Les intellectuels français à propos du voile patriarcal, où se trompent-ils ?…. C Djavann.

lundi 22 mai 2017
par  Amitié entre les peuples
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Hypertextile et sexoséparatisme ensemble pour un hyper-patriarcat et une islamisation réactionnaire par en-bas par les intégristes musulmans et celles qui les suivent.

Adresse aux anti-racistes, aux féministes, aux progressistes : lisez et écoutez Chahdortt Djavann

CD

Les intellectuels français à propos du voile patriarcal, où se trompent-ils ?…. Par Chahdortt Djavann.

Écoutez fonctionner la machine rhétorique de certains intellectuels français. Elle est bien huilée. C’est un plaisir. Moteur trois temps. 1° Nous ne sommes pas partisans du voile (quel soulagement de l’apprendre…). 2° Nous sommes contre l’exclusion de l’école (entendez : nous avons doublement bonne conscience). 3° Laissons faire le temps et la pédagogie. Entendez bien : une fois encore, laissons faire les autres – les filles voilées vivre voilées et les enseignants se débrouiller. Les Ponce Pilate de la pensée ont parlé. Ils peuvent retourner à leurs petites affaires, disserter et philosopher en attendant la prochaine pétition.

L’histoire passe. Les « chiens de garde » aboient. Le voile. Non pas le voile à l’école, mais : le voile tout court. Faut-il être aveugle, faut-il refuser de regarder la réalité en face, pour ne pas voir que la question du voile est une question en soi, antérieurement à tout débat sur l’école et la laïcité ! Le voile n’est nullement un simple signe religieux, comme la croix, que filles ou garçons peuvent porter au cou. Le voile, hijabe , n’est pas un simple foulard sur la tête ; il doit dissimuler entièrement le corps. Le voile, avant tout, abolit la mixité de l’espace et matérialise la séparation radicale et draconienne de l’espace féminin et de l’espace masculin, où, plus exactement, il définit et limite l’espace féminin. Le voile, hijabe , c’est le dogme islamique le plus barbare qui s’inscrit sur le corps féminin et s’en empare.

La séparation des hommes et des femmes dans les mosquées, où la loi des mollahs règne, révèle ce qu’est le port du voile. La femme doit se tenir à l’abri du regard des hommes. Pour le bon fonctionnement des règles islamiques, en Iran, on a essayé d’appliquer à l’ensemble du pays la loi des mosquées, de projeter dans l’espace public l’espace des mosquées : entrées séparées pour les hommes et les femmes, cantines séparées, bibliothèques, salles de travail séparées… piscines séparées et, comme la mer ne se prête pas facilement à ce genre de partage, interdiction des bains de mer aux femmes. À l’université, la botanique, l’archéologie, la géologie et toutes les disciplines exigeant des déplacements en groupes ont été interdites aux filles. Nous sommes en France, pays de droit, et certaines familles s’arrogent le pouvoir de voiler leurs filles mineures. Qu’est-ce que cela signifie, voiler les filles ? Cela signifie en faire des objets sexuels : des objets, puisque le voile leur est imposé et que sa matérialité fait désormais partie de leur être, de leur apparence, de leur être social ; et des objets sexuels : non seulement parce que la chevelure dérobée est un symbole sexuel et que ce symbole est à double sens (ce que l’on cache, on le montre, l’interdit est l’envers du désir), mais parce que le port du voile met l’enfant ou la jeune adolescente sur le marché du sexe et du mariage, la définit essentiellement par et pour le regard des hommes, par et pour le sexe et le mariage. Mais cet objet du désir masculin exprime un autre interdit et une autre ambivalence. Une fille n’est rien. Le garçon est tout. Une fille n’a aucun droit, le garçon a tous les droits. Une fille doit rester à l’intérieur, à sa place, elle ne peut circuler à l’air libre. Nul ne peut ignorer que, dans les pays musulmans, les hommes, seulement les hommes, sont agglutinés sur les places publiques. Ne les voit-on pas, ici même, en France, occuper le devant de la scène, le dehors ? Pourquoi les hommes musulmans veulent-ils encore voiler les femmes ? Pourquoi le voile des femmes les concerne-t-il ? Pour quelle raison sont-ils à ce point attachés au voile féminin ? S’ils adorent tant le voile, ils n’ont qu’à le porter eux-mêmes. Pour le coup, la revendication d’« une nouvelle identité par le voile » prendrait un sens ! Imaginez les hommes musulmans voilés ! Ce serait réellement l’invention du XXI e siècle ! Car voiler les femmes est une banalité religieuse depuis l’Ancien Testament.

