Le MRAP et la discrimination systémique. C Delarue

mardi 29 août 2017
par  Amitié entre les peuples
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Le MRAP et la discrimination systèmique. Christian Delarue

Un colloque récent du MRAP a porté sur la discrimination systémique.

Contribution personnelle

Au-delà du débat sur l’approfondissement des notions et de la discussion sur les distinctions entre discrimination institutionnelle, discrimination structurelle, discrimination systémique, il s’agit sans doute de préparer une orientation nouvelle pour le MRAP .

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Une telle orientation nous éloignerait des polémiques engagées il y a quelques années avec la référence très secondaire au « racisme anti-blanc(s) » . Cette notion apparue dans une AG n’a jamais tenue lieu de réelle orientation pour le MRAP mais elle a suscité de vives critiques tant en interne que de certains de nos partenaires (pas tous).

Les débats autour du livre collectif « Urgence antiraciste - Pour une démocratie inclusive » (coord Martine Boudet - Ed du croquant - mars 2017) ont permis des premières clarifications sur les solidarités même s’il reste des différences de langages liées au type d’antiracisme : antiracisme politique et antiracisme universaliste. L’antiracisme du MRAP, avec Augustin GROSDOY et moi-même - Christian DELARUE - dans ce livre (« UA-pdi ») est de type universaliste. Pour ma part j’ai proposé à l’Université d’été d’ATTAC à Marseille (2015) la notion d’ « antiracisme relié » (à d’autres problématiques dont l’amitié entre les peuples acquise mais aussi d’autres encore - 1) , notion qui se veut une fenêtre d’ouverture de l’antiracisme universaliste vers les autres problématiques de dominations et donc vers ce que j’ai aussi nommé « la ou les pluri-émancipation(s) » (C Delarue) dont la « démocratie inclusive » (M Boudet) est un vecteur possible tout comme la « démocratie socialiste inclusive ». Tout cela est à débattre.

L’adoption de la notion de « discrimination systémique » permettrait de nous rapprocher en pratique des minorités ethniques ou des minorités religieuses (et de leurs organisations) qui ne sont pas toujours systématiquement victimes du racisme (pas de racialisation a priori) mais qui le sont beaucoup .

Je suis antiraciste mais j’avoue ne connaitre de la police que le seul petit désagrément épisodique de devoir payer une amende pour mauvais stationnement ce qui est en vérité une situation confortable fort éloignée de celle des habitants des quartiers populaires délaissés de la République (chômage et précarité avec des HLM dégradés) qui connaissent eux surtout de la police que la répression répétée et le harcèlement au faciès .

Mais je vois mal le MRAP accuser en bloc l’Etat et la Police. Par contre on peut agir en solidarité pour que les secteurs progressistes de la Justice et de la Police soient actifs et soutenus dans la société civile pour faire reculer les agissements brutaux et les pratiques policière indignes qui se généralisent. Ici, comme l’écrit Augustin GROSDOY, la lutte contre les politiques racistes passe bien par la fin des contrôles au faciès (2) . On pourra aussi être plus combatif avec la mise en oeuvre de la discrimination systémique (à débattre car il y a des incertitudes) surtout si la charge de la preuve pèse contre l’institution privée ou publique accusée, et ce même si les statistiques ethniques sont interdites (lire ici Bernard SCHMID avocat ).

Christian DELARUE
Ex membre du BE et du CA du MRAP

1) « Antiracisme relié » et peuple-classe pour l’alternative : faire converger un peuple-classe multicolore. C Delarue - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/Antiracisme-et-peuple-classe-pour

2) La lutte contre les politiques racistes passe par le fin des contrôles au faciès | Augustin GROSDOY
https://blogs.mediapart.fr/augustin-grosdoy/blog/230616/la-lutte-contre-les-politiques-racistes-passe-par-le-fin-des-controles-au-facies