Le césarisme mène toujours à l’aventure - Christian PICQUET

samedi 28 juillet 2018
par  Amitié entre les peuples
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LE CÉSARISME MÈNE TOUJOURS À L’AVENTURE

Après « Main droite » de l’Etat« ou »dérive fascisante« voici la dérive césariste de M Macron dans un extrait d’un article de Christian Picquet sur in »Ce que l’affaire Benalla nous dit du marcionisme"

Le vainqueur du 7 mai 2017 aura été porté à la magistrature suprême par une opération césariste (voir, à ce sujet, ma note du 12 juillet 2017), c’est-à-dire par un coup de force opéré dans le cadre de la légalité mais profitant de circonstances exceptionnelles, nées de la crise de la politique et de la désintégration des partis d’alternance.

Comme toujours dans l’histoire, ce type de phénomène crée inévitablement une menace pour la démocratie, même s’il n’use pas de violence pour arriver à ses fins (à la différence du général de Gaulle, Manu Premier n’aura pas eu besoin d’un putsch militaire pour s’accaparer les commandes). A fortiori lorsqu’il se déploie dans une configuration, celle de la V° République, qui reproduit en permanence autoritarisme, exaltation de l’aventure personnelle du monarque élu, concentration des pouvoirs entre quelques mains technocratiques au sommet de la machine étatique, abaissement simultané du Parlement, atteintes multipliées à l’indépendance des juges ou de la presse, culte du secret, recours aux coups tordus, mise en place de « cabinets noirs », opacité des décisions, influence occulte des « services »…

Avant de se couler avec un manifeste plaisir dans cette construction d’inspiration absolutiste, François Mitterrand en avait merveilleusement, dès 1964, dépeint l’esprit originel : « Car qu’est-ce que le gaullisme depuis qu’issu de l’insurrection il s’est emparé de la nation ? Un coup d’État de tous les jours. La Constitution, ce chiffon de papier qui porte la signature de 18 millions de Français, de quelle main impatiente le général de Gaulle n’arrêtera-t-il pas de la froisser ? D’abord il s’emparera corps et bien du pouvoir exécutif et réduira le gouvernement à la fonction d’agent subalterne. Ensuite, il isolera le Parlement dans un ghetto d’interdits, il lui ôtera les trois-quarts de sa compétence législative, il lui arrachera la quasi-totalité de sa compétence constitutionnelle et, pour achever l’ouvrage, il le livrera aux risées d’une propagande totalitaire en faisant moquer ses sursauts impuissants. Enfin, il se débarrassera des derniers contrôles importuns qui risquaient de gêner sa marche vers l’absolutisme (…). Alors ne restera debout, face au peuple abusé, qu’un monarque entouré de ses corps domestiques… » (in Le Coup d’État permanent, Julliard 1984). Au fil des soixante années écoulées, les résistances et la réalité des rapports de force politiques et sociaux seront parvenus à limiter quelque peu les empiétements des maîtres successifs de ce régime. Il n’empêche que leur action aura toujours reproduit les mêmes tendances.

Dans le cas de la Macronie, cela se traduit en un mode très particulier d’exercice de l’autorité. Là où ses prédécesseurs disposaient de relais plus ou moins développés parmi les grands « serviteurs » de l’État, les structures coercitives, le corps de grands élus territoriaux, là où les partis à leur dévotion étaient en mesure de structurer des fractions substantielles de l’opinion, le huitième président de cette V° République ne dispose que de l’appui (très solide et influent, il est vrai) de l’oligarchie financière, à laquelle il doit son élection. Il ne peut néanmoins s’adosser qu’à une frange très minoritaire des Français (le noyau dur de son électorat du premier tour de la présidentielle, renforcé par un secteur d’une droite en déshérence). Il ne possède, à cette heure du moins, que le soutien d’un nombre infime des barons installés à la tête des métropoles, départements ou Régions. Il n’a à son service qu’un appareil partisan aussi richissime que famélique par son nombre d’adhérents, dont est issue une majorité de députés certes pléthorique, du fait d’un mode de scrutin inique, mais ne disposant ni d’une autonomie véritable, ni d’une implantation solide dans les profondeurs de l’Hexagone.

D’où la référence constante d’Emmanuel Macron à l’héritage de la monarchie, sa propension à décider de tout, son souci de court-circuiter gouvernement et Parlement jusqu’à vouloir remodeler la Constitution afin d’affermir encore sa prééminence, sa volonté d’écraser les « corps intermédiaires », l’exaspération que suscite chez lui la capacité de la presse à faire son travail d’investigation et de révélation (ce dont atteste la fameuse loi, en cours d’adoption, qui aura été baptisée de « lutte contre la manipulation de l’information »). D’où, encore, ses efforts pour tisser les réseaux dont il ne dispose pas encore, en recourant à un tout nouveau personnel, en phase avec son projet de déréglementation à tout-va et de casse de politiques publiques portant toujours l’empreinte des grands élans collectifs leur ayant donné naissance. Cela a évidemment un prix. On l’aura perçu, dès les premières semaines du nouveau quinquennat, à travers l’affrontement avec la hiérarchie militaire à propos du budget de la défense, et l’éviction s’en étant suivi de son chef d’état-major, le général de Villiers. Puis, avec l’effritement régulier de la popularité d’un président que sa morgue aristocratique, et le caractère ectoplasmique de « La République en marche », ne se trouvent pas en mesure de contenir.

Source et suite du texte :

Ce que l’affaire Benalla nous dit du macronisme - Le blog de Christian Picquet
http://blog.christian-picquet.fr/post/Ce-que-l-affaire-Benalla-nous-dit-du-macronisme


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