MULTI-APARTENANCE : Les mirages du communautarisme, du nationalisme, du régionalisme et du campisme. CDelarue

lundi 29 novembre 2010
par  Amitié entre les peuples
popularité : 13%

MULTI-APARTENANCE :
Les mirages du communautarisme, du nationalisme, du régionalisme et du campisme.

Dans la motion collective proposée pour le débat de congrès du MRAP à l’initiative de Mouloud Aounit (membre de la présidence collégiale), d’Eliane Bénarrosh et de Catherine Grupper (membres du BE et du CA du MRAP) ainsi que de plusieurs membres du CA du MRAP on trouve un reproche qui porte sur notre absence de position sur « la montée, vraie ou supposée, des communautarismes dans la société française, et l’instrumentalisation de sa dénonciation ».

nb / Cette réponse ne saurait engager totalement la liste que je défends. Il s’agit d’une contribution au débat du MRAP.

* Introduction sur la méthode : discuter de la communauté avant de débattre du communautarisme.

Ces débats ont bien eu lieu au sein du MRAP en 2004 et 2005 et les années suivantes. On pourrait dire que ces débats étaient récurrents. Pour ma part, j’ai participé en 2005 à un débat à l’université d’été d’ATTAC avec Julien Landfried animateur du site Observatoire du communautarisme et Jean-Luc Cipière signataire de l’Appel des Indigènes de la République. Aujourd’hui, ils sont très secondaires dans le MRAP comme dans ATTAC. Cela tient au fait que ce sont certains évènements qui poussent au débat sur ces thèmes. Celui de l’intégration en 2003 et celui sur le voile en 2004 sont je crois des exemples forts. Julien Landfried dit dans une interview par Témoignage chrétien : « Sans aller jusqu’au « communautarisme », c’est déjà le terme « communauté » qui pose problème. D’abord parce que les communautés, ça n’existe pas. Montrez-m’en une ! » A une exception près voire deux, je suis d’accord avec J Landfried.

I - DU DEBAT SUR LES COMMUNAUTES...

A - Des communautés existantes.

1) Existe-t-il une communauté humaine ? Pas encore !

Le sentiment d’appartenance à la communauté humaine s’élève mais demeure encore très minoritaire. Il se peut que les choses changent si les peuples sont sollicités pour émettre un avis sur la gouvernance mondiale. Pour l’heure l’humanite-classe subie les politique du G20 et surtout, derrière lui, du G8 la véritable force politique de l’hégémonie de l’impérialisme occidental. Parfois la communauté humaine mondiale apparait. On a pu voir - par les télévisions - l’immense manifestation mondiale du 15 février 2003 contre la guerre en Irak qui peut se comprendre comme une forme naissante de conscience humaine et pacifiste. Le souci écologique peut aussi donner lieu à une telle perspective politique.
Altermondialisme : Face à la dictature des marchés financiers défendre l’humanité-classe. C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1062

2) L’Etat est le principal créateur de « communauté nationale » (*).

Il n’y a que l’Etat acteur international reconnu par le droit international qui soit en capacité de créer officiellement une « communauté nationale » et qui de ce fait donne une carte d’identité nationale à ses ressortissants. Cette façon de constituer la « communauté nationale » est toujours contestable et d’ailleurs contestée soit pour la refermer, versus droite identitaire, soit pour l’ouvrir vers plus de citoyenneté, notamment vers la citoyenneté de résidence, ce qui constituerait un débordement de la notion classique de « communauté nationale ». On aurait un peuple-démos ouvert éloigné d’un peuple ethnos replié sur son passé.

Outre l’aspect démocratique, il faut souligner le rôle positif de ce que l’on nomme « l’Etat social » qui forge un peuple bénéficiaire de services publics nationaux et d’une Sécurité sociale nationale. La crise tend à détruire le regime social des Etats, ce qui incite à des recherches de boucs émissaires tant qu’une perspective sociale conséquente ne vient pas repousser le retour des monstres fascisants.

3) Hors de l’Etat il existe des minorités culturelles plus ou moins fortes.

Le Mrap n’use pas du terme minorité mais il existe des cultures minoritaires ayant soit une base linguistique soit une base religieuse et un substrat culturel plus ou moins prégnant selon la durée et la force de la puissance dominante. Peux-t-on parler de « communautarisme régional » pour les partis politiques locaux ou les associations qui réclament des droits spécifiques en matière d’enseignement des langues, de panneaux bilingues sur les routes, etc. ? Parfois, pas toujours. Tout dépend du degré de résistance à la domination et du degré d’adhésion des peuples minorisés aux organisations de promotion de l’identité oppressée. La référence à une culture commune peut être instrumentalisée notamment en figeant une essence culturelle pour cacher des rapports sociaux antagoniques et des oppressions de rapports de genre.

Les luttes de libération des minorités nationales. C Delarue
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1153

4) A l’échelle des continents

A ce niveau émerge une appartenance européenne ou sud-américaine. Mais faute d’institutions réellement démocratiques cet échelon territorial ne donne pas lieu à formation d’une communauté réunie par des dynamiques communes au-delà des différences historiques nationales. A noter pour le MRAP l’existence d’une identité romm qui est quasi européenne.