Mais le voile islamique n’a de sens que par ce qu’il cache, dissimule ou protège. Que cache le voile ? Que dissimule le voile ? Que protège le voile ? La construction de l’identité féminine et de l’identité masculine dans l’islam repose sur Hojb et Hayâ de la femme et Nâmous et Qeyrat de l’homme. Ces mots chargés de sens véhiculent des poids traditionnels lourds, des qualificatifs qui sont propres à chaque sexe et qui ont été transmis de génération en génération à travers les siècles. Ils n’ont pas d’équivalent exact dans la langue française, mais leur traduction approximative serait la pudeur et la honte de la femme et l’honneur et le zèle de l’homme. Nâmous est l’honneur sexuel de l’homme. Impur, sacré, il est tabou. C’est un tabou refoulé au fin fond de l’homme musulman. Propre à chaque musulman, Nâmous doit rester à l’abri du regard des autres hommes, des regards illicites. Nâmous de l’homme doit être protégé, dissimulé. Il symbolise le dedans et ne peut être dehors. Il a pour garant la mère, la sœur, la femme, la fille, le corps féminin. Le voile est un abri pour Nâmous , pour l’honneur de l’homme musulman, et il crée chez ce dernier une dépendance psychique ; car l’essence de l’identité de l’homme musulman s’enracine sous le voile féminin. Qeyrat , le zèle, symbolise la virilité et la capacité de l’homme musulman à préserver son Nâmous , son honneur sexuel qui a comme objet le corps féminin. Le corps de la femme, garant de l’honneur sexuel de l’homme, ce tabou non avoué, ne peut être dehors, libre, sous les regards illicites des autres hommes.

C’est l’identité de l’homme musulman, l’honneur d’être un homme, qui en dépend. La femme non voilée peut ébranler l’édifice de l’identité masculine dans l’islam. La littérature et le cinéma subversifs nous ont montré parfois ces hommes musulmans perdus à jamais car la fille, la femme, la sœur ou la mère a transgressé les dogmes de la pudeur. Hojb et Hayâ de la femme, la pudeur et la honte de la femme, sont les garants et l’expression de l’honneur et du zèle de l’homme musulman. Plus une femme est honteuse et pudique, plus son père, ses frères, son mari ont de l’honneur et du zèle. Autrement dit, la construction de l’identité masculine chez les musulmans est tributaire de la pudeur et de la honte de la femme. L’honneur et le zèle de l’homme musulman, sans lesquels il n’est rien, sont à la merci du voile de la femme. Tout contact, toute tentative de rapprochement entre les deux sexes déshonore l’homme musulman. Ce n’est pas la relation sexuelle qui est un tabou ; l’autre sexe, le corps féminin, est en soi un tabou. Le voile condamne le corps féminin à l’enfermement car ce corps est l’objet sur lequel l’honneur de l’homme musulman s’inscrit, et il doit, à ce titre, être protégé. Le voile ne traduit-il pas avant tout l’aliénation psychique de l’homme musulman qui construit son être et son identité dans la crainte permanente de la transgression féminine, d’un dépassement inquiétant : une mèche ou un bout de peau qui se laisse voir ? La fille est le garant de l’honneur de son père et de ses frères. Une fois mariée, vendue, elle sort de la tutelle paternelle, elle est garante de l’honneur de son mari. En cas de divorce, elle revient sous la tutelle paternelle et sa pudeur en relève à nouveau. Une femme divorcée sous le toit paternel est une inquiétude pour le père et pour les frères, une marchandise renvoyée.

Quelques intellectuels musulmans, défenseurs du voile, disent « ma femme, ma fille ne portent pas le voile », pour préciser que leur position n’est en rien subjective. Et leur mère ? Ne portait-elle pas le voile ? La mère au voile. Le voile qui porte l’odeur de la mère. La mère interdite. Le voile que la mère garde sur elle. Ce doudou qu’elle ne laisse jamais à son enfant, à son fils. Le voile porte l’odeur du péché, l’odeur de la mère interdite. La mère objet du désir, le désir coupable, réprimé par les lois ancestrales. L’image de la mère aimée, désirée, chez l’homme musulman, est symbolisée par le voile. Comme si ce voile qui a caché les cheveux de la mère dérobait du même coup la mère à son fils. C’est pourquoi les femmes voilées attirent davantage le regard des hommes musulmans. La force viscérale du lien mère/fils, ce lien dont le voile maternel a été le truchement pendant la petite enfance et qui projette son ombre (l’ombre de l’interdit, de l’inceste et du désir) sur la femme convoitée. Le voile qui dissimule la femme est aussi détesté que désiré par l’homme musulman. Le voile rappelle l’amour maternel, mais aussi la première blessure, le voile qui leur déroba la mère.

La pression des interdits ne renforce-t-elle pas la pulsion du regard ? Le voile rappelle un des interdits éminents de l’islam, le corps féminin. Ce qu’on dérobe aux regards ne fait qu’attiser les regards. Le voile fixe l’attention et les énergies psychiques des hommes sur un spectacle qui par la logique des choses doit se révéler du plus grand intérêt. Impossible d’ignorer les regards insistants, accrocheurs, des hommes dans les pays musulmans. Le regard salace, le regard illicite, le regard aux aguets, le regard qui pénètre le voile. Et les filles réprimandées, car, malgré leur voile, leur corps dissimulé, elles ont attiré les regards illicites.

La crainte du regard et des dangers qu’il recèle est inculquée par les mères aux filles. Dès leur plus tendre enfance, les fillettes intériorisent l’idée que leur existence est une menace pour le garçon et pour l’homme ; que, à la vue d’une parcelle de leur chair ou de leur chevelure, ces derniers peuvent perdre tout contrôle de soi. Les mères, dans les milieux les plus traditionnels, continuent à reproduire les mêmes dogmes transmis de génération en génération. Craintives, elles ont peur de rompre avec le joug religieux, de briser le maillon identificatoire, et elles n’osent affronter le jugement des autres mères de leur communauté.

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