Mobilisation collective du peuple-classe pour une autre démocratie. Christian DELARUE

mercredi 3 juin 2020
par  Amitié entre les peuples
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Mobilisation collective du peuple-classe pour une autre démocratie.

Les citoyens ne sont égaux que formellement, mais pas dans la vie réelle, d’ou l’idée d’aller plus loin que la « démocratie réellement existante » (qui opère une double dépossession selon le document d’orientation 2016 d’ATTAC) trop favorable aux puissants et aux riches pour aller vers une autre démocratie, une alterdémocratie.

D’une certaine manière une fraction de citoyens d’en-haut que le nom soit élite, oligarchie, classe dominante ou tout autre nom indiquant un privilège de classe est tout à la fois dans et hors du peuple . Ces élites politiques et ou économiques sont incluses dans le peuple-nation comme dans le peuple démocratico-légal des citoyens mais pas dans le peuple-classe . Le peuple-classe est par définition en-dessous de ces élites sommairement placées dans le 1% d’en-haut .

Si l’on évoque depuis une dizaine d’année maintenant ce 1% et ces élites, ce n’est pas parce qu’il y a opposition à un savoir scientifique ou autre qui serait dans ce « en-haut » (ce qui est faux non pas qu’il n’y soit pas mais il n’est pas que là) mais parce que ces élites sont surtout au service d’elles-même et secondairement au service d’un bloc social dominant autour de ce 1%. Le souci de l’intérêt général ou celui de la nation peut très bien se conformer à cette politique de classe, à ce « classisme » .

On a pu remarquer (Mediapart) que Macron s’entourait d’un conseil scientifique composé d’experts et de professeurs d’université dont l’orientation économique très largement dominante était de type classique ou néolibérale. On sait aussi tout le poids des lobbies des grandes firmes multinationales (FMN) contre les décideurs politiques. Enfin les médias dominants sont tenus par les exécutifs de ces sociétés trans-nationales (STN).

Aussi n’est-il pas étonnant que régulièrement le peuple se lève. Le peuple-classe - car il s’agit essentiellement de lui- s’est levé en 2011 puis en 2019 au plan mondial mais à d’autres moments encore. Mais pour aller ou ? D’abord remarquons bien qu’il résiste, qu’il se manifeste et qu’il revendique ce qui est déjà çà ! On peut alors se demander : « qui, comment et vers ou emmène-t-on le peuple ? » Car, à l’évidence, si les « avant-gardes » des classes sociales subordonnées sont en crise, les « appareils d’influence idéologique » (PTort) sont eux toujours là, très actif .

Un processus de mobilisation collective - d’empowerment - est une dynamique de renforcement politique du pouvoir du peuple-classe qui donne une plus forte capacité, une plus forte « puissance » d’action au dit peuple qui trouve ainsi moyen « de se lever » pour « autre chose » que ce qu’il subit, pour - possiblement (rien de nécessaire) - constituer un régime démocratique à conquérir contre le 1% ; pour se réapproprier la chose politique !

Reprenons ces trois termes : Peuple-classe, empowerment et alter-démocratie.

1 ) RENFORCEMENT DES POUVOIRS et MISE EN MOUVEMENT des classes populaires

Empowerment correspond à cette idée mais c’est un terme peu usité en langue française . Il mérite discussion pour le sortir de son usage néolibéral . Il signifie activation, d’un pouvoir, d’une force, d’une capacité avec une dimension, implicite ou non, de libération, d’émancipation . La phase d’indignation est transformée en phase de contestation. On passe à « l’ère des soulèvements ».

Il a ordinairement une dimension individuelle qui vise autonomisation et socialisation dans le cadre de l’ordre existant . Mais ce terme signifie aussi politiquement et collectivement, dans le cadre d’une praxis contestataire, un « processus d’élévation de la puissance d’en-bas », des « sans privilège », et ce sens est à signaler de notre point de vue !

L’empowerment est lié à la démocratisation car il s’agit de donner plus de pouvoir à celles et ceux qui en ont peu voire pas du tout. C’est à la fois une question de droit - règle d’autorisation, de possibilité de s’exprimer et d’agir - et une question de fait, qui consiste en la mobilisation de ceux et celles disposant de plus de facilités pour le faire (associations, syndicats divers).

Ce « plus de pouvoir pour en-bas » renvoie ici à la mobilisation collective, sociale et politique, des travailleurs et travailleuses ordinairement soumis.e.s et subordonné.e.s, dans et hors travail (dans l’emploi et dans la consommation - insolvabilité, mal logement, etc), des chômeurs et précaires, des hommes et des femmes (sans sexisme), de toute identité (sans racisme) de toute orientation sexuelle, etc...

Empowerment renvoie aussi à contre-hégémonie puisqu’il s’agit de plus de pouvoir pour le peuple social. Il porte en lui aussi la perspective de libération et mieux d’appropriation de la chose politique et sociale. cf texte de Christian DELARUE et Jean-Michel TOULOUSE (note)

2) LE PEUPLE : Lequel ?

Ce terme, très utilisé, reçoit plusieurs définitions et c’est très problématique lorsque les élus, les dirigeants ne précisent pas. On pense ordinairement au 1) peuple démos ou peuple démocratico-citoyens qui peut viser les citoyens légaux ou les résidents d’un pays, 2) au peuple ethnos ou communauté historico-culturelle (nation dominante ou nation dominée) 3) au peuple social (les sans privilèges hors les élites) . Les deux premiers sont communautaires c’est à dire des « peuples totalité » à la différence d’un peuple social qui est un « peuple fraction » . Un peuple fraction se rapporte aisément à une conception qui suppose un rapport dont le rapport « peuple-élite » est le plus connu.

