Le FSE en Turquie et la laicité !

mardi 29 juin 2010
par  Amitié entre les peuples
popularité : 15%

Le FSE en Turquie et la laicité !

La question d’une réponse sociale en défense des peuples-classe d’Europe face aux crises économico-financières va se poser de façon centrale lors de ce Forum Social Européen - FSE - qui se tient à Istanbul début juillet 2010 . Ce n’est pas la seule. D’autres enjeux sont à discuter pour développer des politiques d’émancipation.

Le fait que ce FSE se tienne en Turquie, pays à cheval sur occident et orient, a quelque chose de passionnant. Milles choses de ce pays nous y attirent.

Ce pays est aussi connu en France pour avoir construit une laïcité différente, adaptée à la religion dominante qui n’est pas le catholicisme mais l’islam. C’est sans doute le premier aspect que retiennent de nombreux français sur la Turquie. Ne serait-ce que pour savoir quel montage juridico-politique s’y est institué peu à peu ou plus simplement encore pour savoir quel équilibre s’y est réalisé. Voilà pour qui voit la Turquie de loin.

En se rapprochant un peu, on s’aperçoit qu’une tension perdure entre la laïcité défendu par les militaires et l’islam même si selon le politologue Ali Kazancigil les dernières années penchent vers le calme (1) . En Turquie comme ailleurs l’islam apparait sous plusieurs visages, du plus sécularisé et modernisé au plus réactionnaire. En face un islam variable, mais dont la composante radicale serait minime, la démocratie turque s’est historiquement appuyé sur un pouvoir militaire (2) peu enclin aux compromis. Faut-il y voir une occasion manquée de plus ample démocratisation ?

Pas nécessairement selon Michel Garroté (3) qui explique que « les défenseurs de la laïcité, aussi bien de gauche que de droite, savent pertinemment que l’armée reste la seule institution de recours face à la radicale islamisation du pays. Non pas dans le sens où l’armée devrait prendre et conserver le pouvoir. Mais dans le sens où l’armée, par effet de levier, pourrait donner au peuple turc une opportunité, concrète et viable, de rompre avec la radicale islamisation du pays et de restaurer une saine laïcité compatible avec les constitutions des pays membres de l’UE ». Pour cet auteur le danger de l’islam radical justifie la présence de l’armée.

Mais les défenseurs de la laïcité ne peuvent-ils pas appuyer dans un même mouvement démocratisation et laicité ? Tout dépend ici de l’analyse de la montée en force du parti islamiste modéré et plus exactement de son degré de modération. La vérité est dans le détail et ce dernier ne se voit pas depuis Paris ! Pour Ali Kazancigil « RecepTayyip Erdogan et Abdullah Gül clamèrent leur ralliement à la démocratie, récusant l’étiquette d’ « islamistes modérés » et qualifiant leur parti de « conservateur démocrate ». T. Erdogan a comparé l’AKP à la démocratie chrétienne ». Mais d’un autre côté, « plusieurs fois, on a entendu le Premier ministre expliquer que le port du voile par les femmes est une obligation coranique ou rappeler l’interdiction des boissons alcoolisées ». Un tel propos sexiste prononcé sous la double autorité de la religion et de l’Etat n’est pas un détail anodin .

Dans ce contexte difficile, on peut s’attendre en Turquie à du racisme anti-musulmans comme il existe surtout du racisme anti-juifs (4) et du racisme anti-chrétiens d’orient (4 bis). Le sexisme doit y être aussi très présent. Dés lors la question se pose, bien au-delà de la Turquie évidemment, de poser tout à la fois des règles qui empêchent les discriminations racistes et les propos racistes et des règles qui brident l’emprise du religieux sur la société comme l’emprise du sexisme. Il importe de tenir ensemble ses trois volets de lutte pour une politique d’émancipation.

Une version pragmatique de la laïcité inciterait à adapter sa définition et son étendu en fonction de la dynamique des religions en présence. On sait que le voile islamique est interdit dans les universités turques ce qui n’est pas le cas en France. Cette interdiction doit avoir ses justifications. Quand les religions sont largement sécularisées comme en France il y a moins besoin d’une laïcité dite de combat. Quand les religions sont à l’offensive alors on ne saurait se priver d’une laïcité tout aussi offensive. Mais quand le voile est interdit à l’université on ne saurait alors donner un haut-parleur à un religieux pro-voile qui par son sexisme poussent les jeunes hors des études. En l’espèce la fermeté s’impose : tous et toutes à l’école sans voile (avec incitations financières par exemples) et les religieux poussant à des préconisations sexistes (port de voile aux femmes) sous amende pénale. Dura lex sed lex !

Christian Delarue

Délégué du MRAP à ATTAC France.

1) 2002–2009 : Une phase de la démocratie turque qui s’achève ?

par Ali Kazancigil, Politologue, Auteur de La Turquie (Idées reçues, Le Cavalier Bleu, 2008)

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article1165

2) La constitution 7 novembre 1982 a été amendée deux fois, en 1987 et 1995 dans un sens plus démocratique, mais continue d’accorder à l’armée un rôle de surveillance de l’exécutif, unique dans le monde occidental. Quel est exactement ce rôle ? A noter que la démocratie turque ne s’applique pas dans les 5 régions du kurdistan qui sont sous état d’urgence.
in Le régime politique turc.

http://www.bibliomonde.com/donnee/turquie-regime-politique-122.html

3) L’Union européenne supprime la laïcité turque Michel Garroté

http://www.drzz.info/article-l-ue-supprime-la-laicite-turque-45648944.html

4) Racisme en Turquie

* Turquie : le feuilleton raciste qui exaspère Israël
http://teleobs.nouvelobs.com/rubriques/teles-du-monde/articles/turquie-le-feuilleton-raciste-qui-exaspere-israel

* Racisme contre les chrétiens d’orient en Turquie par Annie Laurent

http://es.gloria.tv/?media=80490


Brèves

8 janvier 2017 - Ni kippa, ni voile, ni autre signe religieux ostensible à l’Assemblée Nationale

Ni kippa, ni voile, ni autre signe religieux ostensible à l’Assemblée Nationale