La « virilité » totalitaire du marché par Monique Dental et Marie-Jo Salmon (*)

mardi 1er juillet 2008
par  Amitié entre les peuples
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L’Humanité le 13 janvier 2000

On nous répète qu’il ne faut pas avoir peur de l’OMC, qu’il y a un lien indiscutable entre libéralisation du commerce et croissance de l’économie, que l’unique moyen d’améliorer la condition économique des couches les moins favorisées est de faire croître la richesse globale… Or, selon les données du PNUD - le programme de développement de l’ONU -, les écarts entre riches et pauvres n’ont pas cessé de croître. En 1960, les deux dixièmes des plus riches possédaient 70 % des revenus mondiaux ; en 1994, ce taux s’élevait à 86 %. Depuis, l’écart a continué d’augmenter…

Si l’attention s’est portée - à Seattle et depuis - sur les divergences entre les pays du Nord et ceux du Sud, on s’est assez peu intéressé au fait que la mondialisation du commerce ne touche pas de la même manière les femmes et les hommes. Il est vrai que, dans certains pays d’Asie (la Malaisie, la Thaïlande…), de nouveaux emplois ont été investis par les femmes. Mais la plupart de ceux-ci sont marqués par la précarité. Ainsi, les ouvrières de l’habillement du Bangladesh sont déjà menacées par le Vietnam et la Chine qui proposent des ouvrières plus rapides et moins chères. D’une façon générale, on constate que, dans ces pays, l’avancée des femmes sur le marché tend à se résorber là où l’on automatise et où l’on « rationalise ». À gagnantes d’aujourd’hui, perdantes de demain. Ainsi, en Thaïlande, les entreprises considèrent froidement que les ouvrières de l’industrie ne sont plus utilisables de manière totalement rentable au bout de cinq ans ! Un pas de plus est franchi dans les zones franches, caricatures de la mondialisation accélérée de l’économie ; avec la complicité des gouvernements, les employeurs ont toute liberté pour imposer à la main d’ouvre, en grande majorité féminine, des semaines de 60 à 70 heures pour des salaires de famine : 1 000 pantalons par jour pour dix-huit francs…

Quant aux différences de salaires entre les hommes et les femmes, elles ne se résorbent pas et oscillent, selon les pays et les secteurs, entre 40 % et 50 %. Explication officielle : « les femmes sont plus vulnérables ». On connaît le refrain déjà stigmatisé par le poète Henri Mi chaux : « Ils ne voulaient pas lui faire du mal. Ils lui avaient arraché la tête d’un seul coup. Sûrement elle tenait mal. Ça ne vient pas comme ça. Sûrement, il lui manquait quelque chose. » Dans les pays du Nord, si vous êtes jeune, de préférence célibataire, qualifiée, si vous êtes prête à entrer dans le monde du travail fait par et pour les hommes, vous pouvez être du côté des « gagnants ». Quant au travail précaire, il est en quelque sorte l’équivalent du travail informel des pays du Sud, où les femmes sont largement majoritaires.

Pourtant, des formes de résistance tendent à s’élaborer, avec des succès divers. Certaines organisations de femmes veulent investir l’ONU, le FMI, ou l’OMC, afin d’y exercer une influence. Mais, en 1996, quand le réseau Women in Development-Europe a voulu envoyer des représentantes pour participer à un congrès, à Bonn, consacré aux femmes et au commerce mondial, il leur fut répondu qu’« il n’y avait pas de mandat réservé aux femmes ». D’autres organisations estiment qu’il est plus facile d’avoir un pouvoir de négociation local tout en réfléchissant à une stratégie d’ensemble. Mais rien ne peut nous dispenser d’une analyse des causes profondes de cette hégémonie du marché qui se nourrit de l’inégalité entre les femmes et les hommes.

Dans un ouvrage intitulé l’Image de l’homme. L’Invention de la virilité, Georges Mossé nous dévoile comment, au XIXe et au XXe siècle, différentes institutions (l’école, l’armée, les organisations ouvrières…) ont construit un certain type de virilité normative prétendant incarner l’universel. Pour ce faire, elles ont durci les divisions entre sains et malades, entre déviants et respectables, entre les faibles et les forts ; le national-socialisme en est le point culminant : il « a démontré les effrayantes possibilités de la virilité moderne ». Or, vouloir encastrer tout l’humain dans le marché représente un avatar du totalitarisme qui produit sans cesse une rhétorique scientiste visant à nous empêcher d’agir.

Pourtant, aucun système n’est sans faille. À nous de dénoncer tout ce qui dans nos sociétés verticalement organisées favorise ou soutient l’économie de marché, à nous de refuser la professionnalisation de la prostitution, forme la plus exacerbée de l’utilisation du corps des femmes comme marchandise et de leur mise en esclavage, à nous de transformer l’histoire dont certains prométhées de pacotille ont trop vite annoncé la fin…

(*) Responsables du collectif féministe Ruptures. Monique Dental, déléguée française du Lobby européen des femmes, a été candidate sur la liste Bouge l’Europe !



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