MRAP : A Mesdames et Messieurs les candidates et candidats aux élections présidentielle et législative

jeudi 16 mars 2017
par  Amitié entre les peuples
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A Mesdames et Messieurs les candidates et candidats aux élections présidentielle et législative

Le MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples est particulièrement soucieux des débats et des enjeux de ces élections qui prennent un relief particulier après une année 2016 lourde d’inquiétudes pour l’avenir de nos sociétés. C’est pourquoi il a décidé de s’adresser aux candidates et aux candidats, en exposant ses préoccupations et en attendant une réponse de votre part.

I. Contre le racisme

La Commission nationale consultative des droits de l’homme, le Défenseur des droits, les associa- tions antiracistes (MRAP, LDH, LICRA, SOS-racisme...) soulignent la gravité de la situation.
Alors que les porteurs idéologiques du racisme et de la xénophobie ont le vent en poupe, que les scores électoraux du Front national constituent un danger pour la démocratie, il est essentiel et ur- gent d’agir contre l’offensive idéologique qui rend aujourd’hui « acceptables » des opinions hier unanimement condamnées, de refuser toute instrumentalisation de la laïcité, transformée en un discours identitaire.

1) L’éducation contre le racisme
La lutte contre le racisme passe aussi par l’éducation sous toutes ses formes. Le MRAP y est pleinement engagé. En effet, il faut faire reculer l’incompréhension, l’ignorance, la peur de l’autre grâce au développement des échanges mutuels au quotidien. Mettre le racisme hors-jeu est une lutte universelle et durable.
Le devoir de mémoire est pour le MRAP une question essentielle : se souvenir du passé pour agir efficacement au présent alors que certains s’efforcent régulièrement de manipuler l’histoire.

2) Les actions juridiques
Les actions juridiques sont nécessaires à la défense des victimes et à la condamnation des porteurs de haine. Mais aujourd’hui face au développement d’Internet et des pratiques des réseaux sociaux la loi Pleven de 1972 a montré ses limites.
Il est impératif d’en faire un bilan et de procéder aux évolutions législatives nécessaires.

3) Des discriminations
Des citoyens français, dont les familles portent la mémoire de la colonisation, se voient contrôlés, toujours suspectés d’un manque de loyauté envers la France. Souvent relégués dans des quartiers oubliés des politiques publiques ils sont doublement discriminés.
Les discriminations liées à l’origine supposée pèsent lourdement sur leur accès à l’emploi.
Il est urgent d’engager notamment dans ces quartiers une politique cohérente et coordonnée pour l’emploi et pour y réintroduire des services publics de proximité et de qualité. Les rapports entre la police et les populations doivent y être totalement renouvelés par la réinstallation d’une police de proximité, la mise en place immédiate du récépissé de contrôle d’identité.
Des préjugés institutionnalisés, à l’égard des Roms, citoyens européens, sont à l’origine de viola- tions de leurs droits fondamentaux et tendant à les rendre responsables de l’échec d’initiatives d’intégration. Les expressions plus ponctuelles mais très réelles d’autres formes de racisme perdu- rent ou se sont renforcées (racisme anti-asiatique, négrophobie...).
Le droit de vote doit être accordé à tous les étrangers extracommunautaires. 4)

4) Les migrants
L’immigration mal perçue et souvent manipulée est un facteur important de xénophobie et de ra- cisme. Fuyant la guerre ou la misère, des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants sont venus chercher refuge en Europe. Des milliers sont morts en Méditerranée. Des peurs, des rejets, la crainte ressassée de l’« invasion », du « grand renouvellement » ont tourné en boucle dans l’espace pu- blic... La tentative européenne de mettre en place des quotas a échoué en un « plan de relocalisation » nullement à la hauteur des enjeux.
Il est urgent que des mesures soient prises pour organiser un accueil des migrants à la hauteur de leurs besoins réels.
Les « étrangers en situation irrégulière » vivent dans l’angoisse et restent dans une situation précaire vis-à-vis du travail, de la santé, de la scolarisation alors même qu’ils paient impôts, cotisations so- ciales, loyers... La régularisation de tous les sans-papiers, est une exigence politique et humaine qui leur permettrait de participer pleinement à la vie sociale et économique du pays.

II. Pour l’amitié entre les peuples

1) Sortir des situations coloniales
- La Palestine :
La paix au Moyen Orient exige le règlement de la question palestinienne dans le respect du droit international (création d’un État palestinien dans les frontières de 1967, à côté de l’Etat israélien, avec Jérusalem-Est comme capitale). Or, Donald Trump a manifesté sa totale adhésion au projet colonial israélien, ce qui laisse craindre le pire.
De nombreux pays ont reconnu l’Etat de Palestine ; en France, l’Assemblée Nationale et le Sénat ont voté sa reconnaissance. Nous attendons ce geste capital de la part du futur Président élu. La France doit se prononcer pour la suspension de l’accord Israël-UE tant qu’Israël poursuit sa poli- tique de colonisation.
- Le Sahara Occidental
Nous demandons l’organisation du référendum d’autodétermination prévu par le plan de paix de l’ONU depuis 1991, permettant aux Sahraouis d’exercer leur droit comme le stipule la Charte des Nations Unies ; la France doit cesser de s’opposer à doter la MINURSO d’une mission de sur- veillance des droits de l’homme. Dans le cadre des importations de produits agricoles et de pêche, la France doit faire respecter la décision de la Cour de Justice Européenne qui exclue de l’accord Ma- roc/UE, les produits issus du territoire non autonome du Sahara occidental.

