En lançant, le lundi 16 mai, sur les ondes de France Culture, que le commerce charnel auquel s’était adonné son ami, l’avant-veille, dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan, s’apparenterait à un très banal « troussage de domestique », Jean-François Kahn n’imaginait pas que sa stupide jactance cristalliserait l’essentiel des griefs en riposte aux commentaires, aussi dégoulinants de déférence qu’éhontés, assénés par les lobbyistes strauss-kahniens.

Christine Delphy l’a choisie comme titre de l’opuscule collectif qu’elle a coordonné en y incluant vingt-trois textes rédigés par des militantes féministes dans les semaines qui suivirent le début de l’instruction. La totalité des contributions date d’avant le bouclage de la procédure judiciaire, conclue, le 23 août, par le non-lieu qu’a prononcé le juge Michael Obus en conformité avec la requête du procureur new-yorkais Cyrus Vance Junior (1). Certaines ont fait l’objet d’une publication dans la presse ou sur un portail du web. Aucun article n’émet une opinion tranchée sur l’issue susvisée, mais la tonalité générale ne laisse planer aucun doute sur l’évaluation des incriminations pesant sur l’ancien maire de Sarcelles. Le sujet du livre : le décryptage, la dénonciation, des réactions, symptomatiques, de nos « élites » à la confrontation d’un de ses membres éminents au système judiciaire américain.

La directrice de la collection « Nouvelles questions féministes » auprès de Syllepse insiste sur « la permanence du sexisme, d’une misogynie vivace » au sein de la société française que parcourt même une véritable « haine des femmes », jusque dans « nos contes populaires, nos chansons, notre culture ». La prégnance de ces abjects ressentiments expliquerait-elle la recrudescence des viols dont moins de 3% entraînent la condamnation des auteurs ? Pour elle, « pas de compromis, ni réconciliation entre les victimes » et les individus qui « nient, minimisent, excusent » ce type de crime.

Clémentine Autain, directrice du mensuel « Regards », jauge que « la sidération » suscitée par l’arrestation, le samedi 14 mai dernier, dans l’avion en partance pour la France, d’un maître du monde qui s’apprêtait à rencontrer Angela Merkel, la chancelière allemande, a révélé, sans fard, « notre imaginaire social sur la sexualité et le pouvoir ».

Sabine Lambert, étudiante en sociologie à l’Université de Poitiers, pointe la criante différence d’appréciation entre des faits similaires, forcément avérés, puisque perpétrés par d’affreux barbares sévissant dans des banlieues, et l’incrédulité quant à la simple possibilité qu’un homme de cette stature et d’une telle notoriété ait commis le gravissime forfait qui lui a valu une spectaculaire inculpation.

Sylvie Tissot, maîtresse de conférences en Sciences sociales à l’Université de Strasbourg, s’est penchée sur la manière dont quelques médias avaient traité la furtive relation, en janvier 2008, entre DSK et Piroska Nagy, la responsable du département « Afrique » au FMI, mariée à l’économiste argentin Mario Blejer. La plupart des journaux, revues, chaînes de télévision et radios avaient plutôt avalisé la thèse de « l’imprudence », énoncée par le directeur général de l’organisation, que ses pairs avaient gobée. Pourtant, la Hongroise avait affirmé que son supérieur hiérarchique avait usé de sa position pour l’approcher intimement.

Sophie Courval évoque « la figure de l’épouse idéale, dévouée, modèle, jusqu’à la nausée, de la femme parfaite » ainsi que les dégâts générés par l’ancienne présentatrice de « 7 sur 7″ (TF1) pour la cause féministe. Anne Sinclair voue ostensiblement à son époux un soutien indéfectible. Celle qui ambitionnait d’investir, après le 6 mai 2012, le Palais de l’Elysée, a toujours aimé se profiler comme une icône de « l’émancipation ». Aujourd’hui, à travers les risibles péroraisons de ses fans qui se prosternent devant son « admirable dignité » et son « courage », la richissime héritière passe pour une « Mater Dolorosa », « meurtrie », « dévastée », « prête à se sacrifier ». Jusqu’à quand ?… La journaliste précitée appréhende le duo Strauss-Kahn/Sinclair comme très archétypique du « couple bourgeois » : l’homme assouvirait, surtout par le biais d’aventures extraconjugales, tous ses désirs, alors que sa conjointe, évoluant dans un registre beaucoup plus « émotionnel », accepterait avec mansuétude les incartades adultérines de son partenaire. C’est oublier un peu vite que bien des délaissées souffrent de cet état et n’acceptent pas indéfiniment de se soumettre aux conventions de leur milieu (« surtout pas de scandale » !) lesquelles ont d’ailleurs tendance à s’estomper. Quels secret contentement, « compensations », impriment au visage de l’ex-future dame de France cet éternel sourire qui ressemblerait presque à une irradiation de bonheur ? Ou alors, ne s’agit-il que d’une mimique, pour faire joli dans le…tableau !… A mes yeux, ce duo, à propos duquel je m’interroge quant au substrat qui sédimente son union, se retrouve, par la force des choses (les addictions compulsives du mâle !), condamné à entretenir, en particulier via la presse people ou les apparitions dans le champ des caméras, la fiction, peu plausible, d’un amour aussi vivace « qu’au premier jour » (2).

