Marx et Arendt et la liberté : Contre la pensée occidentale oublieuse d’autrui dans la construction du moi. A COLL.

dimanche 25 juillet 2010
par  Amitié entre les peuples
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Marx et Arendt et la liberté : Contre la pensée occidentale oublieuse d’autrui dans la construction du moi.

par Annie COLL Professeur de philosophie à Dinan

Le texte qui suit est extrait (p75 et suiv) de l’ouvrage d’ Annie COLL intitulé «  Le très »possible« communisme - Regard croisé sur Marx et Arendt  ». Édition MLD 2010

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Le sentiment de liberté se réduit à la simple possibilité de faire ce qui ne nuit pas à autrui, conformément au contenu de l’article de La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ainsi, l’idée que l’autre est en permanence un obstacle potentiel à ma liberté s’est imposée.

Quel triste sort réservé à cette déclaration que de conserver cette interprétation inepte de la liberté ! Loin de constituer une menace, les autres sont des garants de ma propre liberté, ils la rendent possible et lui donnent son seul sens authentique. A quoi me servirait d’avoir une totale liberté de choix si je vivais sur une île déserte ? N’ai-je pas besoin des autres pour m’aider à être libre ? Qui peut me faire la courte échelle, pour sauter par-dessus un mur ? La conception idéologique d’une liberté réduite à la faculté de choisir fait comme si l’existence des autres représentait d’emblée un obstacle pour la mienne, alors que nous ne pouvons en aucun cas nous passer de l’existence des autres. Nous dépendons, non seulement de ce qu’ils produisent par leur travail, mais aussi des paroles qu’ils nous adressent, sans lesquelles, nous ne seront rien, car chacun se construit nécessairement à travers le regard d’autrui. La liberté authentique est une liberté acquise à travers le dialogue avec les autres, qui permet à chacun d’intervenir, de se faire entendre pour améliorer une situation au sein d’une communauté, que ce soit au niveau du travail ou au niveau d’une assemblée concernant la répartition des droits de chacun.

Cette liberté, Marx l’a placée aussi haut que l’égalité sur l’échelle des valeurs et il a revendiqué leur étroite solidarité. Arendt fait de la liberté l’objet permanent de sa réflexion et même si la question de l’égalité n’est pas directement la sienne, elle note que l’égalité est un préalable à la liberté. « La liberté, au sens positif du terme, n’est possible que parmi les égaux » écrit-elle dans son Essai sur la révolution. Elle écrit à propos de Marx dans le même ouvrage : « Sa contribution la plus explosive et bien sûr la plus originale à la cause de la révolution future fut qu’il interpréta les besoins contraignants de la pauvreté de masse en terme politique, comme un soulèvement non pour le pain ou la richesse, mais pour la liberté tout aussi bien. » Ils se rejoignent en outre, par leur refus de faire de la liberté le seul attribut d’un sujet isolé comme l’admet la tradition. Ni l’un ni l’autre ne considèrent la vie intérieure comme le siège de la liberté, celle-ci n’a pour eux de sens que dans la société. Ils rompent ainsi avec une histoire philosophique qui accorde la suprématie à un sujet, supposé souverain et séparé des autres, dans l’exercice de la délibération... Marx fustige avec allégresse, à la fin de l’Idéologie allemande, en la ridiculisant, la liberté du propriétaire, le seul homme vraiment libre de ses choix dans la société capitaliste.

Arendt revient sur ce problème aussi bien dans son article consacré à la liberté dans La Crise de la culture que plus tard, dans La Condition de l’homme moderne dans le chapitre consacré à l’action. La liberté intérieur par opposition à la liberté politique a été introduite par le christianisme, dit-elle, afin de rendre chacun responsable de soi devant Dieu. Dès que le pouvoir politique est confisqué au peuple - avec la fin de la démocratie et surtout la décadence de l’Empire romain - on se replie sur la vie intérieure, qui devient la seule préoccupation. Et encore, à condition de ne vouloir que ce qui est en notre pouvoir, comme le dit avec force Epictète qu’elle cite sans plus de commentaires. Le silence d’Arendt vaut, bien sûr, désapprobation.

Il n’y a donc de liberté qu’au sein de la pluralité, dit-elle ; au sein de la société dit Marx. La liberté ne se situe pas avant l’action, comme pur pouvoir de réflexion, mais dans l’action qui effectivement réalisée ; elle devient avec eux deux une liberté concrète.

« Exister, c’est être parmi les hommes » rappelle Arendt dans la préface de La Condition de l’homme moderne. Ce leitmotiv de ses livres s’inscrit contre toute une pensée occidentale qui a oubliée l’importance des autres dans la construction du moi.

Tout se passe comme si le sujet pouvait exister sans autrui, comme si l’enfant, par exemple, n’avait besoin que de nourriture pour grandir et non du regard que l’on porte sur lui, comme si les personnes que nous sommes avaient construit leur identité en toute indépendance, en dehors de tout héritage, de toute confrontation.

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nb : La suite du texte porte sur la critique des hommes en société par intérêt.


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