Le peuple-classe défait par la démocratie sans adjectif ? - C Delarue

jeudi 11 décembre 2008
par  Amitié entre les peuples
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Le peuple-classe défait par la démocratie sans adjectif ?

Le peuple-citoyen peut-il effacer le peuple-classe ?

De Patrick TORT, j’ai pu retenir, il y a longtemps, que dans le discours du scientifique il pouvait y avoir de la science et de l’idéologie. Il y a d’autant plus d’idéologie que l’on quitte les sciences dures pour les sciences sociales. Donc de la science politique. Et si je me déclare d’emblée idéologue c’est parce que dire la vérité est difficile mais que c’est néanmoins possible . Il a même des strates ou des niveaux de pertinence d’un discours , allant du noyau dur de la vérité à une périphérie plus sujette aux prises de positions hypothétiques.

Ainsi Sylvain Reboul dans un texte paru (1) après la victoire du NON au TCE a distingué deux significations du mot peuple. Il n’est pas le premier. Mais il n’est pas allé plus loin dans la construction de la distinction, dans sa conceptualisation proprement dite car trop pressé d’en découdre avec les présupposés de cette distinction qu’il a à peine formulée . Le combat idéologique a trop rapidement pris le pas sur l’approfondissement scientifique . Il ne faut donc pas s’étonner qu’il n’ait pas voulu nommer cette différence. Il voulait la faire disparaître. On verra comment après avoir relevé le contenu ses deux peuples que je replace dans la terminologie que je lui
ai donné dans « Pour une approche du peuple-classe » (2).

Peuple-classe ou peuple-citoyen, une distinction « dure »...

Ce que j’ai appelé peuple-nation mais que l’on pourrait nommer peuple-citoyen en pensant aux Etats plurinationaux, correspond ce qu’il décrit ici : « Le peuple est d’abord l’ensemble des citoyens appartenant à un Etat institutionnellement unifié et reconnu par les autres ; ce sens ne distingue pas les riches des pauvres, ceux d’en haut de ceux d’en bas, l’élite des sans grade ; il tend à se confondre parfois avec celui de la nation, sauf lorsqu’un Etat s’affirme comme plurinational où le mot peuple prend le sens de l’union entre deux nations vivant dans un même cadre étatique. Dans ces conditions, c’est le pouvoir unificateur de l’Etat qui constitue le peuple ; c’est dire que sans lui, celui-ci n’existe pas ; il n’y aurait alors, disait en effet Hobbes, au pire que multitude, ou au mieux, population(s). » Dans le peuple-nation ou le peuple-citoyen tous les chats sont gris. Il ne manque quand même que les résidents de longue durée sur le territoire. C’est la seule ombre portée à cette belle notion qui mélange si innocemment l’exploiteur et l’exploité, la bourgeoisie et les autres.

J’ai appelé peuple-classe sa seconde définition. "Le peuple désigne ensuite ceux d’en bas, en tant qu’ils s’opposent, dans l’ensemble juridique qu’est un pays constitué et
reconnu, à ceux d’en haut, donc d’abord à l’Etat et ensuite à ceux qui disposent d’un pouvoir, économique, intellectuel, etc., reconnu comme illégitime, voire despotique. Le peuple est alors l’ensemble des dominés qui s’efforcent de combattre la domination qu’ils subissent.« Prendre acte de cette distinction et mieux la préciser, c’est ce que nous avons fait dans »Pour une approche du peuple-classe" et dans les textes qui suivirent. Ce n’est qu’ensuite que l’on s’est aventuré à un usage non pas polémique comme le dit l’auteur - car la notion de peuple-nation ne supprime pas la lutte de classe du simple fait d’une
terminologie englobante faussement « pacifique » - mais un usage dynamique et stratégique en exploitant pour le peuple-classe le fil du « peuple pour soi », ce qui signifie bien qu’une logique d’émancipation est aisément déployable et déroulable à partir de la notion même. Puisqu’elle prend en charge la distinction dirigés-dirigeants et/ou dominés-dominants. Mais si à l’évidence le concept le permet ajoutons
d’emblée que ce n’est pas une nécessité

...qu’il faut redécouvrir sous les aléas de la lutte idéologique.

