Les algériens et la sexualité : entre tabou et libération des mœurs - D. Soltani

vendredi 6 février 2015
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Les algériens et la sexualité : entre tabou et libération des mœurs

par Dalila Soltani le 16/04/2008

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Sur le net, à travers les forums de discussion, sur les sites de rencontres, sur les blogs, les Algériens sont de plus en plus nombreux à évoquer leur sexualité sans gêne aucune. Mais, qu’en est-il dans la vraie vie, car dissimulé à travers un pseudo qui lui assure l’anonymat, le jeune n’a pas toujours le droit d’évoquer et encore moins de vivre sa sexualité au grand jour.

D’après un sondage d’opinion effectué auprès de 80 étudiants à la faculté d’Alger - centre, âgés entre 18 et 25 ans, portant sur le thème de la vision que portent les jeunes Algériens sur la sexualité aujourd’hui, les résultats sont venus confirmer une certaine libération des mœurs dans le rang des jeunes qui explorent de plus en plus précocement un domaine qui leur est, jusqu’ici, interdit.

Les jeunes n’hésitent plus à s’exprimer librement sur un sujet encore considéré comme tabou par leurs aînés. Mais derrière les discours, quelle est la réalité ?

Sur le net, à travers les forums de discussion, sur les sites de rencontres, sur les blogs, les Algériens sont de plus en plus nombreux à évoquer leur sexualité sans gêne aucune. Mais, qu’en est-il dans la vraie vie, car dissimulé à travers un pseudo qui lui assure l’anonymat, le jeune n’a pas toujours le droit d’évoquer et encore moins de vivre sa sexualité au grand jour.

La société algérienne conservatrice a toujours porté un regard chargé de préjugés sur la sexualité, ce qui a valu à la population une ignorance totale d’un aspect important de la vie.

La sexualité, dont la fonction ne se limite pas à la simple activité de reproduction, est un sujet entouré de silence et enveloppé de non-dits. L’éducation sexuelle qui, selon la confirmation d’une majorité des participants à ce sondage, est totalement absente au sein de la famille et encore moins au sein de l’école, pousse ces derniers à chercher à explorer seuls la sexualité et à trouver des réponses à leurs questions.
Les questions posées dans ce sondage abordent les connaissances des jeunes en matière de sexualité, la nature de leur contexte familial, la vision qu’ils ont de la sexualité, leur niveau d’éducation sexuelle, leur conception du rapport intime.

Contexte familial rigoriste

Sur 80 étudiants, 60 ont décrit leur milieu familial comme étant réservé, voire frustrant contre 20 qui ont qualifié leur contexte de plus ou moins ouvert (c’est-à-dire plutôt tolérant et compréhensif). Les étudiants, garçons et filles, affirment qu’au sein de leur famille, il est quasiment interdit d’aborder des sujets ayant trait au sexe.

Toufik, un jeune étudiant en 2è année interprétariat, âgé de 21 ans, estime que la famille algérienne est encore loin de permettre à ses enfants de parler ouvertement de sexualité.

« On est vraiment très loin du contexte occidental où le garçon ou la fille vit librement sa sexualité et assume son choix, où on n’a pas honte de parler de pratiques sexuelles, considérées chez nous comme déviantes, telles que la sodomie ou l’homosexualité. Chez nous, sexualité est un interdit. Pensez-vous qu’il est possible pour un jeune de parler avec ses parents de sexe, notamment quand son éducation est puritaine et encore moins d’avouer avoir une copine ou d’entretenir des relations sexuelles avec elle ? Le fait déjà d’avouer son amour est, pour certains parents conservateurs, une atteinte à « la bonne éducation ». Nous, les jeunes, nous vivons actuellement notre sexualité d’une manière bien plus libre que celles de nos parents ou nos grands-parents, mais, contexte oblige, nous la vivons toujours en cachette. », déclare Toufik.

Education sexuelle en panne

Sur 80 étudiants, 64 affirment n’avoir aucune idée sur ce qu’est l’éducation sexuelle. Ils déclarent que les notions qu’ils ont acquises sur la sexualité ne sont que le fruit d’une série d’explorations individuelles rassemblées par des questions posées à des amis, par le recours à des livres traitant de la sexualité ou à travers les médias, particulièrement le net.

« Le tabou qui entoure la sexualité au sein de la société algérienne conservatrice fait que nombreux sont les jeunes qui passent sous silence leur sexualité. Mais, la réalité est qu’aujourd’hui, le sexe est véhiculé à travers les médias, la publicité, la télévision et Internet. Les gens sont de plus en plus nombreux à s’exprimer ouvertement sur des sites de rencontres, les forums de discussions qui assurent l’anonymat sur leur sexualité en posant des questions qu’ils seraient incapables d’aborder dans la vraie vie. Peut-on dans ce sens parler d’une forme de libération des mœurs ?

