Larmes de crocodiles par juives et juifs révolutionnaires

mercredi 20 février 2019
par  Amitié entre les peuples
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[regroupementfi] juives et juifs révolutionnaires
Source : page facebook

Larmes de crocodiles.

Depuis son origine, l’antisémitisme fonctionne par vagues. Après des périodes d’apparent reflux, il revient. Il surprend ainsi régulièrement celles et ceux qui, expérimentant un répis dans les persécutions, en viennent à baisser la garde. L’histoire de notre minorité est ainsi pleine de périodes de ce genre, où, après le ressac, revient la vague.

La flambée actuelle n’est pas nouvelle, pas plus que l’antisémitisme en France. Ses formes actuelles ne sont pas nouvelles : les juives et les juifs sont désignés une nouvelle fois comme boucs émissaires des problèmes sociaux. L’antisémitisme est un outil de maintien de l’ordre capitaliste, un outil de maintien de l’ordre colonial. Il est utilisé pour protéger la bourgeoisie et l’ordre colonial.

L’antisémitisme, ancré profondément dans le roman national et la culture française, est réactivé par les moyens de communications modernes que sont les réseaux sociaux. La moindre vidéo antisémite cumule des centaines de milliers de vue, quand dans le même temps les analyses matérialistes et révolutionnaires du capitalisme restent confidentielles.

Mais le pouvoir politique n’est pas en reste : de la réhabilitation de Pétain à celle de Mauras, il s’agit avant tout d’absoudre la responsabilité française dans l’antisémitisme, et de le présenter comme un « corps étranger », importé. Or s’il y a bien une idéologie qui a été forgée en France et en Europe, puis exporté mondialement, c’est bien l’antisémitisme, de Vacher de Lapouge en passant par Gobineau, de Drumont à Maurras. Le parti colonial, par le biais de Drumont, s’est ainsi fait fort de diffuser le poison antisémite au Maghreb à l’époque coloniale, pour mieux protéger l’ordre raciste qu’il a mis en œuvre. Aujourd’hui, il cherche à effacer les traces, et d’évacuer sa responsabilité dans cette histoire là aussi. Il utilise la lutte contre l’antisémitisme pour diffuser un poison raciste, ou pour évacuer la question sociale, sans avoir l’air d’y toucher.

Alors qu’est-ce que-ce que le positionnement de ces partis institutionnels qui s’émeuvent de l’antisémitisme, sinon des larmes de crocodiles ? Qu’est ce que ce positionnement d’organisateurs qui considèrent que Marine Le Pen et son parti, l’un des vecteurs historiques de l’antisémitisme militant en France, aurait sa place dans un tel rassemblement, si ce n’est une masquarade.

Larmes de crocodile aussi, que ce rassemblement alternatif organisé par l’UJFP et le PIR qui depuis plus de 15 ans au mieux minimisent l’antisémitisme, au pire ont recyclé le vieux thème du « privilège juif » sous l’appelation de « philosémitisme d’Etat ». Qui pour certains comme le PIR ont d’abord participé à la défense de Dieudonné et ses dérives, avant de le voir comme un concurrent puis de le condamner lorsque ses liens avec les fascistes sont devenus trop explicites. Qui sont incapables, comme le gouvernement, ou comme les courants sionistes d’aborder la question de l’antisémitisme pour elle-même, comme un combat antiraciste en soi et non un avatar de la situation en Palestine . Larmes de crocodile, cette tendance à ne parler d’antisémitisme que pour dénoncer l’instrumentalisation que certains en font.

Pourtant cette instrumentalisation n’est possible que pour une unique raison : l’abandon massif de la lutte contre l’antisémitisme par une large part du mouvement progressiste et révolutionnaire depuis 15 ans. L’indigence de l’analyse qui en est faite, l’absence de formation réelle des militantes et militants sur le sujet.Quelles initiatives ont donc été prises, ces quinze dernières années ? Pour celles et ceux qui ont traversé les années qui vont de l’assassinat d’Ilan Halimi, en passant par les attentats d’Ozar Hatorah et de l’hyper casher ou l’assassinat de Mireille Knoll, nous nous souvenons : minimisation, banalisation, indifférence… Mais qui donc à abandonné le terrain de la lutte contre l’antisémitisme au gouvernement, à la droite, aux différents courants sionistes, si ce n’est les mêmes qui aujourd’hui viennent s’émouvoir de leur instrumentalisation ?

Combattre l’instrumentalisation, c’est occuper le terrain de la lutte contre l’antisémitisme. Au quotidien. Pas seulement quand il s’agit de dénoncer la mauvaise foi du gouvernement.