Il serait possible de théoriser, un peu d’ailleurs comme le fait l’auteur, l’idée du meilleur niveau d’émancipation possible à partir de la conception du régime pluraliste qui serait le moins mauvais des régimes existants. Pour ma part j’ai souligné ailleurs (3) que la démocratie existante était doublement restreinte. Aussi, dire, ainsi que le fait Sylvain Reboul, que « l’idée démocratique n’a de sens qu’à être élective et représentative » permet d’empêcher de penser l’intervention citoyenne élargie sur des choix de développement, des choix de production dans l’entreprise voire hors d’elle, ou des chois
d’investissement dans le cadre d’une planification démocratique. On peut donc voter pour autre chose que pour des individus. On peut aussi penser des procédures qui brisent la séparation élu-électeur qui reconduit les mêmes dirigeants.

Qu’il y aient des élections justes ou pas, de l’alternance ou pas, cela ne change en rien qu’il y a toujours une distinction entre peuple-nation et peuple-classe, sauf si cette élection se déroule dans un processus de crise qui écarte totalement la classe dominante pour instaurer un autre ordre politique précisément fondé sur l’alterdémocratie (4) autrement dit un niveau qualitativement très supérieur de démocratie n’ayant rien à voir avec les élections de la démocatie libérale qui elle organise réellement la dépossession du peuple-classe.

Cette distinction peuple-classe/peuple-nation n’a rien à voir avec le fait qu’une nouvelle direction ou avant garde puisse ou non émerger en « se réclamant » du peuple-classe. Le fait est sans doute un brin utopique mais néanmoins pensable que le peuple-classe s’élève de lui-même au niveau de sa propre organisation et gestion. Ce qui briserait le « cercle carré de la démocratie » libérale qui ne cesse d’approfondir l’écart entre le peuple-classe et son oligarchie au lieu de le réduire voir - même si c’est utopique - de l’anéantir .

- Quand la laïcité remplace Dieu pour effacer les classes !

Je vais terminer comme l’auteur qui dit « Seule une unification religieuse sous l’autorité transcendante de Dieu et de ses représentants sur terre est susceptible de former un peuple dans une même foi (le peuple de Dieu) ». Voilà bien un propos qui sous couvert de défendre la laïcité, en vient à nier les intérêts communs objectifs du peuple-classe
par-delà leur conflits internes secondaires et à la suite, plus subjectivement, la prise de conscience possible de leur existence. Empêcher cette prise de conscience est l’objet classique de la lutte idéologique, de la lutte de classe de la bourgeoisie. On voit donc, et j’aurais du commencer par là, que le recours au citoyen comme seul acteur du changement permet surtout de camoufler les classes en lutte.

La crise systémique, qui derrière sa multiplicité sociale, écologique, alimentaire, géopolitique est essentiellement ,celle des capitalistes, va peut-être ouvrit les yeux du peuple-classe. Cela ne se fera pas tout seul car les dominants possèdent un puissant appareil d’influence idéologique avec de nombreux clercs spécialisés dans le brouillage
idéologique. Si le trajet qui mène à l’émancipation du peuple-classe n’est pas tracé d’avance au moins est-il bon de réaffirmer son existence et de savoir qui sont nos ennemis principaux pour ne pas se focaliser constamment sur les rapports conflictuels secondaires. Ce serait un bon début.

Christian Delarue
ATTAC France

1) Le peuple fait-il la démocratie ? Sylvain Reboul

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7799

2) Pour une approche du peuple-classe . Christian Delarue

http://www.france.attac.org/spip.php?article9082

3) Sur la démocratie restreinte.lire : *Les deux conceptions de l’alterdémocratie* De l’alterdémocratie « de complément » à l’alterdémocratie « globale » et alternative. Christian Delarue

http://www.amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article218

4) Alterdémocratie
Introduction : aller vers une autre démocratie, citoyenne et populaire

http://www.local.attac.org/35/Introduction-ALLER-VERS-UNE-AUTRE

5) Sur les contadictions internes secondaires
Le peuple-classe, ses ennemis et ses contradictions internes

http://france.attac.org/spip.php?article9083


Brèves

9 novembre 2017 - Facebook - Amitié entre les peuples - site

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26 janvier 2016 - Christian DELARUE, des engagements, un parcours militant

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12 novembre 2012 -  Peuple-classe - 99%

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