Le Traité d’athéologie de Michel Onfray et l’islamofascisme. C Delarue

mercredi 28 avril 2010
par  Amitié entre les peuples
popularité : 25%

Le Traité d’athéologie (*) de Michel Onfray et l’islamofascisme.

Une lecture antiraciste et antifasciste.

mercredi 28 avril 2010

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1068

Deux mots sur l’auteur. Avant d’écrire son Traité d’athéologie Michel Onfray avait produit une longue série de livres dont certains sont évocateurs de son profil philosophique :L’art de jouir : Pour un matérialisme hédoniste en 1991chez Grasset , Politique de rebelle : Traité de résistance et d’insoumission 1997 Grasset, Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire en 2000 Grasset toujours, L’invention des plaisirs : Fragments cyrénaïques en 2002 Livre de poche. On devine que si Michel Onfray est mécréant, certes de gauche quoique différemment du regretté Bensaïd auteur de Fragments et mécréants (1), c’est sur un mode très hédoniste et individualiste. Par contre, son athéisme est plus fermement engagé contre les religions que celui d’André Comte-Sponville. (2) Doudou Diène, auteur en 2008 d’un rapport onusien (3) de lutte contre la « diffamation des religions » a omis de citer Michel Onfray comme un penseur influent en France pour consolider l’athéisme et la culture antireligieuse. Si Michel Onfray critique les religions monothéistes, il se garde de s’en prendre globalement aux croyants. Les appareils de reproduction de la religion sont eux incriminés.

L’intérêt pour moi, militant antiraciste, de lire ce petit traité tient à voir comment est abordé l’islamofascisme décrit en fin d’ouvrage. Si une certaine interprétation de l’islam dans les États islamiques permet un rapprochement avec le fascisme il importe de ne pas confondre cette expression autoritaire et guerrière avec une interprétation pacifiste et tolérante plus discrète mais réelle. Depuis l’ouvrage de Norman Podhoretz intitulé « La quatrième guerre mondiale : la longue lutte contre l’islamofascisme » (2007) la tendance est à assimiler l’islam avec un type de fascisme. En somme, le fondateur de la revue Commentary renouvelle la théorie plus ancienne du « Choc des civilisations » de Samuel Huttington.

En France les principaux animateurs du site Riposte laïque se charge de la diffusion haineuse de l’islam et des musulmans à partir d’une telle conception. Ils applaudissent par exemple le clip islamophobe Fitna qui assimile de façon raciste les musulmans vivant en Europe ou y entrant à des islamistes guerriers éructant des passages violents du Coran. On comprend dès lors qu’il soit de la plus haute importance de distinguer clairement l’islam radical que l’on peut nommer crypto-fasciste d’un l’islam modéré et intégré pratiqué par une majorité de musulmans en Europe. Les musulmans sont comme les chrétiens et les juifs : tous les chrétiens ne sont pas des intégristes et tous les juifs ne sont pas des sionistes.

Passons à l’ouvrage lui-même sans s’attarder trop sur la première partie. On trouvera sans doute analyse plus complète ailleurs. Onfray commence par crier que « Dieu respire encore ». Nietzche, Marx, Darwin, Freud, Lacan, Foucault, et d’autres lui avaient certes porté des coups terribles mais la bête bouge encore. M Onfray cherche « l’invention de l’athéisme » et trouve le premier athée en Christovao Ferreira auteur de la Supercherie dévoilée ainsi qu’avec l’abbé Meslier qui au environ de 1700 conchie tout à la fois Dieu, la religion, Jésus et l’Eglise. Il cite nombre d’auteurs dont d’Holbach et Feuerbach afin « d’enseigner le fait athée ».

M Onfray s’emploie ensuite à la critique multiforme des composantes de « l’auberge espagnole monothéiste ». Dans chaque texte sacré, le juif, le chrétien et le musulman trouve une chose et son contraire. Ce qui permet au pacifiste de s’appuyer sur le livre et au chef de guerre de faire de même. Il n’y a pas que des propos d’amour dans la Bible, la Torah et le Coran. On comprend au passage - remarque personnelle - qu’il puisse y avoir diversité de juifs, de chrétiens et de musulmans non pas seulement en fonction de leur choix de lecture mais aussi et surtout du contexte dans lequel ils vivent.

Le fascisme islamique iranien.