B - Passage problématique de la communauté au communautarisme.

Communautarisme, nationalisme, régionalisme et campisme forment les principales modalités idéologico-culturelles qui participent à créer des groupes soit-disant unis malgré la diversité de leur composition interne. Dire que l’idéologie est le ciment principal ne signifie pas l’absence de base matérielles mais ces dernières sont alors survalorisées pour effacer les fortes différences. Le recours à une culture commune sert aussi à faire perdurer comme communauté soudée des groupes humains qui ont cessés de l’être. La culture n’est pas nécessairement morte, on le voit dans certaines régions de France, mais elle n’a plus la force de ciment qu’elle avait jadis. On pourrait dire alors ici que le communautarisme est une façon de faire vivre une communauté affaiblie. Ce serait en quelque sorte le nationalisme des dominés.

1) Peuple-ethnos ou le « communautarisme national » !

Il peut y avoir un communautarisme national et non plus une simple communauté nationale lorsqu’est mis en avant la référence pour la nation à un peuple ethnos venu du fond des âges qui viendrait percuter le discours démocratique-républicain conçu à tort comme réservé à la sphère publique, comme si le fait démocratique n’irriguait pas la société civile. Il est vrai que le recours contemporain à un peuple démos faisant appel à un peuple citoyen et laïque éloigne le danger communautariste mais celui-ci peut subsister néanmoins sous diverses formes. On a vu qu’en novembre 2009, que le thème de l’identité nationale pouvait servir à « communautariser » une nation sur une pseudo identité afin de généraliser une xénophobie d’ Etat. Le MRAP s’est exprimé sur ce point ainsi que quelques comités locaux.

2) Campisme.

Le campisme quant à lui présuppose un monde artificiellement coupé en deux entre Orient et Occident. L’Orient forme une vaste communauté transnationale sur la base de l’islam. La religion (islam) recoupe la communauté (Islam- Oumma). Face à cette vaste communauté musulmane l’Occident oppose ses valeurs qui sont le libéralisme, la démocratie et le marché. Les deux camps sont bien séparés comme jadis l’Est et l’Ouest. Pour les campistes des deux bords, il s’agit de défendre son camp en ignorant en quelques sorte les « traitres ». Car de nombreux occidentaux défendent les pays du sud dominés de multiples façon par les pays du nord. Par contre on trouve au sud des classes dirigeantes qui émargent à la mondialisation et qui ont des intérêts communs avec les bourgeoisies du nord. Dans cette solidarité, l’optique « campiste » exigera des pro-sud un soutien acritique comme si tous les ennemis de mon ennemi étaient mon ami.

Il faut noter que si en théorie on peut critiquer telle ou telle lutte de libération nationale comme, par exemple, n’étant majoritairement portée par des forces populaires mais par des élites séparées et isolées prêtes aux compromis ou, autre exemple, comme étant dirigée par des obscurantistes porteur d’une idéologie sexiste et patriarcale ; dans la réalité il convient néanmoins de choisir son camps. On ne saurait regarder passer l’offensive des dominants - l’Occident - sans réagir de façon solidaire. Ce qui ne signifie pas accord sur ce que font les directions dont se sont dotés les peuples opprimés, y compris si ce choix s’est fait de façon relativement démocratique.

II - ... A CELUI SUR LE COMMUNAUTARISME.

Je ne reprends pas le dossier de la critique du communautarisme. Il est complexe. Je pointe juste trois critiques et un refus.

A - Trois critiques du communautarisme.

a) Le communautarisme ignore la réalité des vies individuelles.

Il ignore surtout la multi-appartenance des individus et l’arrangement que fait chaque individu pour appartenir à des cercles différents qui sont côte à côte ou même qui se chevauchent. Une même personne peut appartenir objectivement et subjectivement à plusieurs communautés sans en survaloriser une en particulier ou en opérant une certaine hiérarchie mais qui lui est propre. A l’inverse, les radicaux de chaque communauté supportent mal cette mise à plat. Le communautarisme implique la supériorité d’une communauté de référence sur les autres. Les autres communautés d’appartenance ne sont pas niées mais elles sont conçues comme inférieures.

Pour un nationaliste, forme de communautarisme, celui qui vient d’ailleurs doit oublier son appartenance antérieure pour n’appartenir qu’à la nation. Pour le communautariste religieux, la communauté de la dite religion est supérieure aux autres communautés qui ne sont que des cadres de vie matérielle sans importance particulière.

b) Le communautarisme ignore les fossés internes de la présupposée communauté.

Le communautarisme consiste a concevoir un groupe humain comme uni dans sa diversité sur une vision du monde partagée. Cette vision peut très bien avoir une base réelle. Une certaine communauté peut exister mais sans être un absolu. Par exemple, le monde musulman est très divers et même d’une très très grande diversité car il y a des musulmans partout sur la planète, sur chaque continent et même dans quasiment chaque Etat (1). Malgré leur diversité ces musulmans partagent des rites, des pratiques et des croyance qui font qu’il existe une communauté musulmane mondial. On pourrait en dire autant, avec des particularités à souligner, des juifs de par le monde. Mais on ne saurait aller trop loin dans cette constitution en groupe aussi vaste.

c) Le communautarisme fait le jeu des minorités radicales et in fine du racisme.

