Lieux de culte pour tous et fin du grandiose pour tous - C Delarue

mardi 7 octobre 2008
par  Amitié entre les peuples
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Lieux de culte pour tous les croyants et fin du bâti grandiose pour toutes les religions

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L’affaire du rassemblement (contrarié) anti-islamisation et anti-mosquées de Cologne le 20 septembre 2008 permet ou devrait permettre de mettre à jour une injustice. Il n’y a pas assez de lieux de prières en Europe pour les musulmans.

Vouloir trouver une solution à une inégalité de situation par des facilitations politiques ce n’est pas faire du communautarisme. En tout cas pas plus que se taire sur la présence exorbitante et massive des églises et cathédrales en Europe. Mais il est plus facile d’ignorer que nous vivons dans une Europe des cathédrales et supermarchés, y compris pour les athées, car cela constitue le paysage commun de nos vies.

Faut-il avoir peur des musulmans en Europe ?
http://www.amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article406

Que valent les arguments contre la construction de lieux de prière pour les musulmans.

Je reprends ici certaines « perles » relevées par Marc Cohen (1) :

1 - Admission de la prière mais sous réserve.

- *Il faudrait d’abord chercher la réciprocité (entre les continents et les civilisations).* Ce à quoi on pourrais rétorquer qu’il faut bien qu’un religion montre l’exemple. Mais à vrai dire je me sens pas concerné par cet argument. Eglise ou mosquée, tout çà c’est du religieux ostentatoire ! Pas pour Mgr Mixa, l’évêque d’Augsbourg, qui s’est posé la question des édifices religieux en termes de réciprocité : ?Dans les pays et cultures majoritairement musulmans, a-t-il rappelé, les chrétiens n’ont à ce jour quasiment pas le droit d’exister. En Allemagne, on serait en droit de dire aux musulmans, en toute amitié : il n’y a pas lieu d’avoir de grandes mosquées, d’aspect ostentatoire, avec de hauts minarets, car il devrait suffire pour les musulmans dans un pays de tradition et de culture chrétienne d’avoir des lieux de prière modestes.?

- Il faudrait pour l’islam des lieux de prière modeste dans l’Europe chrétienne ! *Tel est la concession du prélat. En somme, il veut maintenir les camps, les zones d’influence historique acquise . Ne faut-il pas au contraire en finir avec ces présupposés . N’est-ce pas la « lutte des civilisations religieuses » qu’il faut remettre en place. Car les une ou les autres ne pensent qu’à accroitre leur emprise sur les territoires comme sur les conciences . Autant j’estime qu’il faut des lieux de prière pour tous, musulmans compris, autant je pense que le temps des grandes constructions ostentatoires à sonner pour toutes les religions. La pollution de l’espace public par l’ostentatoire religieux est le fait de toutes les religions. C’est toutes les religions qui doivent envisager la modestie urbaine, ce qui, au passage, devrait convenir à leurs préceptes. Je remercie le sieur Mixa de permettre enfin cette clarification : çà suffit le grandiose et l’impérialisme urbain religieux ; modestie dans toutes les constructions religieuses.

2 - Réserve par dénonciation de la nature de la prière islamique et de la mosquée : il s’agit en fait d’un meeting politique !

La sociologue allemande d’origine turque Necla Kelek qui, le 5 juin 2007, se montrait pour le moins réservée sur le projet dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung : Pour les musulmans, les mosquées ne sont pas des lieux sacrés comme les églises ou les synagogues, mais des bâtiments multifonctions. L’islam ne se perçoit pas seulement comme une vision spirituelle du monde. La vie quotidienne, la politique et la foi, sont perçues comme un tout indissociable. Ainsi, de nombreuses associations musulmanes en Allemagne jouent le rôle d’un parti religieux et représentent des intérêts politiques. C’est pourquoi la construction de la mosquée n’est pas une question de liberté de culte, mais une question politique.?

L’argument est sans doute plus pertinent que le précédent. L’islamisme radical trouve dans les mosquées le moyen de se développer. La sociologue citée le sait bien . Reste que combattre la racine de l’islamisme radical ne consiste pas à éradiquer les mosquées ; c’est même la meilleure façon de reproduire les ayatollahs ! En fait, il faudrait des recherches et analyses sérieuse sur le sujet ! A défaut, il convient de se garder de préjugés . Dès lors, à défaut de certitudes on ne peut qu’émettre des réserves mais pas des interdits. Contre l’islamisme radical il faut promouvoir une politique sociale anti-crise qui ne cède pas sur les droits des femmes et la laïcité.

Reste l’aspect laïcité : Se pose la question des fonds qui paient les lieux de prière. Les contribuables n’ont pas en principe à participer à ce genre de dépense, somputaires ou non. Dans le cas contraire on verrait des athées payer la pierre des édifices religieux : L’exception au principe est envisageable : elle serait l’invocation d’un intérêt général à le faire ; ce qui n’est pas évident. Intérêt général, mais pas comunautarisme. En effet, il importe aussi à veiller à ne pas déclencher une dynamique de revendications identitaires qui risquent de déboucher sur des solutions communautaristes. L’existant n’est pas satisfaisant mais les voies pour agir dans le cadre républicain fondé sur la seule reconnaissance et la valorisation du citoyen sont limitées. On sait en effet que la dynamique d’intégration républicaine n’oblige nullement l’abandon des particularismes culturels ou religieux contrairement à ce qui est dit parfois mais incite à les cultiver en privé .

Christian Delarue

1) Nous sommes tous des musulmans allemands Marc Cohen
A Cologne comme ailleurs, faut-il avoir peur de l’islamophobie ?

http://www.causeur.fr/

Plus tard la notion d’équilibration viendra se positionner entre les extrêmes du tout ou rien. Cf. Equilibration contre emprise : Pour des minarets et clochers discrets.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article942