M Onfray commence son étude de la théocratie (p 265) par « Du fascisme musulman ». Les historiens se battent sur une définition du fascisme et ils oublient souvent le « fascisme vert » : « Le renversement du shah d’Iran en 1978 et la prise de tous les pouvoirs par l’ayatollah Khomeyni quelques temps plus tard avec cent quatre-vingt mille mollahs, inaugurent un réel fascisme musulman - toujours en place un quart de siècle plus tard, avec la bénédiction de l’Occident silencieux et oublieux. Loin de signifier l’émergence de la spiritualité politique qui fait défaut aux Occidentaux, comme le croit faussement Michel Foucault en octobre 1978, la révolution iranienne accouche d’un fascisme islamique inaugural dans l’histoire de cette religion ». La suite immédiate du texte épingle les naïvetés de Foucault sur Khomeyni. à cette époque Il poursuit ensuite : « Le dignitaire chiite (Khomeyni.) met en mots, (dans son Testament politico-spirituel) de manière simple voire sommaire, le programme politique d’une république islamique : comment, avec le Coran et les hadiths du Prophète, en s’appuyant sur la charria donc, peut-on gouverner les esprits, les corps et les âmes selon les principes de la religion musulmane ? Bréviaire de théocratie islamique - bréviaire indiscutablement fasciste. La théocratie musulmane - comme toute autre - suppose la fin de la séparation entre croyance privée et pratique publique. Le religieux sort du for intérieur et conquière la totalité des domaines de la vie sociale. On n’entretient plus un rapport direct à Dieu, pour soi, sur le registre de l’intimité mystique, mais un rapport indirect, médiatisé par la communauté politique et situé sur le plan de la gouvernementalité d’autrui. Fin du religieux pour soi, avènement de la religion pour autrui. La religion devient alors une affaire d’État. Non pas de communauté restreinte, de groupe limité, mais de société tout entière ». Cette analyse milite pour une généralisation de la laïcité dans le monde et notamment une prise à charge par les membres progressistes des Etats islamiques.

Mais peut-il y avoir des musulmans progressistes ?

A lire M Onfray cela parait très difficile. C’est ici que nous ne le suivons plus. Que dit-il ?

« Le Coran ne permet pas une religion à la carte. Rien ne légitime qu’on écarte d’un revers de main toutes les sourates qui gênent une existence confortable, bourgeoise et intégrée dans la post-modernité. En revanche, rien n’interdit, tout l’autorise même, une lecture scrupuleuse à partir de laquelle se justifient toutes les exactions auxquelles invite le texte saint : personne n’est obligé d’être musulman, mais quand on se proclame tel, on doit adhérer à la théorie, aux enseignements et pratiquer en conséquence. Il en va du pur et simple principe de cohérence ». Le réel infirme cette position. Ce qui signifierait que les musulmans progressistes ou « intégrés » ne seraient pas en cohérence avec le texte. Mais les humains sont-ils en congruence totale ?

Dans cette religion comme dans d’autres chaque croyant prend ce qui lui plaît. Les définitions proposées de l’amour sont trop étroites pour accepter l’homosexualité par exemple eh bien on va retenir le mot amour sans plus de problème. On va pareillement abandonner la logique binaire ami-ennemi. C’est d’ailleurs ce que propose Monsieur Doudou Diène (dans le rapport ONU précité en 1) aux croyants des trois monothéismes. Vous voulez que les athées ne blessent votre religion alors n’offensez pas celle des autres d’ou l’interdiction de la christianophobie et de la judéophobie en plus de l’islamophobie. En fait, ce passage permet de comprendre , me semble-t-il, l’expression « de culture musulmane » adoptée par nombre d’arabes qui ont pris des libertés avec le texte sacré. La lecture de M Onfray permet aussi de comprendre son opposition à Malek Chébel auteur de Manifeste pour un Islam des Lumières : Vingt-sept propositions pour réformer l’islam (Hachette). Si l’islam n’était pas l’islam il deviendrait nettement plus facile à défendre dit-il (p 309).

Libre critique de l’islam, respect des musulmans « intégrés », combat des islamistes radicaux sexo-séparatistes.

Christian Delarue

*) Lire : Michel Onfray, « Traité d’athéologie »

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article2366

1) Daniel Bensaid a écrit sur ce thème : Fragments et mécréants , Mythes identitaires et république imaginaire

2) ’L’Esprit de l’athéisme’ d’André Comte-Sponville

http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-andre-comte-sponville-esprit-atheisme-613.php

3) rapport de septembre 2008 de Monsieur Doudou Diène qui évoque notamment la diffamation des religions (et non la diffamation des croyants)
A.HRC.9.12_fr.pdf (Objet application/pdf)

http://www2.ohchr.org/english/bodies/hrcouncil/docs/9session/A.HRC.9.12_fr.pdf