Le foulard islamique : est-ce une obligation religieuse ?

vendredi 27 juin 2008
par  Amitié entre les peuples
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© Lecomte / Agoravox - 05.03.08 | 09:45

Depuis quelques années, le problème du port du voile islamique dans les pays musulmans et en dehors de ces pays, s’est posé et se pose toujours avec acuité. Les discussions et débats à son sujet n’ont pas cessé de prendre de l’ampleur.

Le paysage des villes arabes en Afrique du Nord, en Egypte, au Moyen-Orient a terriblement changé. Si, il y a quelques années encore, la plupart des femmes et jeunes filles sortaient sans voile, les choses ont complètement changé aujourd’hui et l’on rencontre actuellement plus de huit femmes sur dix avec le foulard. Au Maghreb, en Egypte où les femmes étaient avec les Libanaises les plus occidentalisées du monde arabe, la majorité, parmi elles, portent maintenant le foulard islamique.

Le voile est devenu désormais une partie obligatoire de l’habillement féminin, à partir parfois même de l’âge de 12 ans, une obligation qui reste cependant contestée chez certaines familles, dites « évoluées » pour lesquelles la femme musulmane n’est pas tenue de se couvrir la tête sauf quand elle fait la prière.

La question qui se pose à présent, et qui suscite les discussions les plus controversées, est bien entendu celle de savoir si réellement l’islam fait ou non obligation à la femme de porter un voile.


LES PRESCRIPTIONS DU CORAN

SORATE 24 Verset 31

a) Traduction de Kasimiski

« Commande aux femmes qui croient de baisser les yeux et d’être chastes... de couvrir leurs seins de voile. »

b) Traduction de O. Pesle et A Tadjani.

« Prescris aux croyantes de tenir leurs yeux baissés, de ne laisser paraître de leurs charmes, que ce qu’elles ne peuvent dissimuler et de couvrir leur gorge d’un voile, etc. »

SORATE 33 Verset 59.

a) Traduction J. Berque

« Ô prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes croyantes de revêtir leur mante (cape) sûr moyen d’être reconnues (pour des dames) et d’échapper à toute offense. »

b) Traduction de O. Pesle et A Tadjani

« Ô prophète, recommande à tes épouses, à tes filles et aux croyantes de rabattre leur voile sur le front. Cela permettra de les distinguer et les mettre à l’abri des démarches incorrectes. »


LES INTERPRETATIONS DE CES PRESCRIPTIONS

Pour un grand nombre de cheiks de l’islam, le Coran en tant que parole de Dieu ne tolère aucune nuance et aucune modification. La parole divine est absolue et immuable.

Pour ces doctes de l’islam, toute prescription, toute recommandation divine doit être considérée comme un ordre donné par Dieu à l’homme.

Cette interprétation trop stricte du Coran n’est pas du tout partagée par un grand nombre de musulmans qui font une différence entre :

1) les obligations fondamentales de l’islam à savoir :

- la chahada qui consiste à reconnaître qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Mohammed est son prophète ;

- la prière (cinq fois par jour) ;

- le jeûne du mois de Ramadan ;

- la Zakat, aumône obligatoire, imposée sur la fortune ;

- le pèlerinage à la Mecque pour ceux qui en ont les moyens.

2) les recommandations, interprétées comme étant de simples conseils donnés aux bons croyants, pour leur salut.

Ces recommandations ne visent en effet dit-on, en ce concerne le voile, que la pudicité.

Quand le Coran prescrit aux femmes de baisser les yeux et de dissimuler leurs charmes, c’est, précise-t-on, dans un but de chasteté, autrement dit, pour ne pas être provocantes.

Il en est de même pour les hommes auxquels Dieu recommande de dominer leurs sens. Dans la sourate 24, verset 33, il est dit « que ceux qui ne trouvent pas à se marier vivent dans la continence ». Dans un autre verset, il est dit « mariez les célibataires ».

Comme il est aisé de le deviner, ces prescriptions ne sont que des conseils de morale et de bonne santé faites au musulman.

C’est pourquoi un grand nombre de croyants et surtout de responsables politiques dont des chefs d’état musulmans n’ont jamais opposé le port du voile à leurs épouses et à leurs filles. La chasteté, tient-on à préciser, ne consiste pas dans l’habillement de la femme, mais plutôt dans sa conduite. D’ailleurs comment concevoir qu’un certain nombre de musulmanes, qui portent le voile, s’exposent au public avec un maquillage trop voyant, voire impudent, avec le visage, les yeux, les cils et les paupières plâtrés de fard. Alors, à quoi sert, dit-on, le fait de se cacher le cou et de montrer un tel visage ?

Un certain nombre de jeunes juristes musulmans estiment aujourd’hui, que l’islam ne doit pas rester une communauté fermée et isolée. Ses élites intellectuelles et religieuses ont le devoir de chercher absolument à concilier les prescriptions religieuses avec la marche du temps et à les harmoniser en fonction d’une interpénétration des civilisations et d’une cohabitation internationale.

Le Coran recommande de flageller une femme adultère et autorise un mari à battre une épouse récalcitrante... Aujourd’hui, ce n’est plus possible, du moins sur le plan juridique. La polygamie, permise par le Coran, n’est plus possible dans plusieurs pays arabes, que sous de difficiles conditions, dont plus particulièrement l’accord de la première épouse. Le Coran parle des esclaves et de la manière de les traiter, alors que l’esclavage n’est plus toléré dans le monde musulman actuel, à l’exception de certains petits pays comme, semble-t-il, la Mauritanie.

En dépit de ce qu’en pensent donc les intégristes, les inscriptions coraniques peuvent évoluer avec le temps.


