Mon intervention et celle de M AOUNIT et B HETIER il y a 10 ans à propos de R REDEKER

dimanche 25 septembre 2016
par  Amitié entre les peuples
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Mon intervention et celle de M AOUNIT et B HETIER il y a 10 ans à propos de R REDEKER

En réponse à une polémique de commentaire, sous un de mes textes « Discrimination textile pro burkini et anti-string dans des parcs aquatiques français »(1 - ouvert aux commentaires), qui tente, à des des fins de critiques malveillantes, d’amalgamer ma position sur celle de M Robert Redeker en 2006, je confirme ceci sur mon honneur : La déclaration du MRAP est bien de mon fait, discutée par feu Mouloud AOUNIT, corrigèe par Bernadette HETIER sur l’expression.

lien : http://ancien.mrap.fr/contre-le-racisme-sous-toutes-ses-formes/declaration-du-ca-du-mrap-du-14-octobre-2006a-propos-de-ab-l2019affaire-robert-redekerbb/?searchterm=redeker

J’avais une position particulière, à l’époque, qui maintenait un droit de critique contre toute religion (la croyance, les textes, leurs interprétations,le dogmatisme, le reflux de la raison, etc), car il y a évidemment matière à critique au sein de chaque religion, et pas seulement la critique de l’intolérance forte des intégristes religieux (qui sont eux pour l’inégalité renforcée hommes-femmes, contre les homosexuels et les lesbiennes, contre les athées et mécréants, pour le sexoséparatisme et l’hypertextile, contre la laïcité, etc), qui concentrent ordinairement le gros de la critique, mais aussi critique de la croyance par exemple. Le droit de critique comprend le droit au blasphème entendu comme procédé humaniste de désacralisation, de rabaissement de ce qui est imposé comme supérieur aux humains .

On trouve donc ce passage dans le communiqué :

Les libertés démocratiques se sont construites depuis plus de deux siècles sur la conquête et la défense des droits humains individuels et des libertés fondamentales, parmi lesquels la liberté d’opinion, d’expression et le droit de libre examen et de libre critique. Dans une société laïque et démocratique il n’existe pas de sujet tabou ; en l’espèce la critique des religions s’inscrit dans le cadre de cette liberté d’opinion et d’expression qui n’a pour limites que celle prévues par les lois sur la presse et en particulier la loi française de 1972 contre le racisme. C’est la raison pour laquelle le MRAP, en son temps, a dénoncé la proposition de loi d’un député UMP visant à ajouter à notre code pénal un délit de blasphème.

Mais ce droit de critique a ses limites car il n’est pas droit de calomnie et diffamation des individus eux-mêmes. A cette occasion le fait de la stigmatisation de tous les croyants par amalgame entre les bons et les mauvais (pour dire les choses simplement) fut repoussé vivement et avec le procédé de généralisation à tous. Ce principe vaut universellement pour les musulmans et pour tous les autres croyants d’une religion. Notamment - me concernant - je ne confondais déjà pas à cette époque les intégristes musulmans des autres musulmans.

D’ou la présence dans le communiqué du mot « binaire » et de ce passage :

"Sous prétexte de critiquer radicalement l’islam, Redeker propose une double vision typiquement raciste :

- d’une par celle essentialiste « du » musulman, qui donc globalise les musulmans en évacuant la diversité des croyants et de leurs pratiques

- d’autre part, celle d’infériorisation - via les « défauts » attribués à l’islam - qui complète nécessairement la racisation précédente des musulmans pour aboutir à une forme avérée de racisme."

Et celui-ci correspond bien à ce que je répète (sauf la phrase sur l’Iran qui n’est pas de moi).

L’engrenage du racisme est désormais en route. C’est un choix délibéré de susciter le racisme que Redeker effectue dans son texte (cf. extrait ci-dessus). Ce faisant, il ignore que de même qu’il existe des christianismes forts divers, qui vont du fondamentalisme des évangélistes à la théologie de la libération, il existe des islams très divers, des plus obscurantistes aux plus ouverts. Quant aux croyants eux-mêmes, l’immense majorité des musulmans de France ne se reconnaitront pas dans l’islam que décrit Redeker, comme un sondage récent vient de le confirmer. De plus, dans les pays où règne une dictature islamiste, comme en Iran , par exemple, des hommes et des femmes musulmans, au courage extrême, résistent aux ravages de cet islam radical dont ils sont les premières victimes. En vérité, Redeker tente de légitimer le racisme antimusulman au lieu de dénoncer le fondamentalisme islamique.

XX

Depuis, hors de mes responsabilités du MRAP et d’ATTAC (ou je suis plus libre), je n’ai fait que préciser mon propos d’antiraciste refusant l’intégrisme religieux, notemment avec le concept de sexoséparatisme, puis de « question textile ». A la suite d’une discussion ou le terme « bâché » avait été employé (par moi notamment) et critiqué par d’autres j’ai parlé ensuite de « mise sous hypertextile », une façon de parler qui dit les choses tout en participant d’une « déstigmatisation » comme le dit un sociologue rennais. Je suis plutôt actuellement dans les recherches sur les mécanismes d’oppression des minorités textiles (hypotextiles surtout : là ou l’hypertextile est autorisé mais pas le string seulement) sur un mode déstigmatisant, ce qui suppose un langage moins imagé.

Dans ATTAC, en lien avec l’antiracisme, j’ai conceptualisé le peuple-classe puis le peuple-classe multicolore et multitextile (en 2015 à Marseille). Le fait d’être moins tenu par des positions de congrès a libéré une certaine inventivité pour appréhender les phénomènes d’oppression ou de domination.

Christian DELARUE

Ce texte (dont il s’agit) est ouvert aux commentaires :

Discrimination textile pro burkini et anti-string dans des parcs aquatiques français. | Le Club de Mediapart

https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/180716/discrimination-textile-pro-burkini-et-anti-string-dans-des-parcs-aquatiques-francais

nb Je persiste à défendre les minorités hypotextiles face à l’hypertextile autorisé puisque l’on peut trouver ici ou là les femmes en hypertextile en piscine là ou le string est lui interdit. Et cela n’a rien à voir avec l’appréciation de Robert Redeker (qui a néanmoins pu voir les faits correctement).