2) la Syrie
La solution à la tragédie syrienne ne peut être que politique et diplomatique, négociée avec l’ensemble des parties et sous l’égide des Nations Unies en conformité avec la Charte des Nations Unies et le droit international.
Nous attendons du gouvernement français qu’il joue un rôle positif pour rendre au peuple syrien la maîtrise des décisions, et permettre l’organisation d’une transition démocratique respectant les diffé- rentes composantes de la société syrienne. Les responsables des massacres doivent être jugés pour crimes de guerre, voir crimes contre l’humanité.
Par ailleurs, les armes vendues par la France (aux Émirats arabes unis, au Qatar, à l’Arabie saoudite) sont employées dans la guerre au Yémen. Étant un des principaux exportateur d’armes dans cette région du monde, notre pays porte donc une grosse responsabilité. Nous attendons du gouverne- ment français qu’il cesse d’autoriser ces ventes d’armes.

3) la Turquie
La dérive fasciste d’Erdogan frappe toutes les composantes de la société : élus, intellectuels, journa- listes, enseignants, femmes... La France doit cesser d’entretenir des relations privilégiés avec la Turquie et notamment dénoncer l’accord signé entre Erdogan et le gouvernement français .
La question kurde : Depuis juillet 2015, les forces armées de l’Etat turc mènent une guerre contre le peuple kurde qui a ravagé nombre de villes. Des milliers de personnes ont été massacrées. Plus de 500 000 personnes ont été déplacées. Les élus, maires, députés dont Selahattin Demirtaş co- président du HDP ont été arrêtés. Il ne peut y avoir pour la question kurde qu’une solution poli- tique. La France doit intervenir dans ce sens et retirer le PKK de la liste des organisations terro- ristes.

4) l’Afrique
Depuis les années d’indépendance, la France a conduit une soixantaine d’interventions militaires dans vingt-trois pays d’Afrique, sans garantir une quelconque stabilité. La prédation du continent africain se poursuit avec la participation de multinationales françaises au préjudice du développe- ment économique et industriel des pays, maintenant les populations dans une extrême pauvreté.
De telles pratiques de spoliation du produit des richesses naturelles, d’entretien de conflits armés et le soutien aux dictatures, ont pour conséquence l’appauvrissement des populations et des migrations internes et externes au continent qui fragilisent les sociétés africaines, aujourd’hui comme hier.
Nous demandons que soit mis fin à cette politique de la « Françafrique » et que soit mis en place une coopération d’intérêts réciproques. Nous demandons à ce que ces pays puissent, s’ils le désirent, s’affranchir du « Franc CFA », monnaie contrôlée par le France.

5) la Paix et l’OTAN
Les interventions militaires avec ou sans l’aval du Conseil de Sécurité ont conduit à des catastrophes humanitaires et politiques : Afghanistan, Irak, Lybie.... Nous attendons du futur gouvernement fran- çais qu’il accorde une priorité absolue aux solutions politiques pour résoudre les problèmes dra- matiques de notre planète.
Les armes nucléaires toujours plus puissantes font peser sur la planète la menace d’un conflit nu- cléaire qui pourrait conduire l’humanité à sa disparition. Nous demandons que la France participe aux travaux programmés de mars à juillet 2017 à l’ONU pour élaborer un traité d’interdiction des armes nucléaires en vue de leur élimination
Le strict respect du droit international et des principes de la Charte des Nations Unies basés sur la prévention et la résolution politique des conflits ne peut que conduire à demander la dissolution de l’Otan et dans un premier temps, le retrait de la France de cette organisation militaire qui n’a résolu aucun problème mais les a aggravés tous.

III Un soutien nécessaire

Engagé dans la lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination le MRAP a besoin d’être soutenu pour le rôle essentiel qu’il tient dans le maintien et la promotion du vivre ensemble républicain.
Ce besoin est aussi financier dans une période où la pression budgétaire sur les associations se fait de plus en forte, au point de mettre en cause le fonctionnement et la pérennité de certaines d’entre elles. Cette reconnaissance est en particulier nécessaire à toutes celles qui assument un rôle national et la coordination de réseaux présents sur tout le territoire. Mais surtout, nous souhaitons vivement que pendant la campagne électorale vous puissiez exprimer dans l’espace public vos préoccupations, vos réactions et vos engagements sur les différents points que nous avons abordés ici.

La co-présidence du MRAP,
Renée Le Mignot, Augustin Grosdoy et Jean-Claude Dulieu