Nancy Fraser : Un féminisme du peuple-classe 99%. (lvsl)

vendredi 20 juillet 2018
par  Amitié entre les peuples
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Féminisme du peuple-classe 99%

Nancy Fraser : « tout mouvement d’émancipation doit acquérir une dimension populiste »

Vincent Dain - octobre 13, 2017

Cet entretien, réalisé par Tatiana Llaguno, est issu de la revue espagnole CTXT – Suite aux manifestations convoquées par le mouvement féministe contre l’investiture de Donald Trump, Nancy Fraser, qui enseigne actuellement la philosophie et les sciences politiques à la New School for Social Research de New York, a signé aux côtés d’activistes comme Angela Davis et Rasmea Odeh un appel en faveur d’un “féminisme des 99%”, transnational et anticapitaliste.

Son pari consiste à construire un féminisme de majorités, inclusif, à distance de la cooptation néolibérale. Avec des décennies de travaux académiques derrière elle, Fraser est aujourd’hui l’une des intellectuelles les plus reconnues au sein de la pensée critique.

Défenseure de la stratégie initiée par Bernie Sanders, critique vis-à-vis d’Hilary Clinton et fervente opposante à Donald Trump, elle analyse en détails dans cet entretien la situation politique actuelle. Nancy Fraser se positionne en faveur d’un « populisme de gauche » qu’elle oppose au « néolibéralisme progressiste » et au « populisme réactionnaire ».

CTXT  : Quel bilan tireriez-vous des cent premiers jours de mandat du Président Trump ? Que nous disent ces premiers mois de son projet, de ses limites et des possibles résistances ?

Je dirais qu’il faut signaler deux aspects. D’un côté, la facilité avec laquelle les courants les plus conventionnels du Parti Républicain ont réussi à se remettre sur pied et à désarmer la dimension populiste de sa campagne. Fondamentalement, Donald Trump est en train de faire marche arrière sur plusieurs sujets, comme le TAFTA, qu’il ne prétend plus désormais abandonner, mais renégocier. Il se laisse entraîner vers un agenda de libre-échange et de faibles taux d’imposition. Il n’y a pas la moindre trace quelque peu sérieuse d’éventuels projets d’infrastructure, projets qu’il avait pourtant intégrés à sa campagne en tant que formule de création d’emplois. Il se consacre à faire ses affreux coups médiatiques (comme le veto sur les musulmans, etc.), tout en sachant pertinemment qu’ils seront révoqués par le pouvoir judiciaire. Il semblerait que ce soit là sa façon d’alimenter une base électorale qui, d’un autre côté, se voit trompée par chacune de ses décisions économiques. En effet, si l’on se rafraichit la mémoire, on se rappelle que Donald Trump l’a emporté sur ses 17 rivaux de la primaire républicaine avec un discours adressé aux travailleurs. L’escroquerie n’est peut-être pas surprenante, mais la rapidité à laquelle elle se dévoile l’est davantage.
D’un autre côté, se pose la question de l’opposition, car lorsque Donald Trump fait tous ces gestes dont nous avons parlé, il produit énormément de peur et de colère à la fois. Je crois que l’on peut dire qu’il existe de fait une opposition mobilisée contre Trump et que le pays est plus politisé qu’il ne l’a été depuis des années. Néanmoins, cette opposition est encore naissante, et je dirais qu’elle est ambiguë. La majeure partie de la résistance à Trump, celle qui est la plus puissante, tente probablement de revenir à Obama ou au clintonisme. Cette opposition a l’intention de rétablir le statu quo.
De mon point de vue, cette perspective est réellement insuffisante et même hautement problématique, puisque le statu quo antérieur est ce qui a produit quelqu’un comme Donald Trump. Il y a donc un cercle vicieux : si nous revenons à cela, nous aurons des Trumps en pire. L’autre possibilité, c’est que l’opposition se déplace dans la direction d’un populisme de gauche, comme celui que Bernie Sanders a adopté pendant sa campagne. Dans ce cas, il ne s’agirait pas de restaurer la normalité antérieure à Trump. Je crois que l’opposition tourne autour de ces deux possibilités et qu’il y a eu une ouverture suffisante pour que les voix d’une alternative de gauche se fassent entendre. Malgré tout, il existe une sorte d’inertie dans nos sociétés qui pousse vers ce que j’appelle le « néolibéralisme progressiste ».

CTXT  : Vous avez récemment soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle française, bien que le second tour ait finalement opposé Le Pen et Macron. J’aimerais mettre en relation le cas français avec ce que vous argumentez dans un livre publié récemment, dans lequel vous expliquez que le dilemme entre néolibéralisme progressiste et populisme réactionnaire peut être compris comme un “choix de Hobson”. Pourriez-vous développer un peu plus cette idée ?

Je crois qu’il y a des parallélismes surprenants entre les dernières élections françaises et les présidentielles de 2016 aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, nous avons vécu un apparent effondrement des deux principaux partis, qui s’est traduit par la perte de contrôle du vote des bases par les bureaucraties partisanes. A partir de là, nous avons observé la victoire spectaculaire de Trump, qui sortait presque de nulle part, qui n’avait jamais occupé la moindre fonction élective, sans expérience politique préalable, mais qui a finalement réussi à décimer les candidats choisis arbitrairement par les chefs du parti, qui souhaitaient investir quelqu’un comme Marco Rubio. Trump y est parvenu en articulant un populisme réactionnaire, qui prend la forme d’une combinaison entre le rejet de la financiarisation croissante de l’économie, une défense de l’industrie et de ses travailleurs, une instrumentalisation détestable de la population immigrée, musulmane et latinoaméricaine, ainsi qu’une rhétorique misogyine et raciste.

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http://lvsl.fr/nancy-fraser-tout-mouvement-demancipation-doit-acquerir-une-dimension-populiste


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