La traductrice Najate Zouggari, rédactrice au sein du mensuel marseillais « CQFD » (3), fustige le « relativisme moral » des dominants « qui modulent leur compassion et leur sens prétendument universel de la justice en fonction de la classe » ainsi que « de l’appartenance religieuse et raciale des individus impliqués ». Comment taire son écoeurement face à la disproportion abyssale entre les partis pris sans nuances en faveur du « brillant spécialiste de la finance », « incapable de la moindre violence », y compris de la part d’innombrables « journalistes » (? !?), censé(-e)s afficher une stricte neutralité, et les a priori d’emblée soupçonneux envers Nafissatou Diallo, l’employée de l’hôtel dont nul(-le), sous nos latitudes, n’avait jamais entendu parler. Ces discours insidieux, martelés en boucle, légitiment les privilèges, suggérés subliminalement comme intangibles, des nantis. Comment donc, une jeune femme de couleur, immigrée, de condition modeste, illettrée, ose pousser l’outrecuidance à accuser d’un acte si épouvantable un blanc, respectable, fortuné, un des décideurs-phares de la planète dont la pertinence analytique compte sur la scène internationale !… L’historienne Natacha Henry développe « le paternalisme lubrique », un concept de son cru visant un comportement que d’aucuns rattachent, à tort, aux us et coutumes du « French lover » : « l’homme signifiant aux femmes qu’il les tient pour plus bas que soi tout en faisant semblant de leur rendre un galant hommage ».

Un des éventuels dommages collatéraux occasionnés par l’attitude redondante du noceur de la place des Vosges vis-à-vis de celles qui ont eu l’infortune de subir les avances : une certaine dépréciation des « jeux de séduction ». Combien de dames, de jeunes filles, ne verront-elles plus désormais en celui qui leur témoigne son intérêt, déclame sa flamme, qu’un dragueur des plus pervers ou un prédateur uniquement mû par la satisfaction immédiate d’impérieuses pulsions ? Conservant un brin d’optimisme, je partage la revendication de l’essayiste sur « l’extraordinaire modernité de l’égalité des sexes » qui tend à « construire un monde juste », une prétention complètement étrangère à la coterie des zélateur(-trice)s, obligé(-e)s, vassaux(-les) du priape sexagénaire.

Mona Chollet dresse un parallèle entre cette affaire et le cas Polanski. Les preux supporters des célébrités sur la sellette ont diffusé l’idée fallacieuse que le statut social de celles-ci les absoudrait des abominations qu’on leur impute. La collaboratrice du « Monde diplomatique » a raison de noter que Bernard-Henri Lévy a étalé une virulence identique pour disculper l’invité de Claire Chazal, demain, au journal de 20 heures sur TF1, et le réalisateur du « Bal des vampires ». Le « philosophe » (? !?) en treillis estime ainsi tenir avec brio son rang « d’intellectuel engagé », alors que depuis près de trente-sept ans, il enquille impostures, esbroufes, contre-vérités (4) et pratique l’indignation à géométrie incroyablement variable…
Les autres contributions, que je n’ai pas mentionnées ici, méritent également qu’on s’y attarde.

* Editions Syllepse à Paris, juillet 2011, 184 pages, 7 euros.

René HAMM
Bischoffsheim (Bas-Rhin)
Le 17 septembre 2011

(1) Après la divulgation de la brève « période magyare » de son mari, Anne Sinclair avait affirmé cela. Le vulgum pecus, destinataire du message, ignore évidemment l’intensité des sentiments originaires.

(2) L’attorney avait estimé ne pas pouvoir, « au-delà du doute raisonnable », obtenir l’unanimité d’un jury sur la base des accusations initiales. Son revirement repose sur un autre motif, prosaïquement politicien : il briguera en 2013 le renouvellement de son mandat. Ayant essuyé, le 26 mai, un revers retentissant dans une autre affaire de viol (deux policiers en patrouille, Franklin Mata et Kenneth Moreno, auraient abusé, en décembre 2008, d’une jeune femme ivre. Faute d’éléments probants, par exemple, des traces d’ADN, ils ont bénéficié de l’acquittement), il a préféré renoncer à l’instruction d’un dossier trop délicat après qu’il eut consigné des mensonges proférés par Nafissatou Diallo en d’autres occurrences. Qu’il ait ainsi cherché à circonscrire le risque de s’exposer au grief d’acharnement contre le ressortissant français et de dilapidation des fonds publics suffira-t-il à s’agréger les suffrages d’une majorité de concitoyen(-ne)s ? Ainsi, pour jouir de la moindre chance d’obtenir gain de cause devant un tribunal, aux States, une femme ayant subi une agression à caractère sexuel se doit d’exhiber un curriculum vitae sans aucune zone d’ombre. Exige-t-on un comportement irréprochable en toutes circonstances de la part d’un accusé ? Quid de la « moralité » de Dominique Strauss-Kahn, lequel avait d’abord soutenu, en l’espèce, n’avoir pas croisé la femme de chambre, ce samedi-là, puis de l’avoir aperçue en sortant de la salle de bain mais de ne pas l’avoir touchée, avant de concéder un « rapport consenti », bafouillant des contradictions quant au caractère « tarifé » de l’acte ?…

(3) « Ce qu’il faut dire, détruire, développer ».

(4) Cf. mon long texte daté du 1er août 2006, « Bernard-Henri Lévy, satrape cupide et maître à tancer falsificateur », disponible sur plusieurs sites et blogs.


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