Evoquer la sexualité reste tabou chez nous et répondre à cette question nécessite la réalisation d’enquêtes psychologiques et sociologiques sur le thème. Ce qui reste rare chez nous à cause du tabou et des pressions sociales qui découragent les recherches en la matière. » affirme Mme. Ferhat, psychologue clinicienne.

Ce qui est déplorable, selon notre interlocutrice, au sein de notre contexte rigoriste est l’absence d’éducation sexuelle au sein de la famille et de l’école.

« Les jeunes ignorent tout de la sexualité. Enfants, les parents ont même honte de nommer les organes génitaux de leur chérubins, n’expliquent pas la différence des sexes, étouffent parfois brutalement leurs questions liées à la sexualité. Ce qui pousse ces derniers à chercher des réponses à leurs préoccupations en recourant à d’autres moyens. Informer les parents sur l’importance de l’éducation sexuelle, charger l’école de l’instruction sexuelle des enfants est indispensable. Changer de vision sur ce domaine vitale est une urgence. », continue Mme Ferhat.

Pour vivre heureux, vivre caché

Amina, une jeune étudiante en pharmacie, âgée de 23 ans, avoue vivre son histoire d’amour avec son copain, étudiant en médecine, mais en cachette.

« Je suis très amoureuse et très heureuse auprès de mon compagnon que je fréquente depuis trois ans. Mais, notre liaison reste secrète, car il est impossible de la vivre au grand jour étant notre contexte social. Pour une fille, il demeure plus difficile de vivre une relation amoureuse tout en ayant peur que son père ou son frère découvre le pot aux roses. Je m’arrange pour rencontrer mon compagnon à la fac et en dehors pour entretenir notre amour ».

Sur 80 étudiants, plus de 61 affirment ne plus croire en l’amour platonique. Amour et sexualité, pour la plus grande tranche vont de pair et bien que ces derniers soient conscients de l’intolérance de leur contexte, ils trouvent toujours le temps et l’endroit pour échapper aux regards indiscrets afin de vivre en cachette leur liaison.

Virginité, preuve de dignité exigée

Questionnés sur la place qu’accorde la jeune fille Algérienne aujourd’hui à la virginité, 60 participants au sondage affirment que de par la valeur symbolique de cette membrane comme preuve de pudibonderie, les filles préfèrent la préserver. Cependant, ceci n’annule pas le fait d’entretenir une vie sexuelle sans pour autant attenter à leur virginité. « je sors avec mon copain, nous entretenons des relations intimes qui, je l’avoue, ne vont pas au-delà du flirt, car j’accorde une grande importance à ma virginité que je veux préserve jusqu’à mes noces », déclare Lina, 22 ans.
Un décalage entre un Orient réprimant et un Occident libéral
La jeunesse algérienne devient de plus en plus émancipée sur le plan sexuel. Même si une majorité, selon Mme Salmi, sociologue vit sa sexualité en cachette de peur du regard sévère de la société.

« On constate une libération de mœurs progressive qui doit faire l’objet d’enquêtes sociologique et psychologiques minutieuses. L’influence des médias, notamment du net, qui présentent aux jeunes aujourd’hui un monde de libertinage, de pornographie, de liberté d’expression sexuelle, régi par des valeurs largement différentes des notres, la frustrations sexuelle qui découle de l’éducation conservatrice dans notre société, l’absence de communication au sein de la sphère familiale, le silence et le tabou qui entourent la sexualité sont incriminables dans la situation dans laquelle se trouve la jeune génération tiraillée entre un Orient frustrant et un Occident tolérant.

Il est vrai que les temps ont changé, que les comportements et la vision que nos ancêtres portaient sur la question et celle de la nouvelle génération sont nettement différentes, mais la question essentielle aujourd’hui est d’étudier cette forme de libération de mœurs, d’étudier le changement qui s’opère dans la sphère sociale, de pallier le manque de communication liée à la sexualité, d’introduire l’éducation sexuelle pour encadrer les connaissances des jeunes en la matière et de leur apprendre, face aux médias, de porter un regard critique sur ce qui leur est exposé dans un quelconque domaine. », conseille Mme Salmi.

Bien qu’aujourd’hui la jeune génération s’exprime plus librement sur la sexualité, se livre plus facilement sur Internet et à travers les blogs, notre société conservatrice, régie par des mœurs rigides, continue à passer sous silence tout ce qui à trait à ce domaine. L’absence de l’éducation sexuelle n’en est que la preuve tangible.

Cependant, nul doute que la nouvelle perception des jeunes de la sexualité, reflet d’un éventuel mouvement de changement de mœurs, mérite de faire l’objet de sérieuses recherches sociologiques dans le domaine


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