Le peuple-classe se rapporte lui au « Nous sommes les 99% » et du Mouvement des Indignés ou de 15M (2011) et d’une élaboration théorique personnelle publiée dans la revue Mouvements en juillet 2012 (voire site 1). Mais le terme peuple-classe existait avant.

J’intègre le propos d’un camarade d’ATTAC Démo ici : « Pouvons-nous faire nôtre cette catégorie ? Qui est ce « peuple » qui revient à trois reprises dans sa très courte définition ? Ce triplement du terme en constitue une des difficultés majeures. D’abord en raison de la polysémie du mot « peuple » : peuple « ethnique » défini par des caractères culturels voire biologiques ? Peuple-nation défini par la possession de la nationalité d’un Etat ? Peuple politique défini par la citoyenneté et l’appartenance à un corps politique ? Peuple sociologique : « classes populaires » par opposition aux classes « supérieures » ou « dominantes » ?. Selon que l’on choisit l’une ou l’autre de ces acceptions la définition change totalement de signification. » (cf note BRAIBANT ci-dessous)

Il importe de préciser de quel peuple on parle ! Il faut adjectiver ou compléter le mot peuple pour être précis !

3) DEMOCRATIE - démocratisation - alterdémocratie  :

Le mot dans sa coupure en deux parties signifie « Demos » pour consultation du peuple voire délibération des citoyens et Kratos pour pouvoir d’exécution des élus ou des délégués , intervention réelle. Tout dépend de la conception de la démocratie.

Démocratie est plus entendu ici comme processus donc comme dynamique de démocratisation au sein d’une région, d’une nation, au-delà de ce cadre le cas échéant : continental, mondial (altermondialisation). Il s’agit d’un processus pouvant déboucher sur une alterdémocratie , autre chose que l’existant.

Une alterdémocratie intervient hors des cadres électoraux de la démocratie délégataire car ses citoyens interviennent directement ou indirectement dans les grands choix de production notamment les priorités pour un monde plus social et plus écologique . Par ailleurs, la « démocratie réellement existante » reproduit par divers mécanismes la coupure peuple-élite sous peuple-classe 99% classe dominante bicéphale (les capitalistes et la technocratie).

Démocratie se comprends aussi comme intervention des corps intermédiaires dans diverses instances (comme le fait INDECOSA ). Exemple : Dans la « gourvernance de santé » il y a une place (réduite) pour une démocratie sociale de santé préoccupée des conditions de travail (place des représentants syndicaux) et du sort des patients (défense des usagers - INDECOSA - UNAFAM, etc)

Allons plus loin.

Avec le peuple-classe, assimilé donc au 99% d’en-bas des résidents d’un pays, (le « sans privilège » n’est pas nécessairement le citoyen national), il va s’agir de faire de l’empowerment, un projet et une pratique tout à la fois sociale et démocratique pour une émancipation d’en-bas contre la domination de classe du 1%, classe dominante bicéphale (les propriétaires capitalistes et les élites associées).

L’empowerment relève de la mobilisation collective tout à la fois sociale (mobilisation via des manifestations) et démocratique (via des représentants). L’empowerment n’est alors plus un outil compatible avec le néolibéralisme et l’ordre social dominant. L’idée d’appropriation sociale ou de socialisation comme débouché est aussi pensable comme horizon dans certain contexte..

Le classisme, comme domination de classe, est foncièrement visé puisque c’est la classe dominante bicéphale qui est contestée mais le classisme n’est pas la seule domination, il y en a d’autres . Une pluri-émancipation prend en charge la multiplicité des dominations et en conséquence s’oppose au racisme au sexisme à l’homophobie, aux intégrismes religieux, au mépris de la nature, etc…

Christian DELARUE

L’empowerment, une pratique émancipatrice ? - Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener | Cairn.info
https://www.cairn.info/l-empowerment-une-pratique-emancipatrice—9782707186348.htm

Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe |
dans Mouvements en juillet 2012
http://mouvements.info/classe-dominante-et-oligarchie-contre-peuple-souverain-et-peuple-classe/

puis sur Nouveaux Cahiers du socialisme
https://www.cahiersdusocialisme.org/classe-dominante-et-oligarchie-contre-peuple-souverain-et-peuple-classe/

Contre les politiques pour le 1%, une contre-hégémonie populaire en France. | Le Club de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/031219/contre-les-politiques-pour-le-1-une-contre-hegemonie-populaire-en-france

Citoyens du peuple-classe, s’approprier la chose politique - Empowerment. C Delarue JM Toulouse - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/Citoyens-du-peuple-classe-s-approprier-la-chose-politique-C-Delarue

La démocratie comme agir et comme situation - Les blogs d’Attac
https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/la-democratie-comme-agir-et-comme-situation

SORTIR DU FLOU : Quel Nous ? Quel peuple ? - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/SORTIR-DU-FLOU-Quel-Nous-Quel-peuple


Brèves

9 novembre 2017 - Facebook - Amitié entre les peuples - site

Facebook - Amitié entre les peuples - site
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26 janvier 2016 - Christian DELARUE, des engagements, un parcours militant

Christian DELARUE, des engagements, un parcours militant
http://amitie-entre-les-peuples.org/Christ

12 novembre 2012 -  Peuple-classe - 99%

Peuple-classe - 99%
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