LES RAISONS AYANT ENCOURAGE LE PORT DU VOILE

1) Une islamisation galopante de la société arabo-musulmane.

L’apparition et la propagation durant ces dernières décennies d’un certain islam intégriste préoccupe la plupart des gouvernements arabes et musulmans, pour lesquels il a souvent été un facteur déstabilisant et destructeur. On a l’impression qu’on assiste depuis quelque temps à un glissement du pouvoir politique traditionnel et son passage entre les mains de forces religieuses organisées de manière ouverte ou clandestine, qui étendent leur influence chaque jour davantage, sur les masses populaires.

Des femmes portant un voile, selon les pays, hijab au Maghreb, nigab en Egypte, khimar en Arabie, tchador en Iran, des hommes barbus et bizarrement accoutrés en afghans, c’est le paysage actuel dans plusieurs villes arabes, une mutation opérée sous le regard impuissant et inquiet des autorités traditionnelles, quand ce n’est pas sous l’incitation et l’exhortation des régimes islamistes nouvellement installés.

2) L’attitude des dirigeants arabes.

Si la plupart des dirigeants et des responsables des partis politiques arabes sont hostiles à la poussée de l’islam intégriste et notamment du terrorisme, il reste, qu’en ce qui concerne le port du voile, ils n’ont jusqu’à présent, pris aucune initiative pour désapprouver les défenseurs du foulard.

L’attitude quelque peu molle et mitigée des gouvernants arabes ne peut s’expliquer que par la crainte de susciter une levée de boucliers et de donner l’occasion aux extrémistes de montrer les dents.

La Qaïda n’attend que de telles opportunités pour taxer les dirigeants modérés, de traîtres, de vendus à l’ennemi et, par conséquent, pour commettre des attentats meurtriers.

Aucun pays arabe ne souhaite devenir une cible de ces visées terroristes, d’où la grande prudence observée dans leurs attitudes et leurs déclarations, sauf quand il s’agit de s’aligner sur les réactions internationales, pour condamner le terrorisme.

A noter toutefois, comme dit plus haut, que plusieurs dirigeants arabes n’exigent nullement de leurs épouses et filles de porter le foulard islamique, ce qui est, il faut le reconnaître, un acte courageux et assez significatif de la part de responsables musulmans, censés, selon les intégristes, « respecter » les inscriptions coraniques et les protéger.

L’INLUENCE DES EMISSIONS TELEVISEES PAR SATELLITES

Des dizaines de chaînes de télévision par satellites diffusent à longueur de journée des émissions religieuses en langue arabe, dont l’impact sur les populations n’est plus un secret pour personne. Un certain nombre de prédicateurs et d’imminents professeurs en matière religieuse sont devenus célèbres pour ne pas dire familiers dans la société arabo-musulmane. Citons entre autres le cheik Karadaoui, déclaré persona non grata dans son pays, l’Egypte, qui a trouvé refuge à Qatar, le Pr Amru Khalid et bien d’autres encore dont les causeries religieuses trouvent une forte audience au sein de la jeunesse arabe qu’ils arrivent souvent à enflammer par leurs allusions à l’attitude hostile des Américains à l’égard des musulmans.

Pour le sujet objet de notre écrit, le cheik Karadaoui qui est un fervent défenseur du voile islamique a exprimé son mécontentement et pris une position hostile à la suite de la décision du gouvernement français d’interdire le port du foulard dans les facultés.

La chaîne qatarie d’Al Jazzera diffuse quotidiennement et plusieurs fois par jour des informations et des images montrant le calvaire dont souffrent les Palestiniens et les Irakiens.

Le travail d’endoctrinement et de sape entrepris par tous ces propagandistes ainsi que leurs discours, destinés à une jeunesse souvent désœuvrée et marginalisée, créent un terrain favorable au recrutement de futurs terroristes lesquels, en attendant, obligent leurs épouses, filles et sœurs, à porter le foulard, premier acte d’attachement à l’islam et de respect de ses prescriptions.

A signaler que plusieurs de ces chaînes télévisées sont financées par des personnalités arabes lesquelles placent leurs actes dans le cadre, disent-ils, d’une contribution de leur part, aux dépenses nécessitées par le combat engagé par les moudjahidines pour le triomphe de l’islam.


LE PROBLEME DU FOULARD ISLAMIQUE EN FRANCE

La vague d’islamisation, à laquelle nous avons fait allusion, n’a pas épargné la France où vivent un grand nombre de jeunes musulmans français d’origine magrébine notamment.

L’implantation de plus en plus importante de mosquées et l’activité de prédicateurs venus d’Orient et du Maghreb ont, bien entendu, exercé toute leur influence sur les jeunes musulmans de France dont un grand nombre souffre, il faut le reconnaître, de désœuvrement et de marginalisation. La situation de la jeune fille musulmane, vivant dans ces milieux et dans ces mêmes conditions, n’est pas du tout aisée, puisque, dans la plupart des cas, elle se voit contrainte par sa famille de porter le foulard, et ce, bien souvent contre son propre gré.

La France, étant une République laïque, ne peut pas et ne doit pas tolérer une telle situation. Et c’est précisément pour cette raison qu’a été prise la décision d’interdire le port du foulard islamique dans les facultés, décision, certes, contestée par certains, mais approuvée par la majorité des citoyens qui estiment, à juste titre, que le caractère laïc et le paysage européen de la France doivent être préservés. La laïcité donne à chaque citoyen français le droit de choisir et d’exercer librement son culte, de croire ou de ne pas croire. Le fait, donc, d’exhiber ostensiblement sa religion par un signe quelconque, crée une fausse note dans l’harmonie de cette société égalitaire et fraternelle de citoyens unis, sans distinction de race, de couleur ou de religion.

Lecomte



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