Libération du corps (III). C Delarue

samedi 2 mars 2013
par  Amitié entre les peuples
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Libération du corps (III).

Fait suite à deux autres textes de Christian Delarue :

I - Le destin de la pulsion

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article3228

II - Pro-sexe d’émancipation : pour soi avec autrui.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article3229

XX

S’il n’y a pas séparation du corps et de l’esprit, alors ce qui est à vivre c’est une libération totale des contraintes sociales. Mais toute contrainte sociale n’est pas mauvaise.

La liberté suppose nécessairement des règles qui déterminent ce qui est interdit pour bien vivre, le principe étant la liberté. D’autres considérations interviennent - comme le souci d’égalité de fraternité, de laicité - pour la promotion du vivre ensemble.

Ces considérations générales étant posées, il importe, pour notre propos sur le corps, de voir que le corps enregistre des contraintes sociales. Il n’est pas un simple instrument à mettre simplement au service d’une volonté. Cela rend complexe la question de la libération. Car la libération se pose néanmoins comme perspective et action.

XX

Deux types de comportements humains ont suscité des débats : d’abord l’apparition du nudisme de masse à partir des années 70, puis le voile islamique au XXI ème siècle.

Le nudisme n’a que peu à voir avec « une régression au stade animal » C’est bien au contraire une activité civilisée car la liberté y est mesurée . On n’ y fait pas n’importe quoi.

Chacun devrait pouvoir, dans une société libre, se voiler ou se mettre nu ou demi-nu comme bon lui semble. Mais le voilage ne répond pas aux mêmes motifs culturels que le nudisme.

Le nudisme est une pratique qui s’est diffusée avec la libération de la honte construite par des moeurs autoritaires contre le(s) corps par les dictatures du sud de l’Europe (Portugal de Salazar, Espagne de Franco, Grèce des Colonnels, etc...) avant d’être acceptée après Mai 68.

C’est un peu le contraire pour le voile des musulmanes qui est, pour partie, une réaction aux moeurs trop libérées des occidentaux. A mon sens, c’est plus les excès de la publicité que le nudisme qui est visé. Néanmoins, la stigmatisation des femmes « sexy » est une constante forte depuis dix de la part des secteurs pro-voile. C’est évidemment contre-éducatif.

Chacun devrait pouvoir, dans une société libre, se voiler ou se mettre nu comme bon lui semble. Ce relativisme culturel n’existe quasiment pas.

A San Francisco le nu en ville a été autorisé. Il a été interdit. En France, le voile intégral a été interdit. Cela engage une conception de l’humain. Comme je l’ai déjà dit il est plus humain d’être nu - car le nu « animal » d’un humain n’existe pas - mais il est moins humain, ou alors trop humain façon barbarie, d’enfermer intégralement sous voile les femmes.

1 - De N Elias à JC Kaufman : le processus de civilisation.

Pour N Elias, comme pour Mauss quoique différemment, le processus de civilisation aboutit à une intériorisation des contraintes, intériorisation qui bride les pulsions et l’agressivité. Mais Elias dit lui plus que cela. Il a pensé aussi que ce processus de civilisation devait aussi développer des normes de gênes et de pudeur. Il a donc été surpris par la levée des tabous et même des carcans.

Mais il ne s’est pas trompé sur tout . La levée des tabous ne signifie pas abandon de toute (auto)discipline sur le corps. La montée du nudisme ou du sein nu ou du string est tout sauf un retour à l’animalité. Le contrôle civilisationnel perdure.

JC Kaufmann a montré que les pratiques apparemment les plus libérées des contraintes - comme les seins nus sur la plage - ne correspondaient pas au « corps nature » de l’animal mais bien à un corps préparé, civilisé, ne serait-ce que du point de vue de l’hygiène et ou de la bienséance. Sans parler des autres contraintes anticipées.

Pour Goffman le soi n’existe pas en dehors de sa présentation. Il insiste sur l’importance de l’apparence.

2 - Bourdieu et l’habitus de classe.

On ne se met pas nu pareillement selon sa classe sociale d’appartenance.

Pour Bourdieu le corps exerce au moins une triple fonction : de mémoire, d’apprentissage des habitudes de classe et de marqueur de position sociale.

L’habitus est cette histoire personnelle incarnée, incorporée.

Avec l’habitus, la dualité corps-esprit ou compréhension-sensibilité disparait au profit d’une dialectique entre structures mentales et corps.

A la suite de Merleau-Ponty, Bourdieu va voir le corps comme source d’intentionnalité en soi et pour soi.

Habitus est subdivisé en hexis et ethos.

L’hexis corporel est constitué d’un ensemble de conduites fortement intériorisées au point de devenir des dispositions permanentes.

L’autre dimension de l’habitus, nommée par P Bourdieu l’Ethos concerne les dispositions éthiques.

L’une et l’autre se renforcent.

Christian Delarue

in Le corps et ses sociologies de Pascal Duret et Peggy Roussel (Ed Nathan Université)

La construction sociale du corps de Christine DETREZ Point oct 2002

La place du corps dans la culture occidentale Florence Braunstein et Jean-François Pépin. PUF


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