Faut-il avoir peur des communautés et de leurs revendications ? Se sont demandés certains (2) . Mais y a-t-il véritablement communauté ? Ne s’agit-il pas d’un construit évènementiel et très circonscrit ? Il ne faudrait pas prendre le discours des groupes institués pour celui d’une communauté. Le communautarisme est une tactique ou une stratégie d’élargissement du groupe de référence par voilage de l’importance des désaccords idéologiques. Ainsi on a pu remarquer que l’affaire du voile islamique de 2003 - 2004 a donné lieu a constitution d’une communauté revendicative et élargie sous l’initiative de l’UOIF. Autrement dit un certain nombre d’acteurs sociaux ont essayé à cette occasion de forger une communauté arabo-musulmane en France. Certains n’ont fait que participer, parfois de façon inconsciente. En fait, à suivre Julien Landfried (3) ce serait plutôt le CRIF (pour les juifs) et non l’UOIF qui serait le modèle de « l’entrepreneur communautaire ».

Si le communautarisme religieux est cette entreprise de mise en communauté des radicaux avec les croyants ordinaire alors le risque est grand de mettre les exactions et revendications des radicaux au compte de l’ensemble de la communauté. C’est alors toute la communauté qui est stigmatisée et rejetée. Cet amalgame entre les quelques loups et les brebis favorise l’implantation du racisme. L’islamogauchisme correspond à cette volonté de cacher l’islamiste radical au sein d’une pseudo communauté unie des musulmans. Il est dangereux et injuste de faire porter la réprobation sociale contre les islamistes radicaux de moeurs (sexoséparatisme strict) ou en politique (refus de la démocratie ou de la laicité) à l’ensemble des musulmans qui ne sont pas sur la défense de ses thèses.

B - Pour un refus de tous les communautarismes.

Le refus du communautarisme consiste à dire que dans chaque communauté présupposée existe des individus qui refusent le cadre commun. C’est autre chose que de dire qu’il y a des conflits nécessaire. Lire ici Albano Cordeiro (4) .Ainsi des juifs affirment être anti-sioniste et combattent aux côtés des palestiniens alors que d’autres partagent pleinement la logique coloniale propre au sionisme. Le juif sioniste qui a écrasé Rachel Corrie n’a rien d’un juif pacifiste et humaniste et n’appartient pas à la même communauté qu’un Bensaid, Morin, Sallenave, Warschawski, Stambul et j’en passe. Quoi de commun entre un musulman qui adopte le mode de vie occidental tout en restant musulman et celui qui adopte la radicalité culturelle ou politique qui l’amène à mettre ses femmes sous burqa pour la version culturelle ou à refuser la démocratie ou la laïcité pour la version politique.

Concernant les chrétiens voici ce qu’écrivent des croyants du NPA (5) : Qu’y a-t-il de commun entre la religion d’un peuple amazonien et le catholicisme de la grande bourgeoisie française ? Entre le protestantisme de Jean-Marie Tjibaou et celui du télévangéliste de l’ultra-droite américaine Pat Robertson ? La théologie, matière vivante en débat permanent, n’est pas moins diversifiée – pour le meilleur comme pour le pire. Une observation objective oblige à admettre que toutes les positions politiques se retrouvent chez les croyants du monde entier, que les lignes de fractures, et donc les alliances possible ou impensables, ne passent pas entre croyants et non-croyants mais tout autant au sein des croyants que des non-croyants.

Christian Delarue
Contribution personnelle d’un membre de la liste unique « Hétier, Le Mignot, Dulieu, Fratorini »

Julien Landfried
http://www.communautarisme.net/Entretien-de-Julien-Landfried-avec-Temoignage-chretien-Une-inflation-de-revendications_a635.html

1) Islam : Un Coran, mille et un courants
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1382

2) Un colloque tenu à Sciences po se proposait d’éclaircir la notion de communautarisme. Un article à son sujet s’ouvre par cette question :
http://scienceshumaines.com/communautarisme-une-notion-equivoque-catherine-halpern_fr_3959.html

3) Dailymotion - Définition du communautarisme juif par Julien Landfried
http://www.dailymotion.com/video/x9dx5t_definition-du-communautarisme-juif_news

4) Le communautarisme est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais - A Cordeiro
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article25

5) Croyants et anticapitalistes : t’y crois toi ?
http://www.contretemps.eu/interventions/croyants-anticapitalistes-ty-crois-toi

*) Contre le sarkozysme, ouvrir le périmètre de l’Etat-nation.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1309


Brèves

8 janvier 2017 - Ni kippa, ni voile, ni autre signe religieux ostensible à l’Assemblée Nationale

Ni kippa, ni voile, ni autre signe religieux ostensible à l’Assemblée Nationale